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Vendredi de la vie sauvage : « la harpe éolienne de Robinson »...

Publié le par Eric Bertrand

               Voici comme indiqué hier l’extrait de Vendredi ou la vie sauvage où Tournier donne une belle leçon de langage. Au passage, je donne à l’article un titre métaphorique inspiré par une réflexion menée en cours, et qui m’a amené à rappeler aux élèves que l’essentiel du message de Vendredi est de nature artistique, poésie et musique comme la harpe éolienne qu’il se fabrique avec les cornes et la peau du grand belier qu’il a mis à mort. 

Au cours des années qui avaient précédé l'explo­sion et la destruction de l'ile civilisée, Robinson s'était efforcé d'apprendre l'anglais à Vendredi. Sa méthode était simple. I1 lui montrait une margue­rite, et il lui disait :

- Marguerite.

Et Vendredi répétait : - Marguerite.

Et Robinson corrigeait sa prononciation defec­tueuse aussi souvent qu'il Ie fallait. Ensuite, il lui montrait un chevreau, un couteau, un perroquet, un rayon de soleil, un fromage, une loupe, une source, en prononçant lentement :

- Chevreau, couteau, perroquet, soleil, fromage, loupe, source.

Et Vendredi répétait après lui, et répétait aussi longtemps que le mot ne se formait pas correctement dans sa bouche.

Lorsque la catastrophe s'était produite, Vendredi savait depuis longtemps assez d'anglais pour comprendre les ordres que lui donnait Robinson

et nommer tous les objets utiles qui les entouraient. Un jour cependant, Vendredi montra à Robinson une tache blanche qui palpitait dans l'herbe, et il lui dit :

- Marguerite.

- Qui, répondit Robinson, c'est une marguerite.

Mais à peine avait-il prononcé ces mots que la marguerite battait des ailes et s'envolait.

- Tu vois, dit-il aussitot, nous nous sommes trompés. Ce n'était pas une marguerite, c'était un papillon.

- Un papillon blanc, retorqua Vendredi, c'est une marguerite qui vole.

Avant la catastrophe, quand il était le maitre de l'ile et de Vendredi, Robinson se serait fâché. 11 aurait oblige Vendredi à reconnaitre qu'une fleur est une fleur, et un papillon un papillon. Mais là, il se tut et réfléchit. Plus tard, Vendredi et lui se promenaient sur la plage. Le ciel était bleu, sans nuages, mais comme il était encore très matin, on voyait Ie disque blanc de la lune à l'ouest. Vendredi qui ramassait des coquillages montra à Robinson un petit galet qui faisait une tache blanche et ronde sur Ie sable pur et propre. Alors, il leva la main vers la lune et dit à Robinson:

- Ecoute-moi. Est-ce que la lune est Ie galet du ciel, ou est-ce ce petit galet qui est la lune du sable ?”

Waters of Westerdale.

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Elèves de Vendredi le sauvage...

Publié le par Eric Bertrand

               Dans le prolongement de l’article d’hier et l’anticipation de celui de demain, je reviens sur la question de la métaphore... J’ai consacré une série d’articles au livre de Tournier « Vendredi ou la vie sauvage » en insistant notamment sur l’intérêt de la culture de Vendredi qui finit par apprendre des choses à Robinson.

               Parmi ses enseignements, il y a une certaine vision du monde qui montre bien aux élèves comment fonctionne une métaphore ou une comparaison.

               A l’école de Vendredi, l’élève est docile, il consent à écouter ce maître qui aime avant tout les jeux et qui sait s’amuser beaucoup plus que le sérieux Robinson avec le monde et les mots qui l’entourent…

               De là à redonner du sens à la poésie, voilà tout l’enjeu… Témoin cet extrait promis pour demain !



Moulin à Westerdale... Caithness.

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Autre cadavre exquis

Publié le par Eric Bertrand

          Je poursuis parallèlement en sixième (dans le cadre de l’atelier théâtre) ma réflexion sur la poésie. L’occasion de revenir sur l’importance des images chez les poètes : comparaisons et métaphores fleurissent en poésie et l’esprit est ainsi invité à un réel dépaysement.

