Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Courir avec ou sans Jean Echenoz

Publié le par Eric Bertrand

              « Courir », c’est aussi le titre du dernier ouvrage de Jean Echenoz (consacré au coureur Zatopek que célébraient mes grands-parents et, après eux, ma mère). Les lecteurs de ce blog savent que je suis adepte de la course à pied et que ce sport m’apporte un certain nombre de bons moments et de réjouissances diverses, ce qui me donne précisément envie de lire Jean Echenoz (comme quoi, courir mène à tout, même à ce grand écrivain contemporain dont l’un des précédents ouvrages portait le beau titre de « Je pars »…)

               J’ai donc beaucoup couru pendant ces vacances… Dans les chemins, les sentiers, les petites routes de traverse où sommeille quelque grosse ferme mal éclairée… Un chien qui aboie, un mouton qui se détricotte dans l’obscurité, un âne qui piétine dans la boue, un abreuvoir qui sonne creux dans le creux du soir, un paysan qui sort sur le seuil de la porte et qui marmonne : « on essaie d’éliminer après la grosse bouffe ! »

                Mes raisons ne sont ni diététiques ni hygiéniques… Il se passe bien des choses, l’espace d’une foulée ! Pas forcément ce qu’on croit ! Mes collines du Dauphiné, en cette période glacée sont une hotte bien remplie. Elles sentent l’humus et la neige fondue, l’herbe et le bois mouillé, la lumière qui s’égoutte et le souvenir multiple.

               Dans le matin qui monte ou le soir qui descend, au milieu des maisons qui gouttent et qui scintillent, devant les pères Noël qui s’accrochent aux vitres ou aux ramures des sapins, les tablées d’escargots blonds, dindes dorées ou huitres gris perle, où s’active, Michel Ange à cordon bleu, quelque cuisinière blonde, je poursuis des ombres qui habitent cette éternité !

Seals at Staxigoe

Voir les commentaires

La distribution dans le travail sur La Fontaine (réunion du 9.01)

Publié le par Eric Bertrand

              Rencontre vendredi dernier du metteur en scène avec laquelle nous montons le projet La Fontaine. La distribution est faite à l’issue des deux heures. Tout s’est déroulé parfaitement.                        Sur les 27 élèves, il n’en restait que quatre, résolument opposés à l’idée de jouer. A cela s’ajoutaient quatre ou cinq « réticents », les autres se déclarant « volontaires ».

              A partir d’une première proposition sur le papier, nous avons « auditionné » et redéfini les rôles en tenant compte des suggestions des élèves. Dés vendredi prochain, seconde rencontre avec le metteur en scène qui va permettre de travailler davantage le jeu et les personnages. Les élèves sont engagés sur le texte.

              Dès la première lecture, le metteur en scène fait des propositions intéressantes qui montrent que nous sommes bien sur la même longueur d’onde. Notamment à partir des personnages des commères à qui il souhaite donner des airs de sorcières de Macbeth… Le spectateur ou le lecteur du Ceilidh se souvient de leur extravagance...

 

Bucholie Castle...


 

Voir les commentaires

Le projet La Fontaine

Publié le par Eric Bertrand

              Où en sommes-nous de nos projets pédagogiques en ce début d’année ? Je rappelle au lecteur occasionnel de ce blog que deux des projets auxquels j’ai consacré un certain nombre d’articles sont en cours. Celui sur Simenon, qui recommence fin janvier avec un nouveau groupe et celui sur La Fontaine, plus directement lié à la création et qui entre dans sa phase de mise en scène dès janvier.

               Le lecteur a pu suivre les phases de l’écriture de la pièce, et maintenant que c’est derrière, que le texte est prêt à la distribution (j’en ai tiré un jeu de trente exemplaires d’un texte qui fait 9 pages en format A4, police 9, afin d’économiser le papier !), nous nous apprêtons à travailler la mise en scène avec l’intervenante théâtre.

