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Les arbres de janvier

Publié le par Eric Bertrand

          Il y a des moments de janvier où la vie et les vœux s’arrêtent, quand le gel empêche les portes de s’ouvrir, les voitures de circuler et les automobilistes de voir à travers les vitres. Dans la cour des écoles, les enfants glacés s’empressent de regagner les salles de cours. Ils ont le museau froid et leur souffle éperdu rajoute du brouillard au gris de la cour.

          Il paraît qu’on va y faire pousser un arbre en souvenir d’une petite fille de sixième morte tragiquement pendant les fêtes de Noël. Je le lis sur le tableau d’affichage en arrivant. Elle avait onze ans, faisait sa rentrée au collège. Mort aussi dans un tragique accident de la route, au lendemain de l'an, le père d’une élève sage et studieuse que j’ai en classe depuis la sixième. Elève modèle, véritable petit ange.

          L’heure sonne. Les pas sur le ciment de la cour résonnent bizarrement. Je vais chercher les élèves. Je suis ébranlé, je ne sais plus faire cours, je voudrais trouver les mots, leur exprimer autrement mes incontournables vœux, formuler autrement mes condoléances. Les petites silhouettes sont debout, transies et gauches. De l’autre côté de la grille, les arbres du square où sont garées les voitures blanchies penchent piteusement la tête.

Inside Sinclair Girnigoe

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Hillerman, Robinson et réminiscences (Cadeaux sous le sapin (2/2))

Publié le par Eric Bertrand

            Parmi les chapitres que j’évoquais hier, relativement aux perspectives ouvertes par les cadeaux de Noël, j’en privilégierai trois :
 

-          Le chapitre « Pour y voir Clerc » à travers l’ouvrage consacré à Julien Clerc… Quand on tourne les pages, ce sont de vieilles photos, des premières télés, des pochettes d’album, autant d’images qui, à leur façon, jouent le rôle que je décris dans mon livre quand j’évoque l’effet auditif des chansons de Julien. Cette fois, la sensation n’est pas auditive, mais visuelle, ce sont notamment les pochettes plastifiées des disques que m’offraient, pour chaque Noël ou anniversaire, mes parents ou mes grands-parents. Alors j’entrainais le précieux césame vers le mange-disques et j’avalais les chansons et pas des "ptits pois lardons ! (astuce réservée aux initiés au répertoire de l'interprête de Roda Gil !… )

-          Le chapitre « américain », avec le roman de Tony Hillerman qui raconte une enquête en territoire navajo, et celui de Carter qui évoque l’éducation qu’un petit garçon reçoit de ses grands parents Cherokee.

-          Le chapitre « voyage » à travers le thème de Robinson Crusoé qui ne cesse de m’interroger (j’étudie en ce moment avec les 5°, « Vendredi ou la vie sauvage », après avoir étudié en seconde «les Limbes du Pacifique ») Fidèle lecteur de Claude Lévi-Strauss, Tournier réinterprête admirablement le mythe dans ces deux romans… De quelle façon Defoe raconte-t-il l’histoire réelle de cet Ecossais nommé Alexander Selkirk ? Ce sera l’occasion d’un prochain article dans ce blog !

                En attendant, nous sommes deux à lire cet ouvrage car deux « mains » m’ont offert le livre de Poche et je me suis fait un plaisir de l’offrir à mon frère qui est aussi le premier à m’avoir signalé l’intérêt des « Limbes du Pacifique » !

                Je le revois m’attendant à la table d’un café du centre ville de Nantes, il était plongé dans le roman qu’il relisait inlassablement et c’était précisément celui de Tournier !

Visiting Sinclair Girnigoe with Ian

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Cadeaux sous le sapin (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

                     Les cadeaux que l’on reçoit sous le sapin ne sont pas seulement des marques d’affection, ils sont aussi le signe que les proches vous envoient de la façon dont ils vous reconnaissent.

