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Auteur ou pédagogue ?

Publié le par Eric Bertrand

 


           Via ce blog, j’ai alternativement l’occasion de me positionner en tant que pédagogue ou en tant qu’auteur. Il me semble pourtant plus évident de choisir l’un contre l’autre. Je ne tiens pas de discours sur l’art d’enseigner, je ne supporte pas les discours ambiants et les effets de mode qui tantôt privilégient une approche et tantôt la renient… Tout ce que je sais, c’est que j’aime enseigner et que les choses ne se passent pas trop mal en cours, quel que soit le lieu où j’enseigne. C’est du moins ce que je puis affirmer, fort de ces années passées dans des milieux bien différents les uns des autres…

             En revanche, là où je me sens parfaitement à l’aise, c’est quand je plonge au sein de mes ouvrages et dans l’exercice d’écriture. Surtout, je n’ai pas à me poser de questions ni à couper les cheveux en quatre, quand j’enfile cette casquette-là !

               L’Education Nationale encourage de plus en plus les derniers temps les expériences du type : « un écrivain dans la classe… Atelier d’écriture… » C’est finalement dans ce créneau là que je trouve le mieux ma place. Mais cela a lieu dans le fil des cours et non dans le cadre d’une rencontre ponctuelle et souvent lourde (et coûteuse !)

               Le lecteur de ce blog se rend bien compte qu’à chaque fois que je traite de pédagogie, je traite en même temps d’expérience d’écriture. Et cela me remet en harmonie avec moi-même puisqu’au fond, j’ai commencé cela très tôt… Colette If du Loup des Acqs (voir bibliographie dans le site) et même au-delà, lors de premiers ateliers théâtre l’année de CPR à Villefranche sur Saône ou encore durant ma carrière de surveillant à Villefontaine…

 


L'heure est à la mélancolie et à la philosophie sur le ponton...

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Article du mois : de la poésie à l’urinoir

Publié le par Eric Bertrand



            Tournant du mois, rendez-vous avec notre rubrique « article du mois »… J’ai envie de reparler art et poésie à travers cet article que j’ai écrit le 3 janvier…

 

            « Et je pisse vers les grands cieux, très haut et très loin avec l’assentiment des grands héliotropes »… Qui se souvient de ces vers d’Arthur ? Restons dans cette coloration pour l’article de ce matin !

           Qu’est-ce que la poésie, qu’est-ce que l’art ? Grandes questions que je m’amuse souvent à poser aux jeunes consciences dont j’ai la charge pendant mes heures de cours, notamment lorsque j’aborde ce que l’institution nomme « objet d’étude : la poésie ». Les réponses sont en général bien décevantes, « la poésie, c’est quand ça rime »…

            Comment expliquer les choses simplement afin, à la fois, de corriger la représentation et d’interpeler ces consciences la plupart du temps vierges de toute culture poétique ? J’écoutais récemment un entretien donné par Claude Lévi Strauss sur une radio qui lui rendait hommage. Le grand ethnologue était interrogé sur les structures de l’art, et il livrait des propos très concrets. Il reprenait l’idée chère aux linguistes selon laquelle le vocabulaire a pour tâche d’affecter à des réalités des signifiés bien déterminés et il prenait l’exemple du fameux « urinoir » de Duchamp.

             Le « génie » de Duchamp a consisté à « déplacer » l’objet de son signifié habituel pour « réveiller » en lui d’autres significations qu’il n’avait pas dans des toilettes publiques… Dans un musée, au contact d’autres objets d’art, sur des murs propres et sacrés par le regard des visiteurs et le culte de la Beauté, l’urinoir se mettait soudain à exister par sa forme, sa blancheur, sa différence, son extravagance…

             Bref, il changeait de vie et se dérobait de son signifié initial. Il en va de même pour la poésie et pour l’acte d’écriture poétique… Je citerais volontiers à l’élève qui a tenu le choc de l’explication, ces trois citations d’auteurs : l’une de Supervielle selon lequel « le poète est le contrebandier de la langue », l’autre de Tardieu : « la poésie c’est quand un mot en rencontre un autre pour la première fois », enfin une dernière de Sartre : « la poésie ne se sert pas des mots, elle les sert ».

