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De la poésie à l’urinoir

Publié le par Eric Bertrand

          « Et je pisse vers les grands cieux, très haut et très loin avec l’assentiment des grands héliotropes »… Qui se souvient de ces vers d’Arthur ? Restons dans cette coloration pour l’article de ce matin !

           Qu’est-ce que la poésie, qu’est-ce que l’art ? Grandes questions que je m’amuse souvent à poser aux jeunes consciences dont j’ai la charge pendant mes heures de cours, notamment lorsque j’aborde ce que l’institution nomme « objet d’étude : la poésie ». Les réponses sont en général bien décevantes, « la poésie, c’est quand ça rime »…

            Comment expliquer les choses simplement afin, à la fois, de corriger la représentation et d’interpeler ces consciences la plupart du temps vierges de toute culture poétique ? J’écoutais récemment un entretien donné par Claude Lévi Strauss sur une radio qui lui rendait hommage. Le grand ethnologue était interrogé sur les structures de l’art, et il livrait des propos très concrets. Il reprenait l’idée chère aux linguistes selon laquelle le vocabulaire a pour tâche d’affecter à des réalités des signifiés bien déterminés et il prenait l’exemple du fameux « urinoir » de Duchamp.

             Le « génie » de Duchamp a consisté à « déplacer » l’objet de son signifié habituel pour « réveiller » en lui d’autres significations qu’il n’avait pas dans des toilettes publiques… Dans un musée, au contact d’autres objets d’art, sur des murs propres et sacrés par le regard des visiteurs et le culte de la Beauté, l’urinoir se mettait soudain à exister par sa forme, sa blancheur, sa différence, son extravagance…

             Bref, il changeait de vie et se dérobait de son signifié initial. Il en va de même pour la poésie et pour l’acte d’écriture poétique… Je citerais volontiers à l’élève qui a tenu le choc de l’explication, ces trois citations d’auteurs : l’une de Supervielle selon lequel « le poète est le contrebandier de la langue », l’autre de Tardieu : « la poésie c’est quand un mot en rencontre un autre pour la première fois », enfin une dernière de Sartre : « la poésie ne se sert pas des mots, elle les sert ».

              Bonne déglutition !

Looking for ghosts in Sinclair Girnigoe...

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J’irai dormir à Hollywood

Publié le par Eric Bertrand

            L’idée du film (vu juste avant les vacances) est séduisante : le réalisateur et acteur parcourt les Etats-Unis avec l’envie d’aller à la rencontre des gens, de les écouter et de se faire inviter à passer la nuit chez eux. Et éventuellement, à la fin du voyage, de terminer la journée chez une star à Hollywood, style Spielberg ou Clooney…

            Cette idée ne pouvait que séduire l’ancien routard, narrateur de la Route, la Poussière et le Sable, d’autant que l’itinéraire est sensiblement proche de celui que je retrace dans le livre : New york, New Orleans, Houston, Arizona, Las Vegas, Los Angeles.

            Au fil des kilomètres, le spectateur découvre ces Américains-là qu’on trouve dans les marges et qui ont des choses à dire, à raconter. Le réalisateur filme, caméra sur l’épaule, et je me retrouve dans ces échanges brefs mais précieux avec « les vrais gens », dans le plaisir d’une histoire, d’une confidence, dans l’émotion d’un départ, dans l’appréhension ou la tension de l’inconnu.

            Le projet initial de notre voyage aux States à Pascal et à moi (Pascal dont je retrouve le sac à dos sur les épaules du réalisateur), était bien d’aller à la rencontre des 117 automobilistes qui nous ont accordé un lift à bord de leurs voitures et souvent davantage. Jusqu’à tisser la trame du récit épique généré par ce voyage !


 

Hole in Girnigoe castle...

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Dettes à Souchon : l’article du mois

Publié le par Eric Bertrand



             C’est toujours subjectif, et je laisse au lecteur le soin d’en décider ! Je ne fais que proposer afin de remettre en ligne l’un de ces articles qui émaillent le blog au jour le jour : il s’agit de celui paru en deux parties les 2 et 3 décembre consacré à l’influence des chansons de Souchon..

 

Cette année est importante. Sortent des disques événements pour moi… Julien Clerc comme Souchon ne sortent pas des disques tous les ans. Avez-vous entendu "Ecoutez d'où ma peine vient" ou "parachute doré"?

           Dans mon panthéon musical, ils partagent la même faveur.

