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Cavalcade pour Simenon

Publié le par Eric Bertrand

         Mardi dernier a eu lieu notre sortie IDD qui devait couronner le travail autour du roman de Simenon, « le Voyageur de La Toussaint ». Froid vif, 28 élèves de quatrièmes, quatre collègues ayant tous planché sur l’ouvrage afin d’entraîner la joyeuse équipe sur les pas des personnages de la fiction.

         Les préparatifs de l’opération étant fixées entre 9 et 10h00, pointage, consignes, réfectoire, chargement des sacs à dos, bus de ville, nous débarquons au parc des Esplanades. Une voiture est sur place avec le reste de la logistique. Les élèves sont aussitôt répartis par groupes de 7 : ils doivent réaliser leur parcours à travers les rues de La Rochelle et passer aux cinq points fixes indiqués sur 5 cartes qui leur seront remises au fur et à mesure. A chacun de ces points, un commerçant muni d’un poinçon qu’on lui a remis la veille, valide leur passage. Ils doivent alors présenter leur feuille de route poinçonnée au collègue qui les suit à distance et ne peuvent continuer leur mission qu’à condition de répondre à la question sur le roman et le lieu où ils se trouvent.  Voilà pour le principe.

           Ca parcours physique et culturel est aussi une course d’orientation et l’équipe qui réalise la meilleure performance est celle qui conjugue les deux qualités nécessaires : déplacement rapide et vivacité intellectuelle. La bonne connaissance de l’ouvrage facilite évidemment la tâche. Après quelques tatônnements le matin (les élèves rochelais ne connaissent pas si bien leur ville, et les pages du roman sont figées par le froid de l’hiver), les équipes prennent le coup l’après-midi ! La méthode est rôdée : certains galopent le livre en main pour répondre à la question pendant que d’autres « sprinters » progressent à toute allure vers le lieu indiqué sur la carte. Les profs ne lâchent pas la filature et détalent derrière eux, equipés de leurs dossiers. Place Verdun, Saint Jean d’Acre, place de l’Hôtel de ville, kiosque des Ecrivains de la Côte (clin d’œil au passage), quai Valin… Les Rochelais assistent médusés à cette folle cavalcade qui réunit pour le meilleur ou pour le pire un adulte et sept voyous lancés à toute allure dans la trame d’un roman de Simenon !


 

John Sinclair's rendez vous ! 

 

 

 

 

 


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Atelier d’écriture : conte collectif (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

Voici donc comme annoncé hier la rédaction du conte collectif imaginé par des élèves de sixièmes.

 

             Sur le bord du grand Océan, dans une maison de coquillages, Marine et Marin vivaient heureux. Ils s’amusaient bien ensemble car ils avaient la passion de la mer et ils riaient souvent, leur chien Martin et leur chat Sacha à leurs trousses. Marine portait un jean vert océan qui plaisait beaucoup à Marin. Ce qui faisait le bonheur de Marine, c’était le drôle de chapeau que portait toujours Marin. Elle ne savait pas bien pourquoi, mais ce chapeau avait le don de la faire rire.

              Un jour, un grand vent s’abattit sur le rivage et fit s’envoler le chapeau. Plus une trace de lui ! Un pauvre fétu de paille évanoui ! Marine pleura beaucoup. Quant à Sacha, il ne daignait même plus se lever pour réclamer sa pitance. Même le bon Martin, naguère si joyeux, restait prostré dans un coin de la maison et levait à peine les yeux quand on l’appelait. Finis les jeux sur la plage ! Marin errait tout seul sur le rivage et son chapeau lui manquait à lui aussi ! Qu’allait-il faire désormais ? Le ciel était plombé, une sinistre bruine tombait obstinément sur la maison de coquillages.

              Il s’assit, la tête entre les mains, tout contre les « murs » de sa maison et prêta l’oreille à ce qui se disait dans sa conscience et dans le creux des plus gros coquillages qui tapissaient les parois.

Avez-vous déjà prêté l’oreille à un coquillage ? On n’entend pas que la mer !...

Soudain, son esprit s’alluma. Son chapeau avait tout simplement dû s’envoler, emporté par une bourrasque. Il irait donc le rechercher lui-même !