              Bonne déglutition !



Le Ponton (13) : épilogue
envoyé par Sheumas1

 Quand l'été est fini...

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Une réponse à l’article d’hier

Publié le par Eric Bertrand

 


J’ai reçu suite à mon article d’hier une réponse de collègue que je publie ce matin de façon à offrir à celui qui voudrait s’informer davantage l’occasion d’un approfondissement du problème.
 
                 « Je trouve votre texte très intéressant et pense que c'est un point de vue partagé par beaucoup de collègues. Le passage "Faut-il réduire l’enseignement de la Littérature et du français à des objectifs si délimités et forcément réducteurs ? En filtrant ainsi les contenus, le professeur ne risque-t-il pas, sous prétexte de mieux évaluer les élèves, de stériliser la matière et de la leur rendre encore plus rébarbative ? Ou alors, peut-être que rompus à l’exercice des claviers et des SMS, trouveront-ils finalement *un plaisir paresseux* à envisager le subtil travail d’écriture, de réflexion et d’élaboration de la pensée à travers la grille réduite d’un nombre défini d’items à valider…" me semble répondre à l'interrogation que cache cette réforme, qui est "peut-on rendre l'enseignement au collège utile pour la vie de tous les jours ?
              "
Vous y répondez bien en disant que ce n'est pas notre rôle, que l'expérimentation, le plaisir, le questionnement des textes forment un esprit libre, pas "cloisonné". Est-ce à 14 ans que l'on doit savoir ce que l'on veut faire de soi ? Est-ce que c'est important à 13 ans de savoir que l'on sait "manipuler les accords dans les groupes nominaux", "poser une question visant à introduire un débat dans un groupe de réflexion"...           
               En même temps, le cloisonnement par matières est tout de même un enfermement du savoir qui a provoqué ce genre de proposition... Je pense qu'il va falloir que nous fassions des propositions du type "proposer des lectures en maths, en histoire, en svt", "developper les iDD", "moduler par projets de classe", etc. pour montrer que nous sommes ouverts à une réforme si elle pose bien le collège comme un lieu de découverte et de formation d'une culture commune, pas la préparation au monde professionnel ou à je ne sais quel quizz.
           
                Quant à la perte de goût... Nous pourrions parler des facteurs déclencheurs pendant des semaines (je me souviens de la lecture perplexe de "pourquoi vos enfants s'ennuient à l'école") et c'est bien avec ce genre de question improductive que l'opinion publique se laisse séduire. 
             
                 Je poserai aussi cette question à nos supérieurs hiérarchiques : "si les enseignants sont des intellectuels ayant pour mission de transmettre les clés de nos cultures, pourquoi ne pas leur laisser entière liberté tant dans le contenu que dans la forme ?". Qui mieux que l'enseignant sait à qui il a affaire, comment faire tourner le moteur, et vers quoi mener ce groupe précis d'individus au plaisir d'apprendre ?
            
                 Je trouve que nous sommes plus regardés comme un vaste troupeau à mener de l'avant que comme des bergers... Quand aurons-nous de l'autonomie, de la liberté, des choix à faire, le droit d'essayer des choses pour mener notre mission à bien...
             
                 Enfin, pendant 10 ans, nous allons cocher des cases... Comme c'est réjouissant !!!! Ce n'était déjà pas drôle comme ça, mais là, ça va devenir très sec...
En tout cas merci pour votre message, j'espère que vous ne me trouvez pas trop bavarde. Plusieurs personnes m'ont déjà demandé de faire suivre les réponses, m'autorisez-vous à faire suivre votre mail ? Très cordialement,
Du passé resurgit la brisure et le souvenir d'un amour évanoui pour les deux Befana...


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Evaluer par compétences ?

Publié le par Eric Bertrand


           L’une des grandes forces de l’enseignement, c’est celle qui consiste à essaimer.

           Un professeur qui aime son métier, quand il est à l’œuvre, est « au labour »…

           Il fouille, il creuse, il sillonne, puis il récolte et sépare le bon grain de l’ivraie afin de le transmettre aux jeunes esprits dont il a la charge. Ces jeunes esprits qui, pour citer Montaigne, sont comme les abeilles qui « pillottent de çà de là les fleurs pour en faire le miel… savourent le miel à condition qu’ils sachent cultiver en eux le goût de l’épreuve et de l’effort personnel.

