Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Souchon rencontre Baudelaire

Publié le par Eric Bertrand

Suite aux demandes de certains et certaines d’entre vous, je publie ce matin un article autour d’une autre chanson de Souchon…

 

           Appartement surchauffé. Ventilateur. Métro. Zone… « A la fin, tu es las de ce monde ancien… »

           Tu avances vers le jardin public. Il fait chaud. Des ribambelles de gamins poursuivent une petite balle même pas ronde. Entre deux arbres, au coin de la pelouse, une espèce de gardien de but exécute une drôle de parade. Ballon hypnotique, gant de velours, gestes faussement câlins.

           Un couple est allongé dans l’herbe, herbe échauffée, herbe fumée. Pas d’herbe cendre au cœur de l’après-midi de juin…

           MP3 aux oreilles, tu écoutes Souchon.

           Toi aussi, tu balances des coups de pied dans une petite boite en fer.

           Sur un banc, les souliers noirs posés sur le sable du sentier, un étudiant africain lit « les Fleurs du mal ». Tu as toujours aimé regarder ce que les gens lisent. Tu te souviens du poème « A une passante », naguére appris par cœur pour épreuve de récitation… La rue assourdissante ! Piaillerie du jardin public. Au fond le galop des chevaux de bois et les enfants qui tournent.

« Un éclair puis la nuit, fugitive beauté dont le regard m’a fait soudainement renaître ».

           La bande des gamins se précipite, la drôle de balle frôle le banc. C’est un ballon « révolver et chapeau clown ».

          « Allo maman bobo… », fin de plage.

          Conduit complice, lobe de l’oreille, coup de pied, but !... Nouvelle plage : Souchon, « le Mystère ». La nuée est allée piailler du côté des deux arbres et du gardien. Vol plané. Grand silence ! A peine un frisson de brise.

           Page de Baudelaire soulevée.

          « Agile et noble, avec sa jambe de statue »… « La belle Peggy du saloon ».

          Une fille a surgi du fond de la pelouse ou des herbes fumées ! Elle porte des lunettes noires et des mèches folles. Elle glisse sur le sentier. Le visage est fin, la nuque souple balance, grande feuille bruissant sous les arbres, les cheveux en pinceaux. Elle ne fait que passer, et le jardin public est son aquarelle.

          Un portable sonne au fond de son sac. La statue descend de son piédestal. Ralentit sa marche.

Mais ce n’est pas tant Suzanne qui me plaît tant.
C’est le mystère qui est dedans, le mystère dedans, le mystère dedans.
Je suivais musiques et paroles mon chemin de rossignol chantant mon chant émouvant…

            Le téléphone à son oreille, « le mystère » à la tienne soudain suspendu. Tu retiens ton souffle. Elle ne dit rien. Pas la même chanson ! Sa voix, tu ne l’entendras pas ! Réfugiée au fond de son palais… Et sa gorge qui se soulève.

            Un air contrarié. Et le portable continue son refrain au fond du sac. Elle est repartie.

« Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse… »

             Le même balancement des hanches, une balade entre deux hémisphères. « J'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais… ».

             Tu voudrais la suivre, tu n’es pas un pirate : « les sorties de port à la voile »… Tu préfères garder tes étoiles sur le cadastre de la mémoire…
Mon amour comme ses yeux brillent quand elle jette pour moi ses espadrilles pourtant la voilà repartie retrouver l’autre abruti qui lui fout des marrons quand il est rond. Mais ce n’est pas tant cette fille qui me plaît tant. C’est le mystère qui est dedans, le mystère dedans.

               Sur le banc, l’étudiant africain a levé les yeux. Il reste en suspens sur un vers. Puis son doigt tourne la page.
Les statues de jeux qu’on hisse, qu’on embrasse et puis qu’on dévisse.
Ce n’est pas tant ce monde qui me plaît tant c’est le mystère qui est dedans, le mystère dedans, le mystère dedans, le mystère dedans.

 

Whale bone in Caithness

Voir les commentaires

Le Voyageur de la Toussaint sur France 3

Publié le par Eric Bertrand


          Est-ce un hasard, ou bien ai-je de lointaines accointances avec les programmateurs de France 3, toujours est-il que la télévision propose ce dimanche à partir de 20h40 un téléfilm adapté du roman de Simenon auquel j’ai consacré une série d’articles récemment.

          Comble de coïncidence, nous faisons notre sortie IDD (Itinéraire De Découverte) dans les rues de La Rochelle ce mardi 16.12… Les élèves ont eu du mal à suivre le film tourné en 1941, du fait de la mauvaise qualité de la bande. L’occasion pour ceux qui ont mal lu, mal vu, de se rattraper sur le poteau !

