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Cadeaux sous le sapin (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

                     Les cadeaux que l’on reçoit sous le sapin ne sont pas seulement des marques d’affection, ils sont aussi le signe que les proches vous envoient de la façon dont ils vous reconnaissent.

                     Sous le sapin isérois, parmi d’autres perles, je relèverai pour le lecteur les pièces suivants : « Lettres à sa fille », de Calamity Jane, « Petit Arbre », de Carter, « Robinson Crusoé », de Daniel Defoe, « là ou dansent les morts » de Tony Hillerman, « Julien Clerc, une vie de tout », « les grandes légendes de France », interview de Claude Lévi Strauss… Autant d’ouvrages qui orientent la pensée vers des chapitres entiers de ce blog

                    Je propose demain d’approfondir le contenu de ces cadeaux qui font mouche !



Going to the north...

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« Les Portes de l’Enfer » de Laurent Gaudé

Publié le par Eric Bertrand

               Au cours de ces vacances, j’ai eu l’occasion de lire le dernier roman de Laurent Gaudé, auteur dont j’apprécie vivement l’univers. J’avais été ébloui par la force épique de « la Mort du roi Tsongor » ou la puissance d’évocation du « Soleil des Scorta »… Je n’ai donc pas manqué le rendez-vous avec « les Portes de l’enfer »…

              Le thème m’a interpellé et je l’ai abordé avec une certaine hésitation, on le comprendra étant donné le drame familial qui nous a touchés au moment de la disparition de Guillaume…

              Dans les rues de Naples, Matteo perd son fils de six ans dans une fusillade qui met aux prises des membres de la mafia locale. Ignoble réalité des hommes qui rattrape le chemin d’insouciance de l’enfant… Le père et la mère sont évidemment ravagés. Jusqu’au moment où Matteo trouve le moyen d’accéder aux portes de l’enfer et de retrouver le fils disparu. Merveilleuse aventure qui ramène l’esprit au vieux mythe d’Orphée et aux songeries sur la possibilité d’une résurrection.

               Difficile de suivre cet itinéraire initiatique dans les couloirs de la mort. Le lecteur a parfois du mal à y croire. Trop d’artifice, de mythologie, de rêve ou de légende pour  s’accorder le visa en même temps que la lecture…

              Mais il est des heures où lire devient un acte de prière… Prier, c’est à dire épouser la douleur du couple, l’hébétude et le vertige du désespoir, la volonté désordonnée d’agir pour réparer l’irréparable, la déambulation aux frontières de la vie et du rêve dans cette zone intermédiaire où l’on acquiert le sentiment que ce qui se joue sous nos yeux n’a peut être pas le sens qu’on lui attribue dans la réalité, l’inquiétante impression de l’évanouissement.

              Après l’épisode de l’enfer, le miracle se produit, le fils absent revient parmi les vivants. Il revient et accomplit la vengeance. Accomplit la promesse qu’il a faite à son père. Retrouve la figure désincarnée de la mère… Ces pages sont d’une rare intensité. Elles disent, au delà de l’histoire et des personnages, la douleur de l’absence, la détresse et l’égarement de l’abandon, l’instinct de survie et la mémoire du corps. Elles réalisent admirablement pour le lecteur ce que Laurent Gaudé écrit en dernière page à propos de son roman : « J’ai écrit ce livre pour mes morts. Les hommes et les femmes dont la fréquentation a fait de moi ce que je suis (…) »

 

Inside Girnigoe

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Addiction ?

Publié le par Eric Bertrand

                Message spécialement destiné à mes bons lecteurs si fidèles et accoutumés à l’article du jour ! Comme vous l’avez constaté, je déserte l’espace du blog à des périodes (rares, et en général définies) pour deux raisons…

                La raison matérielle d’abord, parce que, pendant cette période, je ne dispose pas de l’environnement informatique auquel je suis habitué… Mais depuis ces fêtes de Noël, cette excuse ne va plus car je suis à présent équipé d’un mini ordinateur, « net book » pour les spécialistes, qui me permet aussi bien de taper mes articles que de surfer sur le net.

                 La raison personnelle qui dès à présent seule prévaut : en période de vacances et de déplacement, je trouve un certain plaisir dans cette tension qui consiste à vaincre certains « mécanismes » liés aux technologies nouvelles… Résistance programmée à toute forme d’addiction !


 From the cliff in Caithness

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Meilleurs vœux façon Francis Lepioufle

Publié le par Eric Bertrand

          J’ai déjà évoqué dans plusieurs articles de ce blog le travail de mon ami écrivain Francis Lepioufle. Son intervention hier sur la matière poétique m’amène à continuer dans ce sens en vous offrant ses quelques vers marins, écrits du haut de son blog et du large océan…

http://ecriposoph.wordpress.com/

 

Poser l'ancre quelques heures

A l’abri des vents mugissants

Et ouvrir un portail.

De chacun en son port

Peut naître un pêcheur 

Du bonheur ;

Sur les berges de la mer démontée

Des vagues plus attendries trémoussent d'espoir

Et portent les alizés.

 

Au pêcheur de tendre le fil de son être,

De dessiner

Même dans l'ombre le frémissement d'une nouvelle onde

D'oser marcher sur les rives vertes de l'audace

Pour enfin à l'épuisette, goûter aux trésors du monde

Et partager les plaisirs de l’instant, face à face.

Wild sea from Sinclair Girnigoe tower

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De la poésie à l’urinoir

Publié le par Eric Bertrand

          « Et je pisse vers les grands cieux, très haut et très loin avec l’assentiment des grands héliotropes »… Qui se souvient de ces vers d’Arthur ? Restons dans cette coloration pour l’article de ce matin !

           Qu’est-ce que la poésie, qu’est-ce que l’art ? Grandes questions que je m’amuse souvent à poser aux jeunes consciences dont j’ai la charge pendant mes heures de cours, notamment lorsque j’aborde ce que l’institution nomme « objet d’étude : la poésie ». Les réponses sont en général bien décevantes, « la poésie, c’est quand ça rime »…

            Comment expliquer les choses simplement afin, à la fois, de corriger la représentation et d’interpeler ces consciences la plupart du temps vierges de toute culture poétique ? J’écoutais récemment un entretien donné par Claude Lévi Strauss sur une radio qui lui rendait hommage. Le grand ethnologue était interrogé sur les structures de l’art, et il livrait des propos très concrets. Il reprenait l’idée chère aux linguistes selon laquelle le vocabulaire a pour tâche d’affecter à des réalités des signifiés bien déterminés et il prenait l’exemple du fameux « urinoir » de Duchamp.

             Le « génie » de Duchamp a consisté à « déplacer » l’objet de son signifié habituel pour « réveiller » en lui d’autres significations qu’il n’avait pas dans des toilettes publiques… Dans un musée, au contact d’autres objets d’art, sur des murs propres et sacrés par le regard des visiteurs et le culte de la Beauté, l’urinoir se mettait soudain à exister par sa forme, sa blancheur, sa différence, son extravagance…

             Bref, il changeait de vie et se dérobait de son signifié initial. Il en va de même pour la poésie et pour l’acte d’écriture poétique… Je citerais volontiers à l’élève qui a tenu le choc de l’explication, ces trois citations d’auteurs : l’une de Supervielle selon lequel « le poète est le contrebandier de la langue », l’autre de Tardieu : « la poésie c’est quand un mot en rencontre un autre pour la première fois », enfin une dernière de Sartre : « la poésie ne se sert pas des mots, elle les sert ».

              Bonne déglutition !

Looking for ghosts in Sinclair Girnigoe...

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