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Du côté de Préfailles et du côté de La Baule.

Publié le par Eric Bertrand

                  Afin de terminer l’article sur la différence entre, pour parler comme Proust, « les deux côtés » des villégiatures nantaises, place au texte de Gracq : dans les dernières pages de la Forme d’une ville, l’auteur parle plus particulièrement de Préfailles, puis, par contraste, de La Baule :

                 « Ces falaises basses sont bordées de propriétés à l’ancienne, assez vastes, closes de murs qui s’avancent jusqu’à l’à-pic, et auxquelles on n’accède que de l’arrière. Les villas s’eclipsent, jalousement cachées derrière les charmilles et les bosquets de leur petit parc : les scènes qui se jouent ont ici pour seul théâtre un étage de loges spacieuses, juxtaposées, rigidement compartimentées et dont on sent que la préoccupation première est de dérober chacune, ombrageusement, ses allées et venues et son manège intime au regard du voisin...

               « (...) Du Pouliguen à Pornichet, pendant deux mois, tout était mouvement, agitation, fête et changement, foire aux vanités aussi, et où la population d’estivants, le long du remblai en arc de cercle de la plage de La Baule, se donnait à elle-même en spectacle comme le public d’un théâtre qui joue à bureaux fermés. Ce que je distinguais mal à Nantes, ce qui restait en suspension à l’état diffus dans le tohu-bohu égalisateur d’une grande ville, se concentrait là l’été, comme si une vitrine des élégances nantaises, triée par le goût de la villégiature, se fût ouverte pour deux mois autour du casino, entre l’avenue de la Plage et l’avenue des Lilas. »

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Nantes côtés plages

Publié le par Eric Bertrand

                 Suivons une fois encore les pas de l’ancien géographe Julien Gracq qui souligne avec justesse à quel point la côte atlantique offre à la ville de Nantes une sorte de prolongement et de baie ouverte aux marinas.

                  Alors que d’autres villes produisent, à proximité de leur centre, des extensions consacrées au loisir et à la détente, maisons riantes et coquettes, lieux de résidence d’été ou de campagne, on trouve entre Nantes et Saint-Nazaire une « zone morte ». Comme Bordeaux s’étend, à plusieurs dizaines de kilomètres hors des limites de la ville, sur Arcachon et le Pyla, Nantes s’étend à plus de cinquante kilomètres, sur Pornic et La Baule.

                   Mais le contraste est saisissant entre les deux « régions », côté sud Loire et côté nord Loire. Quand on se promène sur le sentier côtier entre St Brévin et Pornic, on devine à peine l’intimité des familles d’origine aristocratique qui se calfeutrent derrière les grands murs de leurs manoirs aux allures gothiques. On imaginerait facilement des silhouettes issues tout droit d’un conte de Villiers de l’Isle Adam ou d’un roman de Barbey d’Aurevilly.

                    Au contraire, dès que l’estuaire est franchi et qu’on passe sur les plages de Pornichet, La Baule, Le Pouliguen, on entre dans l’espace de l’extraversion. La population parade, sort, se montre sur les plages immenses, au volant des grosses voitures de sport, sur le remblai, dans les casinos et aux portes des discothèques.

                    J’y reviens demain en citant Gracq...

 

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Cour Cambronne et fenêtres baudelairiennes à Nantes

Publié le par Eric Bertrand

              Avant la fermeture du Cour Cambronne, que j’évoquais lundi, si le flâneur veut oublier la rumeur de la ville, les klaxons de la Place Graslin, il franchit les hautes grilles du Cour Cambronne et il pénètre dans cet étrange endroit du centre ville, sorte de Jardin des Plantes inattendu. Avançons sur le sable, entre les tilleuls, quelques jours avant le passage à l’heure d’été, quand il fait encore suffisament nuit. Quelques fenêtres commencent à s’allumer comme dans le poème de Baudelaire :

 

« Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu'une fenêtre éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Par-delà des vagues de toits, j'aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais.

Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j'ai refait l'histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
Si c'eût été un pauvre vieux homme, j'aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d'avoir vécu et souffert dans d'autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous: "Es-tu sûr que cette légende soit la vraie?"

Qu'importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m'a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis? »


 

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Article du mois : « Nantes par le fleuve ou la mer »

Publié le par Eric Bertrand

             Je choisis plus particulièrement cet article qui augure d’une série sur la ville de Nantes, série que je poursuivrai ce mois-ci d’ailleurs.

              « Porté par la lecture de deux ouvrages relatifs à Nantes (celui de Gracq : « la Forme d’une ville » et une biographie du fameux architecte Graslin), je propose une série d’articles sur des aspects de cette ville qui m’a, depuis mon arrivée dans le quartier Zola en 89 puis Graslin en 90, et après l’avoir quittée, toujours attiré. Julien Gracq avec cette élégance du style qui le caractérise et en même temps la précision du géographe qu’il a été, souligne l’importance de la bipolarité qui règne dans l’air de Nantes et qui façonne la ville.
               D’un côté, la Loire de la vieille province, l’odeur de gardon du fleuve qui a traversé les vallées, charrié les mottes de berge, le goujon, la tanche, la carpe, enveloppé les silhouettes des châteaux Renaissance, la Loire jusqu’au Pont de Cheviré, la Loire dupliquée par l’Erdre, son gracieux affluent d’où partent les vedettes panoramiques et les rameurs du club d’aviron...
                De l’autre côté, la Loire de l’estuaire, celle qui, à partir des anciens chantiers Dubigeon, ouvre sur l’Atlantique et l’horizon du grand large. Le piéton à Nantes gravit la rue Crébillon, tourne autour de la Place Royale, quitte le cour Cambronne, puis s’arrête tout en bas, sur le quai de la Fosse, par exemple devant le Maillé Brezé... Alors il se sent un peu comme le narrateur au début de « Moby Dick », près à prendre la mer et à s’engouffrer dans le grand courant qui le tire vers Saint-Nazaire et les monstres des grands fonds ! Surtout s’il sort à peine de la visite des machines de l’Ile... »



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Le théâtre au coeur de Nantes

Publié le par Eric Bertrand

               Comme le signale encore Julien Gracq, il y a à Nantes une zone « feux de la rampe ». Cette zone s’étend à partir du théâtre Graslin et de cette place vers laquelle convergent les noms prestigieux d’hommes de lettres et de théâtre qui ont tous leur rue ou leur café, Racine, Corneille, Scribe, Crébillon, Corneille, Molière, Marivaux, Voltaire...

               La silhouette du théâtre Graslin construit au XVIII° siècle par l’architecte Graslin (pour satisfaire les besoins culturels des riches armateurs ou négriers de l’époque) trône au-dessus de la place et semble imposer à ce rond-point, compliqué pour les voitures, les ombres de la comédie et de la tragédie.

               La Flânerie y dépose son barda en haut des marches et une jeunesse oisive continue de regarder le spectacle de la rue, de siffler les petites actrices qui s’enfilent dans les cafés, les restaurants, les escaliers du Passage Pommeraye, la cour ouverte du Cours Cambronne... Le majestueux Cours Cambronne qui prolonge le spectacle et offre en effet son allée sableuse à une autre scène de théâtre spécialement jouée sous les façades de beaux et vastes appartements.

               On s’y engage souvent pour rejoindre une autre rue du côté de la Fosse. On entend parfois des notes légères de piano qui filtrent des fenêtres, la voix haut-perchée d’une cantatrice, le rire mutin d’une petite bonne, le miaulement éraillé d’un chat qui se frotte dans les jambes. Et on entrevoit les masques de la Commedia dell’Arte qui passent derrière la vitre. Pantalone grincheux, Arlequin fantasque, Sylvia grâcieuse.

                Peut-on pour autant aller jusqu’à espérer entendre la langue de Marivaux dans une cour rabaptisée pour Cambronne ?

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