Le lecteur de ce blog savait que j’attendais ce moment depuis longtemps... La sortie du film sur Gainsbourg ! et je me suis retenu pour ne pas y aller dès la sortie. Enfin, c’était hier
soir et j’en sors très déçu... Je vais essayer d’expliquer pourquoi au fil de ces trois articles à venir, trois articles qui n’en font qu’un mais qui, pour des raisons de brièveté, seront répartis en trois temps.
La musique lancinante et troublante de « Valse à Mélody » et le film commence. Le petit Lucien, qu’on dirait échappé du film « Au revoir les enfants », le bruit des vagues et le
bleu de l’eau...
« Je sais moi des sorciers indigènes qui
invoquent les jets dans la jungle de Nouvelle Guinée, ils scrutent le zénith convoquant les guinées que leur rapporterait le pillage du fret (...) » *
Des frissons sur la peau
à ces premières notes qui me renvoient à mon opus favori : « Histoire de Mélody Nelson ».Tout semble bien commencer... Et puis le film ralentit. Série d’images convenues. Livres d’images qu’on tourne et qui laissent un goût de pas assez
(...)
Le metteur en
scène, Yves Beaunesne a privilégié une mise en scène sobre, presque austère pour traduire ce climat d’inquiétude. Sur le fond de larges tentures qui
occupent l’arrière-scène, le spectateur oublie la fête florentine. Dans la version injouable imaginée par Musset (« un spectacle dans un
fauteuil » qui durerait cinq heures) il privilégiait la fameuse « couleur locale » préconisée par Hugo. Masques, ambiance italienne,
marchés aux fleurs, sérénades...
Rien de tout cela ce soir à la Coursive ! A
voir les personnages déambuler dans une lumière souvent sinistre, on se croirait davantage dans un univers à la Orwell où toute parole est suspecte.
Des marionnettes à taille humaine remplacent les nombreux personnages et rigidifient davantage le spectacle de la rue. Musset écrit sur la Florence du
XVI° siècle, sur la France de la monarchie constitutionnelle mais aussi et plus largement sur tous les régimes totalitaires qui étreignent encore
l’homme du XXI° Siècle.
Et quand le rideau tombe, au moment où Lorenzo
sacrifie sa vie après avoir tué le tyran, rien n’a changé. Un nouveau despote prend la place du précédent... Les immenses tentures de l’arrière-scène
se mettent à s’animer. Le successeur s’est pris les mains dans les cordes. Malgré sa jeunesse et son « innocence », il a déjà les pieds et les
mains liés. Une musique obsédante fracasse l’espace de la scène. Les jeux sont faits : la tyrannie a encore de beaux jours devant elle !
(...) Et le héros de la pièce qui porte le message n’est pas non plus étranger à la dériliction des idéaux. Lorenzo, alias « Lorenzaccio », comme l’indique le suffixe péjoratif « accio » que les gens de Florence associent au personnage, s’est compromis dans l’entourage du duc dans le but de devenir
son favori et sa marionnette.
Et la volonté qu’il a de commettre un attentat
contrre sa personne n’est qu’un prétexte pour lui de se raccrocher désespérément à une imageenfouie de son
passé. Il était une fois un Lorenzo pur et idéaliste, vibrant sur les pages de Plutarque et penché dans ses livres... La pièce baigne dans cette nostalgie de l’enfance perdue et de l’innocence. Elle est en parrtie incarnée par « les deux femmes » de Lorenzino : la mère et la sœur... qui se
souviennent d’un être qui lui ressemblait comme un frère. Mais ce temps-là semble bien mort et Lorenzaccio s’amuse de sa sœur qu’il se plaît à livrer en
pâture au duc : « Une jeune femme qui veut bien manger des confitures mais qui a peur de se salir la
patte ! »
Qu’advient-il d’un pays
quand les citoyens sont garottés, saisis à la gorge par la répression immédiate et quand ils n’ont de recours qu’en des dirigeants corrompus qui n’ont
de souci que celui de plaire aux caprices d’un despote ? Et quand ce despote est un libertin, avide de scandales et de provocations
!...
Telle est la question que pose Musset lorsqu’il écrit
« Lorenzaccio » en pleine période du drame romantique. La Florence des Médicis qui sert de toile de fond à ce drame n’est qu’un faux écran.
Musset médite sur les mascarades des Républicains et la Fatalité des dictatures.
En effet, ce qui prime avant tout dans cette société c’est
l’intérêt personnel et le profit tous azimuts. Bien aux antipodes des idéaux romantiques...
Coup de fil à l’éditeur cette semaine. Le livre est
prêt pour envoi à l’imprimeur. Dans la politique d’Aléas, les parutions doivent être programmées de façon raisonnée. Les derniers aménagements ont été ajoutés (le lecteur se souvient peut-être de mes hésitations concernant la théorie de l’enseignement...)
L’éditeur a finalement jugé utile de publier les suggestions que je lui avais envoyées.
Que ceux qui ont souscrit patientent encore un
peu !
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/