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Adolescence et organisme

Publié le par Eric Bertrand

                  A quelques jours de la sortie de l’Organisme, (l’éditeur m’a annoncé l’arrivée du livre chez Aléas la semaine prochaine) je reviens sur le thème majeur que j’y ai surtout abordé : l’adolescence. Si le milieu dans lequel j’étudie cet âge si particulier est le collège, c’est parce que c’est là que l’enfant passe des moments qui le modèlent et lui font prendre conscience du changement profond qui s’opère en lui.

                 Ce changement est abordé dans le roman surtout sous les angles suivants : la mutation physiologique, corps, voix, gestuelle, la confrontation avec les adultes et l’adhésion au groupe, la tension entre l’enfance et la maturation, la recherche de la grâce couplée à des pulsions vers l’ordure.

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« Persepolis » de Marjane Satrapi : 4/4. Folon and co

Publié le par Eric Bertrand

                           folon                           C’est cette violence que rejette la famille de Marjane et particulièrement l’oncle Anouche qui, dans sa jeunesse, avait collaboré à la constitution d’une petite république en Azerbadjan, entreprise réduite à néant par le régime... Anouche doit alors s’exiler et franchir de hautes montagnes du haut desquelles il médite, « voyageur au-dessus d’une mer de nuages ». Ce tableau de Friedrich renforce, s’il en est besoin, l’impression romantique que dégage la figure de l’oncle aux yeux du spectateur et de la petite fille.

                            Digne héritière de son oncle, Marjane est idéaliste et entière. En amour, elle porte très haut ses exigences et va forcément de désillusions en désillusions. L’impression  d’innocence contrariée est parfaitement rendue par les citations des tableaux de Folon ou des figures de Peynet qui nourrissent chacun des épisodes de ses idylles. Les amants de Marjane sont de piètres individus qui la font tomber de haut. A chaque fois, l’Amour la fait décoller, et à chaque fois elle s’écrase. Mais point de sentimentalisme ! Le thème de la prise de conscience est toujours traité avec un humour décapant : ainsi, la caricature de Marcus, qui apparait au début de la romance comme un véritable petit prince, est particulièrement réussie et le discours qui déconstruit la romance châtie l’imposteur de façon cinglante !

                             Peut-être les élèves ne goûtent-ils pas également cette vision de l’adolescence que nous offre Marjane Satrapi lorsqu’elle force le trait pour caricaturer sa propre adolescence. Sortant à peine de « l’Organisme », dont je rappelle que c’est le thème principal, j’ai évidemment savouré ce passage où elle décrit par une série de gros plans sur les différentes parties de son corps les mutations de sa silhouette et de son visage. L’une des étapes de la mutation passe par la citation d’une figure horizontale du célèbre tableau « Guernica », ce qui, une fois de plus, est signe de distance ironique.

picasso 

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« Persepolis » de Marjane Satrapi : 3/4 : « le Cri »

Publié le par Eric Bertrand

friedrich

                         Le plaisir du spectateur est aussi lié au graphisme du dessin. Le film est une animation à partir de la bande dessinée du même auteur. Le dessin est expressif et varié. Il réinvestit des tableaux connus comme ceux de Folon, de Friedrich, de Picasso ou de Munch… Il y a dans ce film, en d’autres termes, ce qui en matière d’art s’appelle une réécriture, stimulante à observer pour tout esprit curieux (mais la curiosité n’est pas la meilleure qualité de nos élèves !)

                         Revisitons « le cri », « Guernica », « Voyageur contemplant une mer de nuages », et les peintures de Folon ou les silhouettes dessinées par Peynet. A un moment du film, lorsque Marjane revient dans son quartier, une bombe a explosé. Vision d’horreur… Cette horreur débouche sur la silhouette de la jeune fille qui pousse un cri d’angoisse, cri que le peintre Munch, dans le tableau du même nom, a parfaitement rendu dans sa dimension quasi expressionniste. L’horreur est également présente dans la vision des massacres perpétrés par Saddam. Explicitement, l’image recompose les traits du célèbre tableau de Picasso « Guernica » qui abandonne le figuratif pour y préférer le symbolisme.

images

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« Persepolis » de Marjane Satrapi (2/4) : « le Roi » façon Brassens.