           Pas de la même façon. Ce qui m’a toujours séduit chez Souchon, c’est la tonalité et la ciselure des textes. Le regard sur le monde également… Et les mélodies un peu désabusées, entraînantes cependant, les « Foules sentimentales », « Si le ciel était vide » et autres « Rive gauche à Paris ». Je partage des inquiétudes qui sont celles du chanteur et les mêmes élans souvent brisés. Mieux, je trouve chez lui une résonnance littéraire, des côtés Flaubert, et une démarche un peu proustienne qui a suscité mon livre : écoutons Souchon pour commencer :

 

Des villas des mimosas

Au fond de la baie de Somme

La famille sur les transats

Le pommier les pommes

Je regardais la mer qui brille dans l’été parfait

Dans l’eau se baignaient des jeunes filles qui m’attiraient

Les promenades le long des dunes en voiture

Pendant qu’elles regardaient en haut la lune pure

Je mettais dans mes mains leurs doigts et j’étais le roi

Comme dans les chansons d’amour d’autrefois.

Tous ces petits moments magiques de notre existence

Qu’on met dans des sacs plastiques et puis qu’on balance

Tout ce gaspi de nos cœurs qui battent

Tous ces morceaux de nous qui partent

Y’en avait plein le réservoir au départ.

 

           Quand j’ai écrit « Pour y voir Clerc », dans ma peinture des années 72-75, j’ai oublié d’évoquer « l’Amour 1830 », une des premières de Souchon. Tout a commencé là !

           C’était ma période Alfred de Musset et Chopin, « Toi aussi t’en as rêvé des cornemuses »… Et puis il y a eu « bidon », « la balade de Jim », « les nouvelles pour dames de Saumerset Maugham », « de quoi j’ai l’air avec mes détails, mes haltères… ». En présence des filles, les autres mecs me filaient toujours des complexes… « Il a déboulé dans l'soir en disant: "Mes malles sont encore au port", moi j’étais largué, classé, elle était bouche bée, et lui c’était Robert Taylor »… La silhouette désarmante des filles, les "caterpillars" comme il dit...  Hymne permanent à l’élégance, bien au-dessus des « jupes des filles » ! « La beauté d’Ava Gardner »… « J’suis mal dans ma peau, en cow-boy très beau… ».

            Les chansons de Souchon offrent un cinéma à bon marché et tout est tellement cinématographique dans la plupart de ses textes… « Vendeuse de glaces, boulevard de la plage, sous sa bâche elle était belle »… Tailler la zone, Robert Zimmerman, l’ambiance Bugatti, sur les banquettes de molesquine des Limousines, « J'aime les regretteurs d'hier, qui trouvent que tout c'qu'on gagne, on l'perd, les fumées dans les chemins de fer, la beauté d’Ava Gardner »

            Souchon repasse les années comme sur une bande super 8 : « écoutez l'histoire entre Trouville et Dinard »…  Le passé tremble, le présent se crispe : « Moi aussi j’en ai  rêvé des rêves tant pis, tu la voyais grande et c’est une toute petite vie, Tu la voyais pas comme ça l’histoire, Toi  t’étais tempête et rocher noir, Mais qui t’a cassé ta boule de cristal, cassé tes envies rendu banal… Mais qui t’a rangé à plat dans ce tiroir, comme un espadon dans une baignoire … c’est pas toi qui y’es, dans le bagad de Lann Bihouë ».

            C’est au bout du compte des pages de la vie de chacun qui s’écrivent et s’écoutent à travers plus de trente ans des chansons de Souchon. Si nos vies se déploient au-dessus de nous comme les ramures d’un arbre, à chacun de retrouver sa souche !

          

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Retour de vacances et perspectives

Publié le par Eric Bertrand

               Et d’abord meilleurs vœux à vous tous lecteurs de ce blog ! La pause des vacances de Noël s’achève et je reprends ce matin la main sur l’ouvrage. J’ai cependant rédigé un certain nombre d’articles mis en veilleuse pour les jours à venir…

               De quoi les articles traiteront-ils précisément dans les jours à venir ? Après l’article du mois et les deux articles promis avant les vacances, il sera question de livres, de bilans, de cadeaux, de course à pied, d’auteurs, de rencontres, de chansons…

               Alors, ne perdons pas de temps ! A demain !

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Pause de Noël

Publié le par Eric Bertrand

Avec les vacances scolaires, s’amorce le moment rituel du retour aux sources. Nous prenons la route ce matin même et, de ce fait, pause dans ce blog, le temps de changer d’air et de goûter l’espace de respiration qu’accorde ce temps précieux.

           Profitez-en bien vous aussi cher (e) lecteur et rendez-vous au tournant de cette année ! (Titres des articles à venir : « J’irai dormir à Hollywood » et « De la poésie à l’urinoir »)


 

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