               Sans plus attendre, il bondit sur sa pirogue. La mer était calme, presque verte, d’une teinte amoureuse, un peu comme le jean de Marine ! Il pagaya vigoureusement en direction de l’île qu’il voyait de son rivage : peut être le chapeau avait il volé jusque là… Soudain, alors qu’il donnait un coup de rame un peu plus fort que les autres, il vit se dresser en face de lui la figure du Dieu Poséidon. Les coquillages qui le connaissaient et le décrivaient souvent dans leurs récits affirmaient qu’il fréquentait ces eaux, mais Marin ne l’avait encore jamais vu ainsi. Il fut impressionné par la massive silhouette qui se dressait devant lui.

« Ne t’en fais pas, mortel. Ton chapeau n’est pas perdu ! Il a simplement atterri sur l’île des vaches sacrées, juste en face !... Rassure-toi ! L’une d’elles a voulu l’avaler mais elle l’a seulement ruminé avant de le rendre à la prairie et au vent. Si tu le trouves, tu obtiendras en supplément le présent de la vie éternelle car c’est désormais la salive et l’estomac d’un Dieu qui le protègent ! »

               Et sans autre explication, Poséidon replongea vers ses abysses. Marin sentit sa force redoubler. Il eut vite fait d’atteindre l’île. Décidément, les dieux étaient avec lui car sitôt qu’il eut posé le pied à terre, un vent se leva et lui amena, dévalant les lointaines prairies, le divin chapeau ! Il eut envie de l’embrasser tant il débordait de joie. Du reste, dès que le chapeau se posa sur sa tête, il se sentit un autre homme. Sa tête, ses bras, ses jambes avaient acquis une puissance extraordinaire. Le temps de le penser, il était sur le bateau, il était sur la mer, il était devant la maison de coquillages.

                 Le jour se levait à peine. C’était à nouveau un jour de grand soleil et l’océan roulait des vagues fines et belles, comme des lèvres maquillées. Des sourires de vagues, pensa Marin ! Et soudain, la porte de la maison s’ouvrit et Martin bondit sur lui en jappant. Sacha était monté sur le dos de son compagnon et, par goût du jeu, il attrapa le chapeau sur la tête de son maître. Alertée par le vacarme, Marine était sortie sur le pas de la porte. Un grand sourire illuminait sa face. Sacha lui avait mis le chapeau sur la tête et tournait entre ses jambes, tout fier de lui.

« Comme il te va bien ce chapeau ! s’exclama Marin, coiffée de la sorte, tu as l’air d’une véritable déesse, et je pèse mes mots ! »


 

Strathmore on a very sunny day

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Atelier d’écriture : conte collectif (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

             La nécessité d’avancer le programme de sixième me fait légèrement « tourner le dos » à La Fontaine, même si je reste proche de l’univers des Fables avec l’analyse du conte… « Le Conte dans tous ses états », tel est l’objet d’étude sur lequel nous réfléchissons depuis quelques semaines.

             Dans ce cadre, j’ai demandé aux élèves de participer à un « conte collectif » : le principe est simple en apparence, chacun doit prolonger la phrase de son voisin par une phrase qui « continue » l’histoire. On s’aventure là dans des zones difficilement contrôlables, mais le rôle du meneur de jeu (qui fournit la phrase amorce) est précisément de recadrer et de contrôler les dérapages divers !

             A l’issue de vingt minutes de « tour de table », j’ai fait recopier aux élèves le schéma narratif de ce que nous avions inventé et je leur ai promis d’en rédiger le contenu pour le lendemain. Petit défi personnel que je m’étais lancé en cette période un peu touffue des conseils de classe ! Il faut bien accorder une place à la création de temps en temps ! Le résultat demain !

Coming down the valley of Stathmore...

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La machine (proposition de correction du sujet d’écriture)

Publié le par Eric Bertrand

Comme le narrateur de « la Colonie Pénitentiaire », vous êtes responsable d’une machine très particulière dont vous présentez le fonctionnement à un auditeur. A travers un paragraphe explicatif, vous décrirez cette machine et vous expliquerez dans quel but elle fonctionne (attention à bien varier les expressions du but)

Consignes : vous avez le droit de vous servir du cours. Vous devez tenir compte des éléments du barème ci-dessous et les coller sur votre page de garde.

