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Darwin et l’indécence

Publié le par Eric Bertrand

           L'un des aspects révolutionnaires de la pensée de Darwin réside dans la pensée de la sélection naturelle. Non seulement les espèces ne sont pas fixes, mais également se transforment et s'adaptent en fonction du milieu dans lequel elles se développent. Celles qui résistent sont celles qui s'adaptent. Et la question de la « nature » définie une fois pour toutes ne peut correspondre à ce point de vue (d'où le lever de bouclier théologique qui se dresse face à Darwin et qui lui aurait bien valu le bûcher dans d'autres temps !)

            Pour survivre dans la société de 2084, ceux des Indécents de la pièce qui s'allient aux autorités rentrent dans le moule (et, ce faisant, évitent le bûcher que promet Big Brother aux contrevenants...) et s'adaptent. En contrepartie, ils renoncent en même temps à tout ce qui faisait d'eux des hommes.

            Les conflits qui se livrent verbalement dans la fin de la pièce montrent que ceux qui refusent tiennent à garder leur identité profonde et rejettent catégoriquement une autre définition de l'humain.

            D'un côté, les Indécents sont du côté de Darwin, de l'autre, Big Brother et sa clique sont du côté de la fausse spiritualité, celle qui consiste à imposer le moule du socialement et politiquement correct. Ils s'indignent au nom de la Morale publique, réclament un type humain plus épuré, plus propre et transparent. Pour donner du poids à leurs propos, ils brandissent le spectre de l'actualité et jouent sur des effets d'annonce :

 

Big Brother : (Les membres du Conseil sont entrés solennellement) Mes chers collègues,  par bonheur, la maladie semble devoir nous débarrasser des individus de la caste des Indécents qui sortent d'ici. (Soudain familier et cynique) Mais dans notre mégabulle, grâce aux bons soins de notre chère scientifique 359 In Vitro, nous ne craignons rien ! L'heure est venue de profiter de l'opportunité, (il s'approche avec complicité de 359, s'installe sur le banc) de resserrer les mailles du filet et d'éliminer définitivement les derniers « primitifs » qui constituent encore un obstacle à notre conception de la civilisation totale.

 

Big Mother : « L'expansion qu'a connue ces dernières années le virus du Sida, loin d'être une calamité, est une grâce du ciel. Elle touche en effet exclusivement les milieux de ces hommes et femmes singes qui obéissent encore à des comportements arriérés et dégradants. Nous venons d'entendre quelques témoignages des pratiques écoeurantes auxquelles se livrent encore ces sauvages... »

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Darwin, Huxley, Bradbury et orwell

Publié le par Eric Bertrand

             2009 est l'année du bicentenaire de la naissance de Darwin ! L'occasion de réviser la pensée de ce grand chercheur audacieux ! Et quel rapport entre ce blog et Darwin ? (Toujours ce souci khâgneux de la problématique !)... Parce que c'est l'occasion de revenir aussi sur le fond de ma pièce philosophico-caustique écrite il y a quelque temps : « Loft History 2084 », diversement comprise et appréciée.

             Bien sûr il y avait dans cette pièce une référence au Loft et à la société dirigée par la téléréalité. Mais en même temps, la pièce mettait en scène une humanité en péril. Dans mon hypothèse initiale, je reprends l'héritage de Huxley et de Bradbury : en 2084, la société est dirigée par une instance inquiétante qui crée l'espèce humaine à son goût, une espèce insipide et docile incapable notamment de lire et donc de penser. Mais il subsiste quelques incorruptibles...

              Un certain Big Brother, dans la lignée directe du roman d'Orwell, livre une guerre sans merci à la caste qu'il désigne comme « Indécents » et ces derniers résistent malgré tout et profitent du Loft pour déclamer, sans vergogne, les textes extraits des Shakespeare et Marivaux... Mais l'audience n'est plus la même, la pression s'exerce sur le métier et certains d'entre eux consentent à se résigner pour survivre. C'est là qu'intervient Darwin et sa loi de la sélection des espèces en fonction du milieu... J'y reviens demain.

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La Fontaine et l’EPS !

