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L’étrange histoire de Benjamin Button (3/4) : les sœurs du Ponton

Publié le par Eric Bertrand

             Sans être de vieilles dames, les deux « Befana » du Ponton ont déjà beaucoup vécu et leur voix est imprégnée de mélancolie. Davantage, le spectateur, lecteur, décèle une brisure dans leurs propos, la marque d’un détraquement initial qui explique une bonne part de ce qu’elles sont devenues ensuite. Laissons leur la parole au moment de l’épilogue, après le départ de Gigi et de l’Americana...

 

Carolina : elle sourit, de plus en plus émue. Je revois la scène, le jour de mon retour… C’était comme dans un conte de Pirandello… Il faisait très chaud, le sirocco soufflait… Pour me faire plaisir, elle m’a proposé un plat de polenta pour le dîner et des cédrats de Sicile… Longtemps, je l’ai serrée dans mes bras, puis je suis montée au grenier, j’ai enfilé une vieille jupe et je suis venue l’aider à préparer la polenta… Jamais on n’a travaillé la pâte comme je l’ai travaillée ce jour-là !... Je la tournais, la retournais, la tordais, et la malaxais avec acharnement.

Elles se sont rapprochées l’une de l’autre. Elles sanglotent légèrement. Carolina sèche les yeux de Francesca.

Carolina : on est bien toutes les deux !... On a bien fait de prolonger sur la scène ce que la mamma nous a appris…

Francesca : on a bien fait, ma Carolina… On a vraiment bien fait… Et on s’en sort pas mal toutes les deux !... Je crois qu’elle serait fière de nous… 

Carolina : il vaut mieux qu’on soit deux, tu sais Francesca, il vaut mieux qu’on soit deux… Il n’y a personne après nous… 

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L’étrange histoire de Benjamin Button (3/4) : les sœurs du Ponton

Publié le par Eric Bertrand

             Sans être de vieilles dames, les deux « Befana » du Ponton ont déjà beaucoup vécu et leur voix est imprégnée de mélancolie. Davantage, le spectateur, lecteur, décèle une brisure dans leurs propos, la marque d’un détraquement initial qui explique une bonne part de ce qu’elles sont devenues ensuite. Laissons leur la parole au moment de l’épilogue, après le départ de Gigi et de l’Americana...

 

Carolina : elle sourit, de plus en plus émue. Je revois la scène, le jour de mon retour… C’était comme dans un conte de Pirandello… Il faisait très chaud, le sirocco soufflait… Pour me faire plaisir, elle m’a proposé un plat de polenta pour le dîner et des cédrats de Sicile… Longtemps, je l’ai serrée dans mes bras, puis je suis montée au grenier, j’ai enfilé une vieille jupe et je suis venue l’aider à préparer la polenta… Jamais on n’a travaillé la pâte comme je l’ai travaillée ce jour-là !... Je la tournais, la retournais, la tordais, et la malaxais avec acharnement.

Elles se sont rapprochées l’une de l’autre. Elles sanglotent légèrement. Carolina sèche les yeux de Francesca.

Carolina : on est bien toutes les deux !... On a bien fait de prolonger sur la scène ce que la mamma nous a appris…

Francesca : on a bien fait, ma Carolina… On a vraiment bien fait… Et on s’en sort pas mal toutes les deux !... Je crois qu’elle serait fière de nous… 

Carolina : il vaut mieux qu’on soit deux, tu sais Francesca, il vaut mieux qu’on soit deux… Il n’y a personne après nous… 

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L’étrange histoire de Benjamin Button (2/4) : les petites tantes du Tennessee club

Publié le par Eric Bertrand

               A propos du thème du vieillissement au coeur de "Benjamin Button", qu’on se souvienne d’abord du Tennessee Club. Dans le fond de ce bar perdu au milieu du désert, échoue toute une société. Celle des deux danseuses vieillissantes, et celle des trois vieilles tantes Rose, Flora, Violette et : elles sont les témoins d’une époque évanouie. Un peu à la manière de ces comtesses égarées de la Recherche du Temps perdu, elles nous parlent d’une époque qui n’existe plus, celle de la Louisiane des aristocrates et des planteurs de coton. Autant en emporte le vent !

