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Rimbaud en hypokhâgne ! (2/4)

Publié le par Eric Bertrand

                     Je me voulais en ce temps-là, surtout « étudiant en lettres modernes », et je rejetais complaisamment tout ce qui n’avait pas à voir avec la Littérature. N’ayant cependant guère « frotté » mon vernis au ciseau du Réel, je ne faisais qu’aimer, lire et relire Victor Hugo, Arthur Rimbaud, Marcel Proust (un peu comme les ados écoutent en boucle les mêmes chansons sur leur MP3)… Au passage, j’apprenais par cœur des poèmes ou des paragraphes pour m’illustrer dans les salons branchés de Khâgne et d’hypokhâgne.

                      Mon goût grandissant du voyage me faisait souvent préférer le sonnet d’Arthur intitulé « Ma bohème », que je récitais assis sur une table, la chemise débraillée et la mèche rebelle, devant un public acquis dont les moins attentifs « mijotaient » des poèmes de Lautréamont, de Walt Whitman ou de Baudelaire.

                      Le vers « Mon unique culotte avait un large trou » faisait souvent sourire l’assistance et, quand l’occasion se présentait, je finissais par me servir un verre de vin pour enrichir la déclamation d’un jeu de scène bien dérisoire ! « Et je les écoutais assis au bord des routes / Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes  / De rosée à mon front comme un vin de vigueur (…) »

                      Et puis, pendant tout un été, j’ai pu réaliser un rêve, après la lecture de Jack Kérouac… Celui de « taper la route » aux Etats-Unis, du nord au sud et d’est en ouest, dans les conditions rudes de l’auto-stop, « les poings dans les poches crevées », « l’ auberge à la Grande-Ourse » et les trous dans les baskets… La redécouverte de Rimbaud, c’était d’abord ça ! L’épreuve du dénuement et l’émerveillement d’un grand gamin plongé dans une aventure difficile mais jubilatoire.  

 

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Raconter le souvenir d’une émotion artistique dans « les Cahiers pédagogiques » (1/4)

Publié le par Eric Bertrand

Qu’est-ce qu’une émotion artistique ? Il y a des sujets plus réceptifs à ce type d’émotion que d’autres et ce que Stendhal décrit dans « De l’Italie » sous le nom du fameux « syndrome  de Stendhal » ne touche pas forcément tous les sujets de la « foule sentimentale » que chante Souchon !

                Cette vérité est encore plus désarmante dans le cadre des établissements scolaires où les élèves partagent au sein de leurs groupes d’autres valeurs et d’autres idoles… Ne nous résignons pas pour autant ! Dans le cadre de la vaste réflexion qui s’opére en ce moment dans les milieux de l’enseignement et de la pédagogie au sujet de l’histoire des arts, « les Cahiers pédagogiques » proposent aux collègues de témoigner de leur propre expérience de « l’émotion artistique » afin de mieux appréhender ce que l’art peut apporter dans la vie…

                 Voici dès demain et en deux épisodes, le souvenir qui me vient aussitôt.  Il est lié à un épisode clé que je raconte dans « la Route, la Poussière et le Sable », celui de la récitation du poème de Rimbaud dans la prison de la Nouvelle-orléans où j’ai, malencontreusement, séjourné !

 

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Un Roi sans divertissement

Publié le par Eric Bertrand

                        Ce roman de Giono est une enquête sur une série de crimes perpétrés en 1843 dans une région reculée, celle du Triève dans laquelle l’auteur a vécu. Pour enquêter sur ces étranges événements apparaît un personnage nommé Langlois. Belle évocation de la nature et du hêtre au pied duquel a été retrouvé le cadavre de Marie p9. 38

                          L’une de mes lectrices attirait mon attention sur le dénouement du roman que le dénouement de « l’Organisme » lui a rappelé. Relisons ce dénouement (celui de Giono !)

 

« Et il y eut, au fond du jardin, l’énorme éclaboussement d’or qui éclaira la nuit pendant une seconde. C’était la tête de langlois qui prenait, enfin, les dimensions de l’univers »

 

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« Un Balcon en forêt » de Julien Gracq

Publié le par Eric Bertrand

                Ceux qui connaissent ce blog savent quel lien particulier m’unit à Julien Gracq dont je suis un fidèle lecteur. J’ai relu « Un Balcon en forêt » au début de l’été. Comme son titre semble l’indiquer, ce roman offre une large bouffée d’oxygène et d’humus… Et pourtant, les personnages sont plongés au cœur de la seconde guerre mondiale au moment de l’invasion allemande.

                Le personnage principal, l’aspirant Grange, vit sa mission au cœur de la forêt à proximité de la Meuse comme une aventure initiatique et une plongée dans le mystère. La forêt au cœur de laquelle on lui a confié la garde d’un fortin, est le centre d’une toile magique dont l’écrivain artisan des mots et de la syntaxe tisse les fils. La réalité de la guerre semble oublier ces confins forestiers dont l’événement majeur est la rencontre avec une « fadette », la petite Mona, qui vit avec Grange une aventure à caractère à la fois évanescent et érotique. A la fin du roman, elle disparaît comme elle est venue, au moment où les soldats allemands rejoignent le fortin. 

                A la vérité, l’action ne démarre qu’au dénouement… Mais l’essentiel est aux yeux du lecteur ce travail minutieux qu’a entrepris l’écrivain : l’écriture élégante et imagée l’amène en effet à entrer au contact d’un monde magique que la tragédie de la guerre pourrait écarter…. C’est peut-être cela qui a valu à Julien Gracq, l’inclassable, l’étiquette d’écrivain surréaliste. Que l’on relise par exemple ces deux phrases :

« On ferme les yeux quelques secondes : les armées modernes tintinnabulent encore de toutes les armures de la guerre de Cent ans ».

« C’était une peur un peu merveilleuse, presque attirante, qui remontait à Grange du fond de l’enfance et des contes : la peur des enfants perdus dans la forêt crépusculaire, écoutant craquer au loin le tronc des chênes sous le talon formidable des bottes de sept lieues ».

 

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L’Enfant de Noé d’E. E. Schmitt (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

                Ce second passage de L’Enfant de Noé met l’accent sur l’un des personnages secondaires, ami du narrateur, gamin mal poussé qui souffre de ne plus avoir de parents et qui parle souvent de sa mère, belle et plantureuse pianiste, comme les autres, déportée...

                A la fin du roman, Rudy retrouve enfin la « grande femme souveraine, à la poitrine majestueuse, aux prunelles bleu acier, aux cheveux noirs interminables, riches et drus »... Elle est devenue une petite femme malingre, affamée, déformée par les mauvais traitements... « Il n’avait plus devant lui sa mère autoritaire mais une fillette qui ne voulait pas lâcher sa gamelle ».

                A l’issue de cette scène, Rudy parvient malgré tout à obtenir de sa mère qu’elle lâche son assiette et vienne s’installer au piano : « Elle vacilla, se rattrapa au cadre, puis observa le clavier comme un obstacle qu’elle devait vaincre. Ses mains s’approchèrent, timides, puis s’enfoncèrent délicatement dans l’ivoire ». Et ce moment de grâce au piano décrit comment ce « fantôme de mère » retrouve peu à peu sa chair grâce à la musique.

 

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