               Les élèves sont impatients d’autant qu’ils ne connaissent pas la dernière mouture de la pièce. Je leur ai demandé de m’indiquer dans quelle mesure ils sont prêts à « jouer » devant public afin d’anticiper la distribution. Sur une classe de 27, il y en a pour l’instant 17  qui oseront ! Mais le travail en atelier peut encore aider à libérer certains d’entre eux, toujours très complexés !

View from Bucholie...

Voir les commentaires

L’Ecole des Femmes à la Coursive (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

               En termes de mise en scène, jean-Pierre Vincent a opté pour une scène qui tourne, ce qui permet au spectateur d’aborder, sous des angles différents, la façade de la maison d’Arnolphe, citadelle « imprenable » en haut de laquelle est enfermée la « princesse Agnès ».

               Daniel Auteuil joue un Arnolphe obstiné, capable de rage, de calcul et en même temps d’humour, presque d’auto-dérision, prenant de temps à autres, dans son costume d’époque, des airs savoureux de Matamore. Agnès, incarnée par Lyn Thibault, a des airs de sotte qui conviennent merveilleusement bien au personnage. Cette comédienne dit parfaitement le texte de Molière et, à la « sottise » qu’on lui a infligée dans les manières, elle oppose des regards francs ou des regards « en-dessous » qui font sentir la capacité du personnage à se mettre à « l’école de l’amour ». Molière a-t-il déjà inventé, bien avant Nabokov, le personnage troublant de la Lolita ?

               A l’issue de ce spectacle qui dure deux heures vingt, le spectateur sort ébloui par la vigueur du texte de Molière que les acteurs de la troupe jouent avec tant de professionnalisme. Les tours de La Rochelle sont éclairées dans la nuit glacée de janvier, et les barbons qui ont beaucoup ri, regagnent leurs voitures sur le parking de Saint Jean d’Acre, en ricanant avec leurs greluches.

The "Brough", near Wick...

Voir les commentaires

L’Ecole des Femmes à la Coursive (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

              Vendredi soir, à la Coursive, l’une de mes pièces favorites : « l’Ecole des femmes », que Molière a écrit au sommet de sa gloire, au moment où il vivait une union avec une femme beaucoup plus jeune que lui.

              C’est précisément l’un des thèmes forts de la pièce… Le décalage entre deux êtres qui ne se réfèrent pas aux mêmes valeurs pour construire leur existence (en l’occurrence, toute une vie pour la jeune Agnès qui sort du couvent et qui ouvre des yeux éblouis sur la société alentour de son balcon et « un reste de vie » pour Arnolphe, vieux barbon arrogant, gonflé par une sorte de « retour de printemps »…

              Au début de la pièce, il campe allègrement sur ses positions : les femmes sont belles, savantes, souples, enragées et les maris sont pour la plupart cocus. A moins de prendre une jeune fleur à la racine et de lui couper tous les surgeons du vice. De lui enseigner la religion, les principes du bon comportement, les préceptes du mariage… « Les femmes ne sont nées que pour la dépendance, du côté de la barbe est la toute puissance… » Véritable bréviaire du phallocrate qui lui sert de cheval de bataille…

               Le programme est rigide, militaire, Arnolphe monte férocement la garde et a détaché à ses côtés deux sergents ridicules, aussi bêtes et méchants que ses principes. C’est penser sans les astuces de l’amour et la capacité d’Agnès à découvrir toutes les subtilités du jeu amoureux. Car, sitôt qu’elle met le nez dehors, la fleur domestique sent des poussées de sève. Le premier « blondin » qui passe est embaumé par la force de son parfum…

              La bataille entre les fulgurances de l’Amour et les garde-fous du barbon est dés lors engagée. Et la scène est le lieu torride de cet affrontement où jalousie, tourments, rage, pensées criminelles mettent, peut-être pour la première fois de sa vie, Arnolphe aux prises avec la passion… Demain, je reviens sur la mise en scène.

 

Near Old Wick Castle

Voir les commentaires