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L’étrange histoire de Benjamin Button : « comme il vous plaira »

Publié le par Eric Bertrand

              Je ne résiste pas à la tentation de prolonger cette série sur « Benjamin Button » par la référence à mon maître Shakespeare et à la fameuse tirade proférée par Jacques des Bois dans la pièce « Comme il vous plaira ».

             Comme souvent chez Shakespeare, passe un personnage épisodique qui offre au spectateur l’occasion d’une réflexion sur la condition humaine. Soucieux de mes lecteurs non anglophones, je vous en livre une traduction libre : (j’ai souligné les passages particulièrement signifiants pour le film !)

 

 

Le monde entier est une scène,
Et tous les hommes et les femmes n’y sont que des acteurs:
Ils ont leurs sorties et leurs entrées;
Et un homme en son temps, ne fait que jouer sa partie,

Le tout en sept actes...

Au premier acte, c’est l’enfant,
Vagissant et vomissant dans les bras de l'infirmière.
Et puis vient le léger écolier, avec son cartable
Et sa face de soleil levant, glissant comme l'escargot

Contre son gré, sur le chemin de l'école.

Et puis vient l'amant, au long soupir de forge,

Avec sa longue ballade triste fabriquée

Spécialement pour les beaux yeux de sa maîtresse.

Puis vient le soldat, plein de serment étrange,

Barbu comme le léopard, jaloux sur le point de l'honneur,

Prompt à la querelle,
Et sans cesse à la recherche de cette bulle qu’on appelle

« La gloire »  jusque dans la bouche du canon.

Et puis vient le juge avec son ventre rond

Rempli d’un bon chapon,
Avec ses yeux et sa barbe sévères,
Plein de sagesse et de maximes.

Le sixième âge porte un maigre pantalon
Avec les lunettes sur le nez et la pochette sur le côté,
Sa voix, naguère forte, glisse peu à peu

Vers le son enfantin du fausset.

Puis vient la scène finale de cette étrange histoire...
C’est le retour à l’enfance,
Sans dents, sans yeux, sans goût, sans rien.

 

               PS : pas d’articles demain pour cause de voyage du côté d’Arcachon et de Bordeaux...

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L’étrange histoire de Benjamin Button (4/4) : poème en hommage à une danseuse...

Publié le par Eric Bertrand

           Pour finir ce tour d’horizon du thème du vieillissement que l’on retrouverait aussi représenté dans certains des récits des Nouvelles pour l’été, je reviendrai aujourd’hui sur un poème publié dans « Pierrot et Colombine », nouvelle du recueil Chaussée de la madeleine de Proust... Ce texte intitulé « la danseuse », met en scène une danseuse qui choisit de léguer à son héritier futur un chausson de danse qu’elle abandonne Chaussée de la Madeleine, à Nantes, au bâtiment du « Grenier du Siècle »...

            J’ai tout de suite repensé à ce poème quand j’ai vu ce beau personnage de la danseuse dans le film...

 

            « Je suis née dans un galbe de rose : sur les voiles du berceau tendu, mon cœur en bouton a senti vibrer la fermeture éclair et le juste-au-corps. Mes yeux en bouton de bottines ont offert à mon pied le rose des paupières ; plus légère qu’un lacet, je me suis tordue dans les draps en attendant l’aurore.

             Elle est venue, comme une musique derrière l’écran du jour : je lui ai donné ma chair et je danse obstinément, peu m’importe le jour, peu m’importe la nuit, je suis une rosée en suspension, on me regarde vibrer dans la transparence de mes larmes. Je m’élance et me retiens, me donne et me retire, et mon juste-au-corps qui ruisselle est une coupe d’ivresse à moitié renversée.

             Un jour, elle s’en ira de moi : je la verrai partir comme on accompagne des yeux, avec de grandes trainées de lumière et du ricil sur les joues. Elle se fera discrète, une compagne en tutu, qui s’élance et qui voltige et ne se fait pas entendre.

              Elle exécute sur la scène limpide quelques rides d’eau courante et je feuillonne, sur mes doigts et sous mes paupières, les pétales de rose qu’on offre à la danseuse »

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L’étrange histoire de Benjamin Button (3/4) : les sœurs du Ponton

Publié le par Eric Bertrand

             Sans être de vieilles dames, les deux « Befana » du Ponton ont déjà beaucoup vécu et leur voix est imprégnée de mélancolie. Davantage, le spectateur, lecteur, décèle une brisure dans leurs propos, la marque d’un détraquement initial qui explique une bonne part de ce qu’elles sont devenues ensuite. Laissons leur la parole au moment de l’épilogue, après le départ de Gigi et de l’Americana...