          Je reviendrai demain sur la façon dont je montre souvent aux élèves qu’imaginer une image, ce n’est pas « coquetterie » ou « volonté de faire joli » comme l’ont décrété hier encore certaines des filles. C’est aussi affaire de vision du monde…

          L’exercice du jour consistait donc à reprendre la base du cadavre exquis et de mettre bout à bout ces quatre éléments de façon à faire émerger un vers imagé : déterminant et nom commun + verbe + comme et nom commun + Complément de lieu.

          Une fois la comparaison réalisée par l’intervention du hasard, il restait à compléter l’image par une métaphore…

Exemple de résultat : Le chou-fleur nage comme un soleil à l’intérieur de la marmite qui chauffe.

Vers digne d'un André Breton adepte lui-même (et théoricien) du "cadavre exquis"!

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Cadavre exquis à la rescousse de La Fontaine

Publié le par Eric Bertrand


                 Pour finaliser le travail accompli en parallèle par mon collègue de mathématiques qui, dans la perspective de préparer le décor fait construire aux élèves cubes, losanges, rectangles divers, l’idée est de « farder » ces figures de messages poétiques

                Je rappelle que les spectateurs auront droit, en sortant de la salle de maths, à ces petits coffrets. Reste pour moi à imaginer un exercice qui fasse écrire les élèves de sorte qu’ils puissent surprendre le lecteur par le biais de la langue poétique

                Pour travailler vite et bien et faire sentir l’étrangeté et la spécificité du message de la Poésie, je choisis de passer par le biais du « cadavre exquis » qu’ont si bien pratiqué les surréalistes. Tout écolier a, au cours de sa scolarité, et à des degrés divers, pratiqué cet exercice fort commode pour faire écrire.

                 Son principe réside dans l’exploitation du hasard dans la créativité. Ainsi, je donne des consignes précises à chaque élève (cf ci-dessous). Chacun écrit sa formule, la cache, plie sa feuille, lui affecte un numéro, la met dans la valise que je fais circuler, puis que je secoue avant dépouillement.

                  Voici la consigne :

 

Je pars de la phrase suivante que j’analyse grammaticalement : « le petit lapin part dans la garenne avec grand appétit pour savourer le goût du thym. » puis je demande aux élèves d’inventer chacun l’un des quatre membres de phrase de la façon suivante :

 

- Un verbe de mouvement conjugué au présent à la personne de votre choix.

- Un complément de lieu (précédé par sa préposition : « à », « sous », « vers », « sur »…

- Un complément de manière

- Un complément de but.

 

                     Cette activité permet au passage de réviser la construction du verbe et ses compléments… Je laisse le lecteur imaginer le résultat ! Elle favorise en tout cas la rencontre incongrue de mots.

Un autre exercice consiste à valoriser un autre ingrédient non négligeable en poésie : la part de l’image…

- Un nom commun accompagné de son déterminant.

- Un verbe.

- Un « comme » plus un nom commun

- Un complément de lieu.

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« Pot de terre et pot de fer », hiatus de l’organisation La Fontaine

Publié le par Eric Bertrand


            Février… Nous produisons le spectacle en mai prochain, il faut donc que ça évolue ! Le texte est fini, la distribution est prête. Reste la mise en scène et la préparation des élèves, et ce n’est pas une mince affaire... Ceux-là même qui bougent en cours sont, sur la scène soudain pétrifiés comme sous le regard de Méduse !

            Or, comment, dans le cadre scolaire, conjuguer la mise en scène de la pièce et l’organisation de l’emploi du temps et de nos cours ? Nous sommes nombreux à participer au projet et l’idéal aurait été, comme je l’avais signalé, de nous rendre en équipe au cours du collègue d’EPS pour comprendre la manière dont il fait travailler les élèves.

             La séance durait deux heures, suite à quoi nous pensions nous réunir pour « penser collectivement » la mise en scène. Ce genre d’activité reste du domaine de l’utopie et quelle que soit l’ambition du projet, il faut opérer avec mesure ou consentir au bénévolat.

             Les élèves sont trop jeunes, trop débutants. Les heures partagées le soir avec les lycéens et les membres de l’atelier ne peuvent être envisagées cette année. Bref, il faut faire avec et se coucher dans le lit de Procuste !


Et pour finir, un peu d'italien...

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