           Cette vérité applicable à toutes les matières est encore plus évidente pour tout ce qui touche à la littérature (même si au collège on travaille davantage sur le « français », on le fait, comme le préconisent les programmes, à partir de textes ouvertement littéraires…)

           Dans les établissements scolaires, l’enseignement du français passe par deux niveaux : celui de la transmission et celui de l’acquisition. Et pour l’élève, (et ses parents…) ce qui importe alors concerne avant tout l’évaluation.

           A l’issue d’une séquence pédagogique, il sait qu’il doit être évalué à partir de ce qu’il a compris et retenu. Moment délicat qui fait intervenir un faisceau complexe de compétences : différents critères entrent en effet en ligne de compte en fonction de l’exercice, du type de support, de la densité de la matière communiquée, du niveau de la classe, de la relation que l’enseignant crée en cours dans la durée de l’année scolaire… Autant de données difficilement quantifiables !

 

            Et voilà qu’on nous demande de programmer, comme en commission de jury, un ensemble de compétences…

            Il est peut-être rassurant et plus « transparent », au seuil d’une année et d’une salle de classe, de jeter le filet finement maillé de ces « compétences ». Mais ce « cérémonial » et cette pratique n’éloignent-ils pas beaucoup l’enseignant de son véritable but ?

            Lui faut-il réduire l’enseignement de la Littérature et du français à des objectifs si délimités et forcément réducteurs ? En filtrant ainsi les contenus, le professeur ne risque-t-il pas, sous prétexte de mieux évaluer les élèves, de stériliser la matière et de la leur rendre encore plus rébarbative ? 

             Ou alors, peut-être que rompus à l’exercice des claviers et des SMS, ils trouveront finalement un plaisir paresseux à envisager le subtil travail d’écriture, de réflexion et d’élaboration de la pensée à travers la grille réduite d’un nombre défini d’items à valider…

            Certes, je ne nie pas le bien fondé de la maîtrise de tel ou tel outil, qu’on additionne commodément à tel autre… Certes, je ne nie pas la commodité du repérage mécanique de certaines lacunes… Mais, tout compte fait, jusqu’où la somme de ces petits chiffres pourra-t-elle élever l’esprit de l’élève ?

             Et dans ce scénario du calcul, le bon professeur n’est-il plus qu’un froid technicien, un rentable évaluateur d’items ? Et dans ce sens, devient-il plus « fréquentable » par des parents d’élèves qui, enfin, ne l’identifient plus comme « un original », un « intellectuel », « un poète »… mais comme un dévoué fonctionnaire, pélican à l’estomac presque vide, mais au poil lisse !


Fin de la romance entre jeunes ! Les commères sont de retour et elles chantent à tue-tête !

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Questions d’enseignement

Publié le par Eric Bertrand

           

Jour de grève… Je publie aujourd’hui et demain, une interrogation qui concerne l’évolution de l’enseignement…

           Un professeur dans sa classe n’est pas, bien entendu, comme un capitaine dans son navire, même si, au fil des jours, des semaines, des mois, au gré des bonaces, il s’y sent souvent isolé, et largement responsable des décisions et des événements qui se déroulent « à bord ».

           Le contenu de ce qu’il enseigne se structure en fonction des programmes et des consignes académiques qui lui sont imposés. Cela n’exclut pas non plus une certaine marge de liberté.

           Une tendance est en train de s’amorcer, une sorte de courant de gulf stream qui ramènerait les équipages vers des « fleuves impassibles » : dans une perspective un peu structuraliste (manie scientiste qui caractérise notre époque), on nous demande d’appliquer à l’enseignement du français une grille commode et préétablie de « compétences ».

           Les collègues sont donc amenés dans les établissements à se réunir et à plancher sur une sorte de pensée unique, déclinée selon les critères préétablis de ces « compétences » requises. Dans ce cadre, j’ai rédigé un « point de vue » que je vous propose en ligne demain.


 

 

L'Américana "fait école" sur le ponton : les deux couples dialoguent, chacun à sa façon dans une scène en contrepoint !

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