 

Carolina : elle sourit, de plus en plus émue. Je revois la scène, le jour de mon retour… C’était comme dans un conte de Pirandello… Il faisait très chaud, le sirocco soufflait… Pour me faire plaisir, elle m’a proposé un plat de polenta pour le dîner et des cédrats de Sicile… Longtemps, je l’ai serrée dans mes bras, puis je suis montée au grenier, j’ai enfilé une vieille jupe et je suis venue l’aider à préparer la polenta… Jamais on n’a travaillé la pâte comme je l’ai travaillée ce jour-là !... Je la tournais, la retournais, la tordais, et la malaxais avec acharnement.

Elles se sont rapprochées l’une de l’autre. Elles sanglotent légèrement. Carolina sèche les yeux de Francesca.

Carolina : on est bien toutes les deux !... On a bien fait de prolonger sur la scène ce que la mamma nous a appris…

Francesca : on a bien fait, ma Carolina… On a vraiment bien fait… Et on s’en sort pas mal toutes les deux !... Je crois qu’elle serait fière de nous… 

Carolina : il vaut mieux qu’on soit deux, tu sais Francesca, il vaut mieux qu’on soit deux… Il n’y a personne après nous… 

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L’étrange histoire de Benjamin Button (3/4) : les sœurs du Ponton

Publié le par Eric Bertrand

             Sans être de vieilles dames, les deux « Befana » du Ponton ont déjà beaucoup vécu et leur voix est imprégnée de mélancolie. Davantage, le spectateur, lecteur, décèle une brisure dans leurs propos, la marque d’un détraquement initial qui explique une bonne part de ce qu’elles sont devenues ensuite. Laissons leur la parole au moment de l’épilogue, après le départ de Gigi et de l’Americana...

 

Carolina : elle sourit, de plus en plus émue. Je revois la scène, le jour de mon retour… C’était comme dans un conte de Pirandello… Il faisait très chaud, le sirocco soufflait… Pour me faire plaisir, elle m’a proposé un plat de polenta pour le dîner et des cédrats de Sicile… Longtemps, je l’ai serrée dans mes bras, puis je suis montée au grenier, j’ai enfilé une vieille jupe et je suis venue l’aider à préparer la polenta… Jamais on n’a travaillé la pâte comme je l’ai travaillée ce jour-là !... Je la tournais, la retournais, la tordais, et la malaxais avec acharnement.

Elles se sont rapprochées l’une de l’autre. Elles sanglotent légèrement. Carolina sèche les yeux de Francesca.

Carolina : on est bien toutes les deux !... On a bien fait de prolonger sur la scène ce que la mamma nous a appris…

Francesca : on a bien fait, ma Carolina… On a vraiment bien fait… Et on s’en sort pas mal toutes les deux !... Je crois qu’elle serait fière de nous… 

Carolina : il vaut mieux qu’on soit deux, tu sais Francesca, il vaut mieux qu’on soit deux… Il n’y a personne après nous… 

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L’étrange histoire de Benjamin Button (3/4) : les sœurs du Ponton

Publié le par Eric Bertrand

             Sans être de vieilles dames, les deux « Befana » du Ponton ont déjà beaucoup vécu et leur voix est imprégnée de mélancolie. Davantage, le spectateur, lecteur, décèle une brisure dans leurs propos, la marque d’un détraquement initial qui explique une bonne part de ce qu’elles sont devenues ensuite. Laissons leur la parole au moment de l’épilogue, après le départ de Gigi et de l’Americana...

 

Carolina : elle sourit, de plus en plus émue. Je revois la scène, le jour de mon retour… C’était comme dans un conte de Pirandello… Il faisait très chaud, le sirocco soufflait… Pour me faire plaisir, elle m’a proposé un plat de polenta pour le dîner et des cédrats de Sicile… Longtemps, je l’ai serrée dans mes bras, puis je suis montée au grenier, j’ai enfilé une vieille jupe et je suis venue l’aider à préparer la polenta… Jamais on n’a travaillé la pâte comme je l’ai travaillée ce jour-là !... Je la tournais, la retournais, la tordais, et la malaxais avec acharnement.

Elles se sont rapprochées l’une de l’autre. Elles sanglotent légèrement. Carolina sèche les yeux de Francesca.

Carolina : on est bien toutes les deux !... On a bien fait de prolonger sur la scène ce que la mamma nous a appris…

Francesca : on a bien fait, ma Carolina… On a vraiment bien fait… Et on s’en sort pas mal toutes les deux !... Je crois qu’elle serait fière de nous… 

Carolina : il vaut mieux qu’on soit deux, tu sais Francesca, il vaut mieux qu’on soit deux… Il n’y a personne après nous… 

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