 

- Originalité et imagination. (4)

- Respect de l’énonciation (discours à un auditeur qui est là pour s’informer) (4)

- Expression écrite. (4)

- Respect de la forme explicative. (2)

- Utilisation d’au moins deux formes pour exprimer le but. (2)

- Orthographe. (2)

- Présentation et mise en page. (2)

 

 

             Le collège venait de m’exclure une seconde fois pour « usage abusif de MP3 ». Je traînais mon ennui dans un salon du multimédia et des nouvelles technologies lorsqu’un exposant à l’air empressé m’aborda :

              « Jeune homme, accordez-moi cinq minutes d’attention, le temps pour moi de vous présenter un appareil qui va bouleverser vos habitudes de collégien... Car vous êtes collégien, n’est-ce pas ? Je vois ça à votre mine et à votre air désoeuvré !... Le collégien se sent décomposé sitôt qu’on le prive de sa bande de copains et de copines, je le sais bien ! Eh bien, quand vous allez les revoir, ils ne vous lâcheront plus, c’est moi qui vous le dis ! En effet, si vous m’écoutez bien, vous allez être en mesure de leur présenter à votre tour tous les avantages du « MP4 spécial collège » que voici !

              La première caractéristique de ce MP4 spécial collège, c’est que, sitôt que son propriétaire le souhaite, il devient parfaitement invisible, de sorte qu’on puisse l’utiliser pendant tous les cours. La matière organique qui le constitue est à base de tissus de caméléon, aussi, le corps central de l’engin épouse-t-il entièrement le milieu dans lequel on le pose : la paume de la main, voyez ma main, la trousse, le papier quadrillé de la copie ou du cahier, le bois du bureau. Le fil, comme les oreillettes qui assurent l’écoulement voluptueux de la musique dans le fin fond de votre conduit auditif et de votre imaginaire sont, de surcroit, également transparents.

              Le prof qui circule à cinquante centimètres de votre table ne peut les remarquer. Vous savourez les derniers airs à la mode téléchargés la veille et il vous trouve invraisemblablement attentif, il vous sourit même, et vous lui rendez un sourire d’enfant comblé !... Le plaisir du son associé à celui, plus délicat, de la traîtrise !

              Attendez, ne souriez pas si vite ! Touchez donc ce fil… La matière qui le compose possède la propriété suivante : elle réagit aux voix et analyse le son pour le restituer sous une autre forme… Un exemple ? La voix du professeur, en général forte et nerveuse, produit une vibration particulière qui est du meilleur effet sur la musique… Sans le savoir, le prof devient DJ et crée spontanément et sous vos yeux ravis des mixtes exclusifs !... Les maths à la sauce Tokyo Hôtel, l’anglais à la sauce Britney Spears, Kafka et Marivaux à la sauce techno.

              Une dernière chose, ce matériel qui allie astuce et haute technologie est pourvu d’un détecteur de malveillance placé juste au-dessous du fil d’alimentation. A la moindre tentative de larcin, une petite mâchoire en latex s’extrait de l’habitacle afin de mordre l’assaillant et de lui enlever toute envie de recommencer !

               Bref, équipé de ce nouvel appareil, je vous garantis des heures voluptueuses et paisibles au sein de votre collège ! 

Valley of Strathmore.

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Darwinisme au collège…

Publié le par Eric Bertrand

              Le lecteur de ce blog s’est sans doute aperçu qu’au bout d’un an d’exercice de mes fonctions dans un collège, je n’aborde plus la  pédagogie sous le même angle et que le vieil adage selon lequel « là où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute »… montre que l’espèce enseignante n’assure sa survie que par sa capacité à l’adaptation au milieu.

              Fort de cette conviction teintée de darwinisme, je vais donner, dans les trois articles à venir une série d’exemples qui montrent que je me suis en effet adapté tout en préservant mon identité.

              Je ne reviens pas sur les développements à partir du théâtre qui en constitue sans doute la meilleure illustration, mais je propose deux récentes activités d’écriture tout à fait symptomatiques : la première, en présence des quatrièmes, la seconde en présence des sixièmes…

               A la suite de l’étude d’un extrait d’un texte de Kafka dans lequel l’auteur présente une machine, j’ai demandé aux élèves d’imaginer une machine… Suite à quoi, j’ai rédigé une correction…

 

Our old friend Don in Thurso, pilot in the RFA.

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