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« Running to the light »

Publié le par Eric Bertrand

           La semaine a été difficile.

           Les lecteurs de ce blog le savent. Mardi, j’ai donné des coups de pied dans la portière de la 205 pour m’en extraire et sortir dans la rue éclaboussée par les éclats de lumière des sirènes de police et de pompier. Sale odeur de pneumatiques et de verre brisé. Visages tragiques. Clignotants sur le bord des voitures comme des larmes au bord des yeux.

           J’ai tout laissé de côté dimanche matin, au moment où le jour se levait, chassant les derniers nuages sur la campagne encore nue et crispée, et je suis allé courir.

           Intense sentiment de liberté que donne aussi cette vidéo. Elle reprend le motif de la chanson qui tournait en boucle dans mon MP3... Run Rig : « Running to the light », mon groupe écossais favori à qui j’ai déjà consacré des articles. Je laisse le lecteur respirer dans ce « wilderness ».

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Mai 68 et les tigres en papier de l’Education Sentimentale

Publié le par Eric Bertrand

             On se souvient peut-être de l’un de ces grands classiques de Flaubert qui, mieux que Madame Bovary, interroge l’Histoire et la part jouée par les jeunes romantiques dans les soubresauts révolutionnaires.

              Le héros de l’Education sentimentale est ironiquement un « anti-héros », un de ces chevaliers blancs qu’on dirait tout droit sorti des pages des livres du couvent que la jeune Emma enfourchait avec avidité dans son jeune temps. Il s’appelle Frédéric, il prend des pauses et passe sa vie à rêver sa vie, à rêver la passion.

              Dans « Répliques », l’émission d’Alain Finkelkraut que j’écoute volontiers le samedi matin, je l’entendais faire un intéressant rapprochement entre les analyses fournies par Flaubert à propos de la révolution de 1848 et la réalité des événements de mai 1968. Le roman fournit notamment le tableau d’une jeunesse souvent en représentation, ivre de l’occasion donnée d’enfiler le costume de héros pour défiler dans le Présent.

              C’est aussi de cette façon qu’Olivier Rolin dans son livre, souvent cité dans ce blog, évoque ceux qu’il appelle « les tigres en papier », ceux qui ne sont pas à l’échelle de leurs modèles... Mais Tigre en papier va même plus loin car il constitue l’autobiographie à peine remaniée d’un ex-leader révolutionnaire qui joue dans l’auto-dérision.

Aspirés par cette spirale du mensonge, ils se demandaient de temps en temps si c’était bien ça, la Révolution pour laquelle ils avaient plaqué familles et études, la Révolution dont ils avaient cru qu’elle manifestait la vérité du monde, qu’elle était le Grand Révélateur.

Tigre en papier, chapitre 2

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Le Meunier hurle à la Coursive

Publié le par Eric Bertrand

                Une peinture cauchemardesque de l’humanité sur la scène... Un tableau digne du peintre James Ensor... Un cercle de "Pantalone", de visages globuleux, de voix stridentes, chevrotantes dérisoires, pantalone... Une humanité mesquine, dont les seuls liens sont fondés sur l’appartenance à un territoire et à une farouche consanguinité. Et le feu, les flammes et les tronches de couenne grillée des notables au terme de la pièce... 

                 C’est à ce carnaval terrifiant qu’est confronté le dit Gunnar Huttunen, brave meunier qui n’a fait qu’essayer de remettre en activité un vieux moulin dans un petit village de Finlande, au-delà des forêts et des lacs qu’il a traversés, au lendemain de la guerre.

                 "le Meunier hurlant"... J’ai déjà évoqué dans ce blog ce roman d’Arto Paasalinna abordé en classe dans la perspective du spectacle proposé jeudi aux collégiens dans sa version théâtrale. L’adaptation est particulièrement réussie parce que le metteur en scène multiplie les moyens pour accuser les défauts et les verrues d’une abominable société... Visages écoeurants de marionnettes qu’on dirait réalisées par Daumier, pantins dégingandés aux voix et aux grimaces désopilantes et bouffonnes, vidéos interactives, sons, prouesses techniques... tout concourt à isoler toujours plus le malheureux meunier dont la générosité et le courage n’auront finalement rencontré au village que moquerie et mépris.

« Non, les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux ! »


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Avatar sans la 3D !

Publié le par Eric Bertrand

                   Mon enthousiasme à propos du film « Avatar » auquel j’ai consacré une série d’articles m’a amené à relire la nouvelle fantastique de Gautier qui porte le même nom. Dans ce récit, l’auteur s’intéresse à un personnage de docteur un peu faustien qui a séjourné en indes et qui a acquis un pouvoir particulier sur les corps de ses patients. L’un d’eux, désespéré suite à un échec auprès d’une femme dont il est éperdument amoureux, lui demande de trouver une solution pour le guérir. La Dulcinée n’a d’yeux en effet que pour son époux.

                   C’est là que l’avatar se met en place... Le docteur lui propose une « place » dans le corps de l’heureux mari, lequel, en attendant « séjournera » dans la peau d’Octave. L’expérience réussit, chacun va sous son « avatar » mais le problème, c’est qu’aucun des deux ne connait la vie et l’intimité de celui qu’il habite ! Et dans ce gouffre du moi, on risque de se perdre soi-même au point de préférer la désertion à l’imposture !

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Respire !

Publié le par Eric Bertrand

              « Respire ! »... Le ciel est clair, sans nuages ce dimanche matin après la vague de froid et les tourmentes de janvier. Petite route en ruisseau qui descend à la mer, puis le sentier qui longe. Petite foulée.

              « Respire ! »... MP3 sur les oreilles, l’une des belles surprises sous le sapin de décembre parce qu’elle ne finit jamais de déployer des épines de musique... variétés à la mode, et puis les classiques, Souchon, groupes écossais, Gainsbourg, Cabrel, Johnny, Dylan, puis Julien. La chanson « respire ».

               Trilles des premiers oiseaux dans les tamaris, les pins maritimes, les volets verts et sous les tuiles rouges. Tri des feuilles mortes balayés par le vent. Mer plate, bleutée où couvent les rouleaux... Sous les rochers la pince des crabes et la machoire des murènes. Echo des catastrophes. Groupes de marcheurs gaillards, bâton à la main. 

                « Respire ! »... Bandeau de route noire. Regard braqué sur la grande lucarne de ciel tout bleu, épaules qui roulent un peu plus. Goéland, une patte sur le rocher. Tableau éphémère. Petit bandeau de brume, tout là-haut sur la colline, dans le matin qui se lève. Des flaques trempées de neige noircie par la remontée de gadoue.

                « Respire ! »... et la voix de Julien qui fait toujours trembler Ivanovitch. Le ciel n’est pas toujours « si gris ».

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