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« Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu » ou Woody Allen au régime shakespearien

Publié le par Eric Bertrand

                 Ce titre accrocheur souligne l’un des motifs du dernier film de Woody Allen : celui de l’influence des astres... Comme toujours dans son univers, le réalisateur américain n’est pas tendre avec ces marchands d’existence dont l’unique préoccupation est de leurrer les gens et d’exploiter leur absolu besoin de donner un sens à ce qui n’en a pas...

                 Dès le début du film, le spectateur est averti par le biais de la froide tirade de Macbeth : « la vie est un conte plein de bruit et de fureur et qui ne signifie rien... ». Le « conte » servi par Woody Allen est d’ailleurs encadré de part et d’autre par cette citation.

                 Ainsi, les personnages du film sont vus comme ces « pantins » stigmatisés par Shakespeare dans sa fameuse tragédie. Des histrions sans consistance qui essaient de se rattacher à un sens quelconque, des menteurs, des tricheurs, des amis malhonnêtes à l’affut de cette « vapeur qu’on appelle la gloire » (Ainsi, après avoir lu le manuscrit du beau roman d’un ami, un auteur qui n’arrive pas à trouver l’inspiration apprend la mort tragique de l’ami en question et s’empare aussitôt de l’œuvre qu’il fait publier sous son nom...)

                  Mais le plus dérisoire, ce sont ces spectres, ces marionettes qui guerroient contre la montée du grand âge... Ainsi ce vieux couple qui se déchire (Anthony Hopkins en galant tenace, en sportif mécanique...). Dans un plateau de la balance, elle s’étourdit chez une voyante (j’aime le mot anglais « fortune taler »), s’amourache d’un veuf inconsolable qui lui oppose une morte pour rivale, dans l’autre, un sexagénaire toujours vert qui cherche, à coup de jogging et de boites de Viagra, à tenir la cadence d’une bimbo type « maudite Aphrodite ». Pas de miracle pour le papy qui fait de la résistance mais qui s’ennuie en discothèque et programme, à la minute près, le temps de son érection pendant que mademoiselle prend des pauses inutilement lascives... « Dis à madame qu’il n’est pas nécessaire de se maquiller, à cette fin elle aussi devra arriver » : « to that end, she must come » (Hamlet, Shakespeare)

 

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Ecriture théâtrale

Publié le par Eric Bertrand

                 Je ne suis pas Amélie Nothomb et je n’ai pas dans mes tiroirs des tonnes de manuscrits en souffrance destinés à nourrir la curiosité des futurs lecteurs... mais je garde dans un coin de l’ordinateur ou sur une petite clé USB des projets non aboutis et des textes non publiés pour des raisons diverses.

                J’ai reçu récemment suite à l’aimable invitation de l’un de mes amis une proposition de participation à un concours d’écriture théâtrale. J’y ai vu l’occasion de ressortir l’une de mes réalisations et de l’adapter pour la circonstance. Contrairement à ce que j’avais pensé, je n’ai pas « livré » le texte tel quel pour « rendre ma copie », mais je l’ai repris avec beaucoup de soin... Et au bout de quelques heures de travail, je l’ai débarrassé des éléments qui l’attachaient à la « situation », le texte de théâtre étant, plus qu’un autre dépendant d’une situation d’énonciation particulière... Et maintenant, bon vent à ce texte !

 

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Coup de foudre et coup d’amok

Publié le par Eric Bertrand

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               L’expression « coup de foudre » fait partie de ces expressions tellement banalisées qu’elles sont rentrées dans le domaine neutre de l’usage et qu’on en oublie les métaphores qui les motivent. En l’occurrence, « le coup de foudre » examine l’état particulier de l’être humain soumis à un choc profond, à un traumatisme provoqué par la « foudre » d’une simple rencontre.

