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La petite Bill et le petit caporal de centre commercial

Publié le par Eric Bertrand

« Il voulait Molène en mer d’Iroise, les coffres rouillés, les baleines, les belles sournoises, les grands voiliers  mais il promène sa vie en Saône et Loire dans sa Simca rouillée »

                   Ces quelques vers de « le Marin » préludent assez bien à cet article dont le titre cherche à rendre compte de l’univers des chansons de Souchon. Souchon avance en effet dans ce domaine comme certains de ces écrivains qui créent leur univers propre en variant la même thématique. Au fil des œuvres, le lecteur retrouve « le sol » de ce que Proust qualifie de « planète unique à chaque artiste ».

                 Appuyons-nous sur deux exemples particulièrement « fondateurs » : « la petit’Bill » et « Le Bagad de Lann Bihouée »... ils datent tous les deux des années 70-80. Pourtant, si on en épluche les thèmes, ils font écho à des textes beaucoup plus récents « Tailler la zone » ou « le Marin » ». Le « je » de Souchon occupe le centre de ses chansons, un peu comme Woody Allen jouant dans ces rôles mélancoliques et burlesques dont les personnages lui ressemblent étrangement....

                   Belles idées, tempérament romanesque, clichés romantiques, et à chaque fois désillusion, rêves brisés, cochonneries de consommation qui se combinent à « la grande aventure tintin » ! « La Ptit’Bill elle est malade »… Madame Bovary est l’aînée de la petit’Bill : comme elle, « elle a trop lu de littérature »… Mais Bill est une enfant de la société de consommation et ce milieu est un facteur aggravant qui produit l’effet burlesque. Souvenons-nous du roman de Flaubert : le Rodolphe d’Emma lui semble un de ces « cavaliers au grand coeur à bottes doublées de velours ». Chez Souchon, il mute en « petit caporal de centre commercial, moche en moustaches, en laides sandales ».

                   Ce héros romantique attardé a recyclé dans un espace piteux son rêve de cornemuse et ses « soixante kilos d’échevelé poète ». Rodolphe « a débordé de son jean », il a changé son avatar, parce que « la groupie fait de la bonne cuisine ». La petit’Bill de la « foule sentimentale », « la belle danseuse » n’est pas épargnée non plus… Mais elle garde au fond de sa mémoire ses rêves d’héroïsme, « cet œil profond d’hidalgo tango, ces joues creusées de guerillero »… « L’albatros patauge dans l’ice-cream » : tout est dit... l’aventure est emballée et quelque chose comme le spleen baudelairien alimente le sourire caustique de « l’espadon dans sa baignoire » !…

 

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Expo Bardot à Saint-Tropez, et Dieu créa la Femme (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

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                      « Coquillages et crustacés », « Harley Davidson », « Initials BB » et « Bonnie and Clyde »… Dans un coin des nombreux couloirs consacrés à l’Amazone de Saint-Tropez, buissonnent des vidéos où on peut la voir chanter et surtout bouger, car la chanson pour Bardot, c’est surtout le mouvement et l’ondulation.

                       Mais cette « ondulation » va au-delà des mots (choisis sensuels pour la chanteuse : « jusques en haut des cuisses elle est bottée et c’est comme un calice à sa beauté… »)... Elle va au-delà du corps torride : « quand je sens en chemin les trépidations de ma machine, il me monte des désirs dans le creux de mes reins… ».

                       Quand on la voit la chanter (ou quand on la fait chanter si on a la chance d’être son parolier), on la suit sur un horizon qu’elle grise sans jamais le culbuter. C’est en tout cas ce que dit le début de « Initials BB ». « Un soir que j’étais à me morfondre, dans quelque pub anglais du cœur de Londres, sirotant l’amour monstre de Pauwells me vint une vision dans l’eau de Selz ». C’est aussi ce que murmurent ces lèvres qui laissent à « la toile » le privilège de l’exploration des baisers. Les lèvres de Bardot sont un emblème… Dans un coin de la galerie, l’expo réserve un montage à partir de tous les « baisers de cinéma » qu’a inspirés l’actrice... Mastroïanni, Gabin, Trintignan, Samy Frey, Piccoli... Les ciseaux du prêtre de « Cinema Paradiso », pour préserver la moralité des enfants du village sicilien, auraient taillé toutes ces scènes… Pourtant, elles ne font que répéter, comme les photos, comme les chansons, comme les vidéos et tout le décor de la « Madrague », l’enthousiasme de la drague, du désir et de la trépidante jeunesse !

 

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Expo Bardot à Saint-Tropez, et Dieu créa la Femme (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

                      

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J’aime les mythes et ce que Roland Barthes appelle les « mythologies », à savoir ces figures contemporaines porteuses d’une nouveauté foudroyante à l’époque où il écrit son livre : la DS, le visage de Garbo, l’abbé Pierre…

                       Nous ne sommes plus en 60 (les « Mythologies » datent de 1957) mais, en ce temps de nostalgie qui caractérise notre époque, certaines figures ont augmenté leur potentiel de légende. Bardot incarne l’une de ces légendes… et l’exposition qui lui est consacrée jusqu’au 31 octobre prochain à Saint-Tropez va bien dans ce sens.

