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Les Fausses Confidences à la Coursive (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

                     La mise en scène, servie par d’impeccables acteurs (parfaite maîtrise de la voix et du corps pour Pierre Arditi) accentue encore l’impression d’étreinte. Le jour se lève, les oiseaux chantent derrière les tentures (et tirent les ficelles ?) Dubois entre en scène, il a des airs de matamore et lance des formules guerrières. Dubois est plus qu’un personnage, c’est l’incarnation du dramaturge, conscient de tirer le filet de l’intrigue comme l’autre tire la tenture, fait tourner un paravent ou fait baisser la lumière.

                     Entre les actes, la musique de Vivaldi précipite l’action. Araminte ne sait plus ce qui lui arrive. Elle s’affole, se tord les mains, comprend qu’elle tombe dans le piège d’un sentiment qui la torture. Le jeu d’Anouk Grinbert, tout en retenue et en frissons, convient parfaitement à rendre la tension de l’atmosphère. Dubois fait ce qu’il veut de « sa créature ».

                     A la fin de la pièce, la nuit est tombée, un grand escalier monte vers le haut des appartements d’une Araminte impatiente, saturée de désirs et qui prie Dorante « allons, finissons ! » Lueur de chandeliers, visage de femme déçue au bas de l’escalier, jusqu’au dernier moment. La scène ressemble à un tableau. Les acteurs savent se tenir sur la scène. Travail du maintien des écoles de comédiens… Dubois allume un réverbère, retire ses gants, défait le bandeau de ses cheveux. Satisfait. Le marionnettiste a assuré un grand spectacle. Le rideau qui se ferme à présent est un verrou, comme celui de Fragonard…

 

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Les Fausses Confidences à la Coursive (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

                 « Les Fausses Confidences » sur la scène de La Rochelle… Belle soirée de printemps sur le port et belle soirée dans le décor majestueux et baroque imaginé par Didier Besace. Profondeur du plateau sur lequel une succession de panneaux tournants figurent la diversité d’une grande demeure aristocratique, lieu unique qui est aussi l’enjeu d’une révolution à venir. On est en plein dix-huitième siècle…

                  Pris dans la toile de cette propriété, les personnages de Marivaux sont dans l’étreinte… Mais non à la façon de ceux d’un Fragonard ou d’un Boucher. Les « égarements du corps et de l’esprit » se jouent d’abord sur les planches, sous la magistrale et cruelle direction d’un meneur de jeu à peine dissimulé… Car ce qui compte avant tout pour l’auteur, ce n’est pas le baiser (cela finira bien par arriver, de toute façon !), c’est la lente germination du désir et de l’excitation…

                   Le meneur de jeu, laborantin du cœur humain, c’est Dubois… Dubois qui avertit son ancien maître Dorande que, malgré la différence des classes sociales, il fera en sorte de l’unir à sa nouvelle maîtresse, la noble Araminte, veuve et malheureuse.

                   Tout semble pourtant s’opposer à ses desseins : les langueurs de la jeune femme, sa résistance, son sens de l’honneur et des conventions, la garde rapprochée de sa mère, le comte qui cherche à l’épouser… et pourtant, Dubois parvient à ses fins dans le temps d’une seule journée.

 

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Le clin d’œil de Rimbaud

Publié le par Eric Bertrand

                 Comme par un fait exprès, dans la semaine où j’ai reçu mon livre, les médias ont beaucoup parlé de Rimbaud. La photo du poète adulte, saisi dans son Orient légendaire, donne à voir une autre image de celui qui m’a inspiré le personnage surnommé « Alchimie du Verbe », le copain d’études de Limace, mathématicien forcené et néanmoins rimbaldien à ses heures.

                 On connaît tous quelques vers du poète en cavale, de l’insolent « pisseur des héliotropes », celui qui se voulait bohémien sous les étoiles et la Grande Ourse… et on découvre cet adulte frileux, à l’œil tourmenté, au milieu d’un cercle de négociants qui ignorent probablement tout de cette ivresse de bateau ivre dont le regard outremer de leur collègue n’est plus que le bouchon « dansant sur les flots ».