                 Ecoutons par exemple la voix conjuguée des trois tantes à la fin de la pièce :

 

(La tante Violette s’approche en tenant par la main ses deux sœurs, elle s’adresse à Mitch)

Violette : vous, vous êtes un homme élégant,  monsieur.

Rose : pourtant, vous n’avez pas de nœud papillon ni de gilet en tissu !

Flora : il vous manque un parfum léger, un parfum léger qui se fonde aux frissons des touffes d’asphodèle.

(Elle entraîne à nouveau ses deux sœurs vers l’avant-scène. Elles se mettent à regarder en direction du public, tout au fond, comme si elles voyaient apparaître la propriété chérie)

Les touffes d’asphodèle et le vin dans les vignes. Là-bas sous le ciel rose !

Rose : les vendangeurs ont fini le travail… Maintenant, ils commencent à applaudir parce qu’il vont boire et s’amuser.

Violette : et les jeunes filles vont rêver sous les arbres en écoutant les rossignols.

Stella : (qui elle aussi s’est mise à regarder vers le fond, dans un soupir) vous êtes un homme idéal, Mitch ! un homme comme on en aurait besoin à la maison !

Violette : un homme à cheval, avec des éperons et des boutons de manchettes !

Rose : (excitation progressive qui envahit le discours des trois sœurs) un homme de classe qui descend de sa monture et qui vous fait le baise main.

Flora : un homme qui vous offre un bouquet de violettes ou de roses avant de vous adresser la parole !

Rose : il faut plein de fleurs dans une propriété !

Flora : et des arbres fruitiers qui bruissent et qui embaument !… Notre propriété de Géorgie a toujours été somptueuse !

Violette : il y a des jeunes filles qui courent partout et qui se tâchent les mains quand elles mangent des cerises ou des tartes à la fraise !

Rose : lorsqu’elles mettent des mirabelles et des abricots dans les paniers !

Flora : les filles cueillent surtout des bouquets de fleurs pour les offrir à leurs galants !

Violette : on leur ressemble, tu trouves pas ! On va mettre des robes blanches pour les déchirer dans les bosquets !

Rose : et des jupons blancs pour les tâcher avec du vin !

Flora : je me souviens, un beau matin, très tôt… j’ai déchiré ma jupe neuve pour monter dans les arbres !

Violette : moi aussi, je me souviens !… tout au fond du parc, sur un lit de mousse un jour d’orage, la pluie faisait des claquettes… Je me suis salie en m’allongeant sur la mousse. La terre sentait la chlorophylle et la cigarette… C’est bizarre, je fermais les yeux et quand je les ai rouverts, j’étais dans les bras du jardinier… (Cherchant soudain à s’innocenter sous le regard des autres) J’ai dû tomber, tout simplement !… Il est gentil, le jardinier, c’est un homme rustique, mais il est gentil…

Stella : (lassée de les entendre, s’adressant soudain brutalement à Mitch) il faudrait couper les arbres, arracher les plantes grimpantes, retourner la terre et ramasser les fruits. Acceptez de venir nous aider Mitch, je vous en implore… Je vous en implore au nom de Louise …

(Il ne dit rien, commence à s’en aller. Les trois sœurs continuent de délirer)

Violette : je me souviens… c’était soudain l’été dernier…Ou même avant l’été dernier !

Flora : ou encore avant !

Rose : il y a de cela en tout cas bien longtemps !

Violette : il était une fois un tramway nommé Desire !

Rose : un tramway qui serpentait dans les collines embuées !