Publié le par Eric Bertrand

Etant donné les difficultés rencontrées dans l’organisation du spectacle version EPS, nous avons décidé de travailler à partir d’un film : je rejoindrai seul le prof de gym afin d’assister à sa séance de travail.

             Les élèves seront filmés au cours de leurs exercices et nous choisirons ensuite ce qu’ils pourront retenir pour accompagner le texte et lui donner son relief. Comme le reste de l’équipe ne peut se libérer, nous leur montrerons en réunion plus tard comment nous proposons de faire évoluer la distribution.

              Dans cette optique, l’établissement prévoit d’acheter un petit camescope qui sera également utilisé pour la seconde version de l’IDD Simenon dont j’ai déjà parlé.

 

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Relecture de Tigre en papier (5/5)

Publié le par Eric Bertrand

            Pour finir cette évocation de l’œuvre de Rolin, je vous laisserai sur la pointe mélancolique que constitue par exemple l’épisode qui relate les amours de Walter et Cosette...

           Il ne faisait pas bon, quand on faisait partie de la Cause, d’aimer et de verser dans le sentimentalisme rose... A cause des pressions diverses, Winter et Cosette ont dû se séparer et ne se sont jamais revus quand ils ont quitté leur petite maison du canal...

 

Winter à présent est un prof vieillissant pas encore tout à fait un vieux prof, mais c’est pour bientôt, il le sait, et il s’en fout, attend ça avec lassitude. Il est supposé enseigner les lettres, à Lille, à des petits loubards plus intéressés par les arts martiaux que par Baudelaire ou Apollinaire. Il est toujours pâle et fragile, ce qui ne contribue pas à renforcer le respect que lui consentent ses élèves, mais l’alcool a mis dans sa silhouette une enflure diffuse (...) Winter est un fantôme. Il n’a jamais oublié Cosette...

 

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Relecture de Tigre en papier (4/5)

Publié le par Eric Bertrand

              En même temps, le narrateur constate avec une froide lucidité à quel point le Temps « ce grand cachalot » comme il l’écrit a passé sur l’histoire et sur les visages. L’œuvre est beaucoup moins politique que proustienne.

              Avec le même savoureux humour que Proust, l’auteur brosse des portraits, évoque des situations qui oscillent entre le mélancolique et le grotesque.  Je cite ici un long extrait particulièrement acide qui se développe à partir du motif proustien de l’aquarium de Balbec.

 

              « Vieilles squames, épinoches tout en arrêtes, avec en proue un petit masque de peau tendue, cireleuse, dans quoi tournent des yeux inquiets, mérous, rascasses.

 

« Le temps vous a enfermés dans des outres de vieille peau, et vous êtes tous là à faire la course en sac »…

 

               Et le narrateur qui ne consent pas à se voir dans le même sac, lui qui s’identifiait au Ché du temps de sa splendeur ! 
     

               Collections d’ex-voto. Il y a en chacun de vous un organe, une faculté en quoi se concentre et s’affiche la maladie du temps, comme les bras cassés, les pieds-bots, les yeux aveugles, les goitres de fer blanc par lesquels la piété populaire en appelle à Dieu d’une disgrâce de la chair. Une partie de votre corps fait image et prière, une partie de chacun de vous est clouée au mur de la vie en muette supplication. Ces flétrissures dans les miroirs où vous vous rasez, vous maquillez, vous les avez vues éclore à la surface de vous (…) Yeux larmoyants, paupières enflées, festonnées, baldaquins… Cernes couleur de vieux jambon, couperose, tortillons pileux tirebouchonnant hors des narines, des oreilles, houpettes de cheveux comiquement hérissés, pâte à crêpe enveloppant les traits, fanons, tavelures, rides, pattes-d’oie, toutes ces cochonnerie, ce kit du devenir cadavre… Rien que pour la gueule… ne parlons pas du reste, catarrhe, jambes varriqueuses, panses flatulentes, bras en drapeau, vertèbres mal graissées, obligeant à marcher cassé comme un laquais, tout ce pitoyable bric à brac...


                  
Le texte donne ici dans la caricature. Mais cela n’empêche qu’à de nombreuses reprises, il verse dans le mélancolique et le pathétique... C’est ce qui lui donne une force supplémentaire. J’y reviens demain.

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