Comme à chaque début de trimestre, j’accompagne mes deux classes de quatrième à la projection d’un film au cinéma, suite à quoi j’exploite ce film. Après
« O’Brother », (auquel j’ai consacré une série d’articles) c’est au tour de « Persépolis » de Marjane Satrapi. « Histoire réelle » comme ont coutume de dire les
élèves, héroïne adolescente, révoltée, scénario simple, images de BD puisant souvent dans le registre de la caricature, personnages attachants, scènes
d’amour, d’école, de fêtes…
En somme, tous les ingrédients y sont et on pourrait
croire que le film a captivé les élèves… Pas vraiment et ils sont même nombreux à demander : « Pourquoi vous nous amenez voir des films
comme ça ? Pourquoi c’est en noir et blanc ? Pourquoi ils ont pas mis des vrais acteurs ? »… Quelle réponse fournir aux éternels insatisfaits ? Au moins l’occasion de
renseigner le lecteur qui, lui du moins, saura écouter !
Finissons ce parcours dans Gainsbourg par l’une
des scènes « pétaradantes »... C’est l’heure de vérité, le moment pour « Clyde » de montrer de quoi il est capable et d’épater « Bonnie » en sortant « l’artillerie lourde ». Le répertoire de Gainsbourg est riche en références aux armes : pistolet, révolvers et shotguns.
Pour reprendre les paroles d’une autre chanson, « le révolver ne fait pas toujours
les yeux doux » : cet extrait revisite deux chansons« qui flinguent » : shotgun
du dernier album et le plus ancien « Viva Villa » : « deux fusils, quatre pistolets et un couteau à cran d’arrêt », une autre fois l’inventaire à la Prévert !
Il y a dans les chansons de Gainsbourg une influence
assez marquée de la bande dessinée. On pense à Barbarella pen fonction des motifs esthétiques qu’elle impose à l’imaginaire de l’interprête de « Initials BB », on pense aussi à cette chanson jubilatoire du point de vue des sons qu’est « Sheba, poum, bow,
wizz ».
Le texte exploite toutes les ressources de ces onomatopées qu’on trouve couramment dans les bulles de BD, les « comic
strip »
. Le personnage de Laetitia, qui a ses moments de facétie, s’amuse à embêter Serge en lui assénant une série choisie des meilleurs
sons qu’elle articule.
« Le vrai nom de l’amour c’est captivité »... Cette phrase de Hugo illustre bien la situation dans laquelle se trouve le personnage mis en scène dans l’album concept
« L’Homme à la tête de chou ». Le malheureux enfermé dans le « lunatic asylum » crèved’amour pour Marilou qui l’a trompé et qui lui a fait ressentir dans la chair « les première attaques du mal ».
Le personnage mis en scène dans la pièce souffre horriblement. Le souvenir cuisant de Marilou se mêle au souvenir d’autres filles, Melody, Lolita qui
ne sont que le masque d’une seule et même femme, un peu comme la Lolita du roman de Nabokov si chère à Gainsbourg.
Jeu sur les lettres. Cette chanson exploite le matériel sonore le plus élémentaire de façon à tenter une expérience dans le genre de celle que tente à la même époque l’écrivain Georges Pérec. Gainsbourg
sollicite les huit lettres d’un prénom de femme qui sera l’une des actrices de la pièce.
Copine de Marilou, alias « Bonnie », elle est l’une des filles les plus
violentes et les plus arrogantes du gang et elle meurt dans l’affrontement final avec la police. Mais elle a le temps de se dresser derrière la
barricade et de hurler bien fort, Gavroche enjuponné, les fameuses huit lettres !
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
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