Flora : un tramway au timbre frais comme un coup de cuillère en argent sur une coupe de cristal…

Violette : mais le tramway a dégringolé dans la colline au premier rayon du jour !

Rose : il a fait sa cavalcade dans les blés murs. Les ombrelles et les chapeaux de paille se sont envolés sur les épis et les moissons !

Flora : et le petit tramway rose a repris le chemin inverse, il est remonté dans les nuages.

Elles forment maintenant un groupe grelottant (...)

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L’étrange histoire de Benjamin Button (1/4)

Publié le par Eric Bertrand

La vie serait bien plus heureuse si nous naissions à 80 ans et que nous approchions graduellement de nos 18 ans.

 

          Sur cette hypothèse vertigineuse de Mark Twain, le livre de Fitzerald est construit. La nouvelle plus exactement, et de cette nouvelle est tiré le film « l’Etrange Histoire de Benjamin Button », conte bouleversant sur la condition humaine...

          C’est un petit bébé monstre qui naît et qui grandit sous les traits d’un petit vieillard d’abord hideux, puis de plus en plus facétieux et jovial. Car, comme le suggère l’une des images du film, les aiguilles de la grande horloge tournent dans le sens inverse et l’enfant sénile avance dans la vie comme les crabes, non vers la décrépitude et l’avachissement mais vers la santé, l’énergie et la Beauté.

           Au fil des minutes, le spectateur assiste à cette ronde infernale, à cette danse macabre du temps qui fauche les vivants autour de Benjamin lequel, il faut le dire, grandit dans une maison de retraite ! Pas de répit pour ceux qui vont dans l’autre sens ! Pas de répit pour la jeune et belle danseuse à qui Benjamin fait un enfant et qu’il décide d’abandonner : ils sont heureux tous les trois, mais Benjamin est cruellement lucide, dix ans plus tard, elle aurait à s’occuper de deux enfants, et sa fille ne reconnaîtrait pas, en ce compagnon de jeux vieillissant, ce papa dont elle aurait besoin...

            Le film est beau, touchant, perturbant même. La caméra joue avec le prisme de l’image de Brad Pitt que nous avons toujours suivi dans ses grands films comme « Légende d’automne » ou encore « Et au milieu coule une rivière »... C’est un ravissement de le voir revenir à cette effervescente jeunesse, mais c’est en même temps douloureux de rester un peu comme dans le fond poussiéreux de l’atelier... Douloureux de tenir le pinceau immobile du portrait de Dorian Gray pendant que le « phénomène » continue de narguer ceux qui sont condamnés à vieillir.

             Cette question du vieillissement et du détraquement de « la machine » dans le film « Benjamin Button » est assez présente dans ce que j’ai écrit : puisqu’il s’agit dans ce blog d’établir des passerelles entre ce que je lis, vois, entends et certains de mes ouvrages, je reviens dans les trois articles à suivre sur ce thème du vieillissement...


 

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Retour à Compostelle...

Publié le par Eric Bertrand

         En parallèle à mes activités d’écriture théâtrale, je mène avec d’autres collègues des projets différents qui ont été déjà abordés dans ce blog. La logique pédagogique implique de travailler ces projets que l’institutition nomme « IDD » (Itinéraire DE Découverte) au cours de deux sessions.

         A chaque session, nous changeons d’élèves, mais le support reste le même. Il s’agit donc, pour ce qui concerne cette année, des projets Simenon et « les Chemins de Compostelle ».

          La sortie à Aulnay et Saint Jean d’Angély (étape importante sur le chemin de Compostelle) a donc eu lieu comme prévu avec le nouveau groupe lundi dernier, 16 février, sous un beau et froid soleil.

          Nous avons pu, mon collègue et moi compléter le dossier et ramener un film et de nouvelles images fixes que je viens d’héberger sur mon blog voyage : pour les voir, cliquez sur le lien puis allez dans album photos et « Aulnay2 ».

 

http://highlandecosse.uniterre.com/

 

 

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