                     Sous le sapin isérois, parmi d’autres perles, je relèverai pour le lecteur les pièces suivants : « Lettres à sa fille », de Calamity Jane, « Petit Arbre », de Carter, « Robinson Crusoé », de Daniel Defoe, « là ou dansent les morts » de Tony Hillerman, « Julien Clerc, une vie de tout », « les grandes légendes de France », interview de Claude Lévi Strauss… Autant d’ouvrages qui orientent la pensée vers des chapitres entiers de ce blog…

                    Je propose demain d’approfondir le contenu de ces cadeaux qui font mouche !



Going to the north...

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« Les Portes de l’Enfer » de Laurent Gaudé

Publié le par Eric Bertrand

               Au cours de ces vacances, j’ai eu l’occasion de lire le dernier roman de Laurent Gaudé, auteur dont j’apprécie vivement l’univers. J’avais été ébloui par la force épique de « la Mort du roi Tsongor » ou la puissance d’évocation du « Soleil des Scorta »… Je n’ai donc pas manqué le rendez-vous avec « les Portes de l’enfer »…

              Le thème m’a interpellé et je l’ai abordé avec une certaine hésitation, on le comprendra étant donné le drame familial qui nous a touchés au moment de la disparition de Guillaume…

              Dans les rues de Naples, Matteo perd son fils de six ans dans une fusillade qui met aux prises des membres de la mafia locale. Ignoble réalité des hommes qui rattrape le chemin d’insouciance de l’enfant… Le père et la mère sont évidemment ravagés. Jusqu’au moment où Matteo trouve le moyen d’accéder aux portes de l’enfer et de retrouver le fils disparu. Merveilleuse aventure qui ramène l’esprit au vieux mythe d’Orphée et aux songeries sur la possibilité d’une résurrection.

               Difficile de suivre cet itinéraire initiatique dans les couloirs de la mort. Le lecteur a parfois du mal à y croire. Trop d’artifice, de mythologie, de rêve ou de légende pour  s’accorder le visa en même temps que la lecture…

              Mais il est des heures où lire devient un acte de prière… Prier, c’est à dire épouser la douleur du couple, l’hébétude et le vertige du désespoir, la volonté désordonnée d’agir pour réparer l’irréparable, la déambulation aux frontières de la vie et du rêve dans cette zone intermédiaire où l’on acquiert le sentiment que ce qui se joue sous nos yeux n’a peut être pas le sens qu’on lui attribue dans la réalité, l’inquiétante impression de l’évanouissement.

              Après l’épisode de l’enfer, le miracle se produit, le fils absent revient parmi les vivants. Il revient et accomplit la vengeance. Accomplit la promesse qu’il a faite à son père. Retrouve la figure désincarnée de la mère… Ces pages sont d’une rare intensité. Elles disent, au delà de l’histoire et des personnages, la douleur de l’absence, la détresse et l’égarement de l’abandon, l’instinct de survie et la mémoire du corps. Elles réalisent admirablement pour le lecteur ce que Laurent Gaudé écrit en dernière page à propos de son roman : « J’ai écrit ce livre pour mes morts. Les hommes et les femmes dont la fréquentation a fait de moi ce que je suis (…) »

 

Inside Girnigoe

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Addiction ?

Publié le par Eric Bertrand

                Message spécialement destiné à mes bons lecteurs si fidèles et accoutumés à l’article du jour ! Comme vous l’avez constaté, je déserte l’espace du blog à des périodes (rares, et en général définies) pour deux raisons…

                La raison matérielle d’abord, parce que, pendant cette période, je ne dispose pas de l’environnement informatique auquel je suis habitué… Mais depuis ces fêtes de Noël, cette excuse ne va plus car je suis à présent équipé d’un mini ordinateur, « net book » pour les spécialistes, qui me permet aussi bien de taper mes articles que de surfer sur le net.

                 La raison personnelle qui dès à présent seule prévaut : en période de vacances et de déplacement, je trouve un certain plaisir dans cette tension qui consiste à vaincre certains « mécanismes » liés aux technologies nouvelles… Résistance programmée à toute forme d’addiction !


 From the cliff in Caithness

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