               L’explorateur de l’âme humaine qu’est Zweig invente une fiction dont le personnage est victime d’une secousse interne qu’il nomme « amok » (c’est le titre de la nouvelle)... l’amok est un mal pétrifiant, une « rage », une « monomanie » qui surprend le narrateur de l’histoire. Il est médecin dans un coin perdu de Malaisie (atmosphère lourde, épaisse digne de l’Afrique de Céline ou de « Equateur » filmé par Gainsbourg, et une patiente vient le voir pour lui demander de la débarrasser de l’enfant qu’elle porte. La chose est urgente, le mari, parti depuis plusieurs mois est sur le point de revenir...

                Pour des raisons un peu floues, le médécin refuse d’abord, ou plutôt propose un marché douteux... La jeune femme est offusquée, elle part aussitôt. Alors « l’amok » entre en jeu. Le narrateur se sent soudain comme aliéné. En proie à une idée fixe, il se lance à la poursuite de cette femme fatale qui vient à peine de quitter son cabinet. Il abandonne tout derrière lui, il polarise sur cette silhouette unique à ses yeux et n’est déjà plus que le jouet des événements. 

 

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« Courir » de Jean Echenoz (2)

Publié le par Eric Bertrand

                Dans cette montée en puissance de celui qu’on appelle désormais « la Locomotive », Echenoz s’attache aussi à décrypter l’attitude de la presse sportive amatrice de coups d’éclats. Il suit de près ceux qui d’abord se réjouissent du « phénomène » puis finissent par se lasser du champion qui rafle tout et ne laisse plus aucune surprise. Il s’intéresse également à la présence des pouvoirs politiques qui tirent les ficelles. Au cours des compétitions, Zatopek représente ce qu’on appelait à l’époque « un pays de l’Est ». Le coureur n’est pas libre de ses mouvements. Il s’entraine et s’habille en rouge, s’entraine et s’echauffe derrière le fameux « rideau de fer ».

                 Peut-être cela contribue-t-il à nourrir la légende. Echenoz va dans ce sens quand il passe en revue les lettres de ce nom désormais auréolé :

 

               Son patronyme devient aux yeux du monde l’incarnation de la puissance et de la rapidité, ce nom s’est engagé dans la petite armée des synonymes de la vitesse. Ce nom de Zatopek qui n’était rien, qui n’était rien qu’un drôle de nom, se met à claquer universellement en trois syllabes mobiles et mécaniques, valse impitoyable en trois temps, bruit de galop, vrombissement de turbine, cliquetis de bielles ou de soupapes scandé par le « k » final, précédé par le « z » initial qui va déjà vite, on fait « zzz » et ça va tout de suite vite, comme si cette consonne était un starter. Sans compter que cette machine est lubrifiée par un prénom fluide. La burette d’huile Emile est fournie avec le moteur Zatopek.  

 

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« Courir » de Jean Echenoz

Publié le par Eric Bertrand

Le livre raconte la carrière de ce coureur atypique qui ne se sentait pas forcément attiré par la course à pied ou le sport mais qui a profité de son talent pour abandonner l’usine tchèque Bata où il était employé.

               La première partie de l’ouvrage s’emploie à montrer comment le champion s’est peu à peu imposé sans y croire, avec son air débonnaire et une façon désinvolte de représenter son pays lors des compétitions internationales. L’écrivain s’amuse alors à évoquer les premières courses et à chaque fois le « record tchécoslovaque qui tombe »... Mais aucune victoire ! Toujours la même plaisanterie pour ce borgne au pays des aveugles... jusqu’au moment où, à Dresde, agacé par des circonstances ridicules (il manque de rater le départ et doit piquer un sprint in extremis...) « le borgne » illumine tout un stade !

                Le champion a une façon bien à lui de courir. Rien de très orthodoxe dans le mouvement des bras, le dodelinement de la tête, le jeu de jambes... Et pourtant d’une diabolique efficacité.

« Cette machine est un moteur exceptionnel à laquelle on aurait négligé de monter une carrosserie »... Le tigre sous le moteur demain !

 

 

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