 

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Article sur "l'Organisme" dans le Sud Ouest.

Publié le par Eric Bertrand

Le prof a de la plume

Eric Bertrand, professeur de français, raconte la drôle de vie dans les collèges.

Il a choisi La Rochelle pour être au bord de la mer. Eric Bertrand, Rochelais depuis trois ans, publie « L'Organisme », une fable sur l'adolescence. Pour son quatorzième ouvrage, le professeur de français met à profit sa nouvelle vie au cœur du collège, après une quinzaine d'années dans un lycée de la Bretagne intérieure.

 

Une nouvelle expérience « frustrante » pour l'enseignant, qui regrette « beaucoup de perturbation, un manque de concentration et d'écoute » de la part des collégiens, et parfois « l'échange et la confrontation ne sont pas au rendez-vous » Mais c'est cette expérience, qui a conduit l'écrivain à se pencher sur les tracas de l'adolescence traversés par ses élèves. La métamorphose adolescente

 

 

Une période charnière

 

« Ce projet me tient à cœur depuis mon arrivée au collège. Les collégiens sont des élèves en pleine mutation. Je voulais m'intéresser à cette période charnière de l'adolescence », explique-t-il. Et pour « analyser la transformation psychologique et physique » de l'adolescence, Eric Bertrand a choisi la de métamorphoser le héros de son livre. Le collégien torturé et mal dans sa peau devient alors un « bousier » sous la plume de l'écrivain.

C'est l'été que l'enseignant, quand il est en vacances, se consacre à l'écriture. Pièces de théâtre, autobiographie, fictions.

 

 

Ecrire et faire écrire

 

A 22 ans, il avait déjà sillonné l'Europe en train. La preuve ? Sa valise marron écornée posée sur la table et chargée d'autocollants rappelant ses périples à travers le monde : Chicago, Scotland…

Derrière son goût pour les voyages, c'est l'échange, le partage qu'apprécie Eric Bertrand.

Comme dans l'enseignement ou dans son autre passion : le théâtre.

Avec ses élèves, il a monté des ateliers d'écriture, pour leur montrer qu'ils « sont capables d'écrire, de jouer ». Avec les sixième du collège Beauregard, « Le Petit Prince » est à l'honneur. « Je ne peux plus me passer d'écrire mais je ne peux pas lire un roman par mois ! », s'exclame Eric Bertrand. Dans sa vie, l'écriture a pris le pas sur la lecture.

 

L'Organisme, Aléas, 194 pages, 15 euros. 

Tomy sud ouest

Eric Bertrand, a choisi de raconter les tourments de l'adolescence.

                                                                                                                                            PHOTO DOMINIQUE JULLIAN

 

 

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Rimbaud au fond de "l'Organisme"

Publié le par Eric Bertrand

                 Dans la formation de « Limace » la figure d’Arthur Rimbaud tient une grande place et diverses allusions plus ou moins explicites se rencontrent au fil de la narration. Pourquoi Rimbaud ?

                Rimbaud est lui aussi un adolescent en crise, un garnement qui, par le caractère « organique » et sensuel de certains de ses poèmes cherche constamment la provocation. D’autre part, et c’est particulièrement évident dans ses « Premières poésies », il cultive le goût de l’immonde dans « la fraîcheur des latrines ». L’une des grandes scènes particulièrement écoeurantes du roman a lieu dans les toilettes du collège.

                 En même temps, la poésie de Rimbaud est jaillissement, tension vers le Beau et rêve d’idéalité. Le héros est en mal de pureté, en quête de sublime. C’est ce qui explique en partie le « retour en grâce » des professeurs dés lors qu’il réagit sous la carapace de l’insecte (il faut relire la façon dont il savoure « l’albatros » de Baudelaire que lui lit son professeur de français...) C’est aussi ce qui prépare le moment d’intense élévation de la scène finale...

 

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