                       La cité de Saint-Tropez, sertie entre mer et montagne, est un berceau idéal pour entretenir le rêve. Les grands yachts qui oscillent sur tout l’horizon de la baie projettent leur part d’artifice et de paillettes sur le village enluminé. Village de l’origine, (en cela je lui trouve un côté Cefalu en Sicile, village de pêcheurs immortalisé dans « Cinema Paradiso »), village de carte postale, rusticité des façades, petits pans de murs qu’on croirait colorés par le pinceau d’un aquarelliste inspiré, silhouette bien tracée d’un décor de cinéma, « Et Dieu créa la femme »...

                       L’impertinence de BB dans les rues endormies à la fin des années 60… Le soleil de ses cheveux blonds qui brûle le goudron, qui fait passer l’électricité dans les masures, qui enflamme les mâts des bateaux. Saint-Tropez s’allume, Saint Tropez s’électrise, Saint-Tropez rayonne. Chargées à bloc par la chaleur de l’été, les cigales disjonctent aux limites du port, et les couleurs de la mer jettent un éclat bleu sur les mailles des ruelles où s’exhibent la pelote de fils dénudés de la Frime : yachts, bolides, motos, sappes…

 

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"Un bon bifteck" pour un Rocky en bout de course

Publié le par Eric Bertrand

                   Ce n’est pas une surprise pour qui connaît un peu l’œuvre de Jack London, le muscle et le poing ponctuent les récits et leur donnent sa « respiration »… Dans le cadre d’une réflexion sur la boxe que je prépare pour l’année scolaire, je relisais la palpitante nouvelle intitulée « un bon bifteck » extraite du recueil « Dieu ricane ».

                   Elle raconte le dernier combat de Tom King, vieux boxeur affamé et contraint de relever le défi d’un combat contre un jeune, Sandel, étoile montante de la boxe. Avec une grande maîtrise, l’écrivain raconte en détails le combat qui se déroule sur une durée de onze rounds. Il renseigne le lecteur sur les coups portés, sur l’ambiance autour du ring et sur l’évolution du combat. Bien évidemment, le jeune lion porte des coups redoublés à son adversaire et ce dernier encaisse sans pratiquement réagir dans les quinze premières minutes.

                   A la vérité, il laisse « passer l’orage » et compte sur son expérience et sur son sens de l’économie pour « durer » et rapporter la mise : une somme qui lui permettra d’acheter son bifteck (car depuis qu'il ne boxe plus, il crève de faim...) Au-delà du tourbillon du combat qui finit par osciller au fur et à mesure que les minutes passent et que l’équilibre entre les forces semble revenir, Jack London offre au lecteur une véritable méditation sur les forces de vie et les forces de mort. Il oppose de façon très allégorique le corps de la Jeunesse au corps de la Vieillesse et il évalue ce qui permet à l’homme de ne pas s’avouer vaincu et de résister au temps qui passe. Le véritable adversaire de Tom c’est le Temps et le bifteck en arrière-fond fournit l’image insaisissable, évanescente d’une nourriture de Jouvence !

 

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Le Petit Prince en grand artificier sur le port de la Flotte (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

                   

 

 

 

Eté (partie 2) (16) [1600x1200]

                    Ce spectacle n’est pas un banal « sons et lumières », un feu d’artifices de plus… Certes, l’artificier offre un canon dans le genre, jouant avec les bouquets de lumière, les éclats et les crépitements, les obus de feu, les lasers bleus, rouges, pourpres, rasant la pierre des quais et le bas des façades… Mais l’essentiel se joue dans ce foudroyant dialogue avec le texte et l’imaginaire du public que distillent les surprises du feu d’artifices.

                    Tout rejaillit de la mémoire. Le texte du « Petit Prince » éclate de fuséees brillantes, retrouve des personnages « explosifs » : l’homme pressé, le business man, le géographe, l’allumeur de réverbères, la rose et le serpent. Il rappelle la relation avec la rose (taches de lumière rouge et persistante dans le ciel), il parle de la mort ou simplement de la disparition (montée au ciel du petit prince dans un bouquet final majestueux…)

                    Et surtout, l’œuvre de Saint-Exupéry offre un véritable spectacle dont la nature est similaire à celle des feux d’artifices… Le feu d’artifice est, en soi, un événement festif, qui renvoie à l’émerveillement de l’enfance, à la quête éperdue d’un monde flamboyant, situé au-dessus des réalités contingentes, dans un pays fabuleux où s’allument à la fois tous les réverbères de la terre et où le soleil se lève au moins quarante six mille fois !

 

Eté (partie 2) (23) [1600x1200]

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