Un petit rappel pour le lecteur. Defoe a construit son roman à partir de l’aventure réelle vécue par unmarin écossais nommé Alexander Selkirk.Mais son œuvre est un roman et l’écrivain y a mêlé de nombreux apports personnels.
D’abord,la durée :28 ans au lieu de quatre, le lieu,les îles Caraïbes et non le sud de la Terre du Feu,l’époque :l’histoire de Crusoé est située cent ans plus tôt.
En dehors de ces considérations qui touchent à la réalité du roman, il faut ajouter tout ce qui a trait
àla personnalité de Defoe et à la période pendant laquelle il a écrit son
livre. A la différence de Michel Tournier qui invitera
Robinson à s’interroger sur son être profond et sur son rapport à l’Autre, Defoe se sert de son personnage pourévaluer le système économiquedont il est le représentant et, en quelque sorte, le délégué.
L’activisme qui lui assure la prospérité ne va pas sansinterrogation religieuse : Robinson est un grandlecteur de la Bibleet il ne cesse de revenir au texte sacré pour juger des événements et penser Dieu.
C’est là une démarche de nature protestante assez révélatrice de la disposition d’esprit des missionnaires de l’époque de Defoe. D’ailleurs, l’une des premières tâches auxquelles s’emploie
Robinson, c’est bien d’amener le sauvage à la conversion par une lecture réfléchie de la Bible.
Defoe consacre encore une soixantaine depages à la réinsertion de Robinsondans son univers original. Au bout de vingt huit ans, suite à l’accostage d’un
navire dans lequel il y a eu mutinerie, Robinson retrouve la direction de son destin : il rétablit le capitaine dans son navire et revient en Grande Bretagne oùil jouit d’une belle fortune du fait de ses placements dans les plantations.
Mais son démon du voyage ne l’a pas quitté et le lecteur se retrouve entraîné derrière lui dans un certain nombre
d’aventures palpitantes qui mettent notamment Robinson aux prises à desdangers qu’il juge plus
redoutables que les dangers de la mer : la
traversée des Pyrénées en plein hiver, poursuivi par des meutes de loups affamés. On retrouve dans ces pages ce type d’aventures caractéristiques des romans du XVIII° un peu dans le genre de ceux
de Cleveland ou de l’abbé Prévost (dont on ignore souvent que le célèbre « Manon Lescaut » n’est qu’un extrait d’un immense roman feuilleton baptisé : « Aventures du chevalier
Des Grieux »…
Le calme revenu après la
tempête, Robinson récupère sur l’épavetout le matérieldont il a besoin pour reconstituer sa société, passe les douze premiers jours à y
travailler et en ramène un stock directement exploitable. Commence alors le journal de ses occupations.
Il analyse notammentcomment se manifeste le sentiment de culpabilitéqu’il éprouve à la pensée de Dieu qu’il a écartée à chaque fois par l’exercice de
la raison ou du fait de l’activisme dans lequel il était plongé. Face à la maladie qui l’assaille et au sentiment de sa condition, il se remet en position plus humble et revient au geste de la
prière. Il ressort l’Evangile et le lit régulièrement, y trouve matière à réflexion et à sagesse. Ce que dit le livre le renvoie sans cesse à sa propre condition et il méditesur une certaine Providence. Les choses s’arrangent progressivement, au point qu’il recréée autour de lui, en
miniature, lareproduction de sa propre société.
Et tout naturellement apparaît le personnage de Vendredi, Caraïbe cannibale qui est parfaitement dévoué à
Robinson depuis le moment où il lui sauve la vie. Vendredi est le parfait esclave qui adhèreau système
qu’incarne Robinson, qui se convertit à la foi
catholique et qui renie ses coutumes. Cet épisode marque le début de « socialisation » dans l’île, dirigée par Robinson. D’autres « intrus » dans l’île viennent augmenter le
nombre des Robinson, avant le départ vers de nouvelles aventures.
Le jeune Robinson est attiré par la mer et l’aventure malgré les conseils de son père qui s’escrime à lui
indiquer à quel point il peut menerune existence paisibleen suivant la voie désignée.
Après ses 18 ans, le jeune homme suit un ami en mer et malgré deux terribles tempêtes où il manque de périr il
persiste dans son idée.Il est fait prisonnier par un pirate, puis s’enfuit avec une pirogue. A la dérive, il est recueilli par un vaisseau
espagnol et le capitaine, du fait de son honnêteté et générosité favorise son insertion dans une plantation de coton.
Le commerce prospère, et Robinson a moyen de réussir mais le démon du voyage et de l’aventure s’empare à nouveau
de lui et, fort de sa connaissance dusystème de l’esclavage, il part pour l’Afrique afin d’acheter des esclaves. Et c’est là qu’il est
victime d’un naufrage dont il est le seul rescapé (détails de la tempête p90).
Commence alors la partie consacrée à l’aventure dans l’île…
J’avais
évoqué cet ouvrage dans le récent article baptisé « sous le sapin »… J’en ai fini la lecture et propose au lecteur quelques réflexions… De
quoi est-il question ? Tout le monde connaît l’histoire mais a tendance à confondre les différentes versions.
Je propose cette réflexion en cinq autres parties : d’abord le résumé de la partie du roman de Defoe
qui précède la « Robinsonnade », puis l’aventure dans l’île qui a généré le mythe de Robinson, puis l’évocation du retour de Robinson chez
les siens, une analyse de la façon dont Defoe a « réinventé » l’histoire vrai du naufragé écossais Alexander Selkirk, avant que d’autres
romanciers majeurs comme Michel Tournier ne s’en empare… et enfin la façon dont les élèves perçoivent cette approche du roman.
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
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