          Rendez-vous donc à tous les amateurs de La Rochelle et des romans de Simenon.


 

Voir les commentaires

Souchon chef de gare

Publié le par Eric Bertrand

           Dans le dernier album, il y a un titre qui me plaît particulièrement. « La Compagnie, des wagons-lits ». Il fait écho à ce que le chanteur disait, vingt ans plus tôt, de « la beauté d’Ava Gardner » et des « vapeurs dans les chemins de fer »…

           Souchon n’est pas le premier à se lamenter sur les effets désastreux du progrès sur la relation de proximité ! Vigny, avant lui, regrettait la lenteur et diabolisait les voyages ferroviaires… Que dirais-tu Alfred, à l’heure du TGV, AGV et autres nouveaux engins au ban d’essai ? Comme  il en a l’art, Souchon ouvre le clavier des réminiscences pour nous avertir du danger :

 

« La petite lampe jaune envoyait ses dorures

On traversait le Rhône à toute alllure

Wagons lancés, lits balancés

Nous étions les amants enlacés… »

 

         Que reste-t-il au voyageur quand la porte électronique se referme, quand on ne voit déjà plus les visages derrière la vitre glacée, quand, déjà, les éclats du jour, les voix dans les gares, les odeurs et les escarbilles ne passent plus ? L’imagination, la sensation, l’intelligence des lieux définitivement bâillonnées ?

 

« Sept heures, pain beurre et jolie porcelaine

Longeant les splendeurs de la côte italienne

Air embaumé, Méditerranée

Transports amoureux surannés… »

 

          A travers « la compagnie », je revis l’un des mes grands voyages en train, et le grand soleil de la Sicile déboulant dans la vitre du wagon, à huit heures du matin, Reggio di Calabria, lueur fauve, grosse orange juteuse qui faisait peler la peau et tomber l’écorce !

Dis, Blaise, tu t’en souviens ?

Voir les commentaires

Salon du livre La Rochelle (3/3) : Comment faire une dédicace ?

Publié le par Eric Bertrand

               

Comme faire une dédicace ? Plutôt qu’une formule passe-partout, je préfère, quand j’ai le temps d’échanger avec mon lecteur, me mettre au diapason de son attente.

                Le Ceilidh… pour ma fille qui aime les chevaux et les grands espaces, et la bruyère et la crinière des chevaux qu’on aggrippe dans la brume… Pour mon fils qui croit dur comme fer à Nessie et à la grandeur jurassique de l’Ecosse… Pour ma mère qui pense que, pour s’évader loin, bien loin, il n’y a pas besoin de changer de méridien

                Pour y voir Clerc… pour un vrai fan de la première heure, un authentique inconditionnel qui connaît tout le répertoire et qui est toujours resté fidèle à la période Roda Gil et Momo… pour « mes années Hair », mes pattes d’ef et mes robes d’indienne… Pour mon mari, qui m’a fait connaître Juju et qui, chaque début de week-end, mettait un de ses disques pour « velouter » la soirée.  

                Le Tennessee Club pour mon fils qui porte le même nom que Tennessee Williams et dont je ne voudrais pas qu’il ressemble aux personnages de Tennessee !

                La Route, la Poussière et le sable, en souvenir de mes kilomètres sur les interstates et la Route 66...

 

La Rochelle by night, après le salon...

Voir les commentaires

Salon du livre La Rochelle (2/3) : lequel des livres ?

Publié le par Eric Bertrand

           J’ai une assez grosse pile de livres devant moi. Des titres, des couvertures, des quatrièmes de couvertures… Mon voisin confie qu’il préfère retirer de son stand un ou deux de ses ouvrages pour ne pas égarer le lecteur… Je n’ai jamais eu ce que certains peintres appellent « le goût du repentir » !

           L’organisation du salon est bonne : je bénéficie de l’espace suffisant pour exposer tous mes livres et poser, en prime, la tasse de café, le croissant, le jus d’orange gracieusement offerts par les Ecrivains de la Côte.

           Les gens défilent là-devant, parfois soulèvent « l’ouvrage de plomb » ! Pas facile de s’orienter dans un dédale dont les parois semblent aimantées pour des semelles en fer ! Ceux qui s’arrêtent s’approprient le livre, révèlent une part d’eux-mêmes… Dans l’article à venir, je propose une promenade dans l’esprit du flâneur de salon qui a choisi de s’arrêter à mon stand pour un instant d’entretien.

Après le salon...

Voir les commentaires