Publié le par Eric Bertrand

                    Le film raconte avec humour et distance ironique le parcours autobiographique d’une femme indépendante élevée dans un milieu intellectuel dans l’Iran du Chah. « Marjie » n’est alors qu’une enfant, mais déjà se développe en elle un farouche esprit de liberté. Car cette femme est un témoin politique à l’esprit vif et caustique ! Elle retrace avec précision les événements historiques qui ont secoué son pays.

                    Le Chah enfin bousculé par la révolution, la « république » islamique va pouvoir se mettre en place et laisser le champ libre à l’Espoir… Méfions-nous des espoirs politiques ! Je renvoie au dénouement de « Lorenzaccio » auquel j’ai consacré récemment un article ou aux paroles de la chanson de Brassens « le Roi » qui annonçait en 1977, juste avant la chute du régime :

« Il est possible au demeurant

Qu’on déloge le Chah d’Iran, m

Mais il y a peu de chances qu’on

Détrône le roi des cons ! ». 

                     En effet, au tyran succèdent les tyrans et, sous couverture religieuse, les libertés sont à nouveau bafouées. C’est même pire ! L’adolescente qui ne supporte pas le voile, qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui ne jure que par Michael Jackson ou Iron Maiden est en danger… Ses parents le savent bien et son franc-parler l’expose directement à la plus cruelle des répressions. C’est pour cette raison qu’elle quitte son pays pour se rendre en Autriche où elle continue sa formation.

                       Le film fait réfléchir sur les conditions de la liberté, sur l’émancipation de la femme et sur les méthodes de la répression. Plus de vingt ans de drame sont reparcourus par le film, du régime du Chah à celui des ayatolas en passant par les purges civiles, la guerre meurtrière contre l’Irak de Saddam Hussein (plus d’un million de morts), la terreur que fait régner la république islamique… La famille de Marjane est touchée au cœur, le grand-père a déjà été fusillé par la police du Chah, l’oncle Anouche est à son tour exécuté par les hommes du nouveau régime qui profitent de la situation critique que traverse le pays…

 

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Roger Gicquel en Bretagne

Publié le par Eric Bertrand



                Avant de reprendre le fil de mon analyse du film « Persépolis », je consacre un nouvel article à un autre grand disparu la semaine dernière : Roger Gicquel. Je ne dirai rien de « l’homme du vingt heures » que j’étais alors beaucoup trop jeune pour apprécier mais je m’exprimerai sur « le compagnon de route », celui qui, sans que je ne l’ai jamais rencontré, m’a aidé à découvrir, au fil de ses émissions « en flânant, en Bretagne avec Roger Gicquel », des coins de Bretagne.

                  L’émission a duré une dizaine d’années : je l’ai suivie d’abord à Nantes et puis à Loudéac. J’en ai enregistré de larges extraits, d’où ces petits films que je propose pour l’article d’aujourd’hui... J’ai savouré la façon dont il allait au contact des gens, dont il parcourait inlassablement toute l’étendue du terrritoire breton, donnant à voir et à entendre une Bretagne insolite et variée.

                   J’ai croisé Roger Gicquel dans des salons du Livre, sans jamais oser l’aborder. Car il écrivait lui aussi et il aimait les livres. Quand il s’est retiré, un ami m’a offert l’ouvrage de l’émission... Je ne savais pas que lui aussi était un fan qui ne l’avouait pas, un fan du « Flâneur ». Et puis, il y a de cela environ cinq années, au cours d’une randonnée en moto, au détour d’un chemin creux, il a fait une rencontre inattendue : le cheveu blanc, la démarche mal assurée, l’air un peu épouvanté dans la campagne profonde, du côté de La Gacilly... « La France a peur... ». C’était Roger Gicquel. 


 

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