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Un ponton parmi tant d’autres

Publié le par Eric Bertrand

Juillet-2010--29---1600x1200-.JPG                Les pontons font sans doute partie du paysage balnéaire sur la côte d’azur pendant l’été mais c’est à chaque fois avec une sorte « d’émerveillement » que je les retrouve quand, par aventure, il m’arrive de me rendre de ce côté-ci du monde.

                A priori, la côte d’Azur n’est pas ma région de prédilection mais il faut avouer que pour la seconde année, des circonstances particulières nous ont amenés à nous y rendre. Et puis, quel dépaysement pour un Celte que certains avaient baptisé en leur temps « Erik le Viking ».

                Allées de palmiers, végétation luxuriante, eau bleue, cigales entêtantes (on a l’impression de mettre l’oreille sur une ligne à haute tension…) Et soleil triomphant dans un ciel sans nuages ! Quelque chose dans l’atmosphère générale et dans le décor qui me renvoie à certains de mes « lieux fondateurs » ! Palerme, Los Angelès, et plus particulièrement Beverly Hills car Toulon impose ce contraste évident entre la grande pauvreté et la grande richesse. J'y reviens demain à propos de l'un de mes livres intitulé "le Ponton"...

 

 

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Souchon Arcimboldo

Publié le par Eric Bertrand

            L’amour est éphémère, c’est le sujet principal des chansons de Souchon. Le temps qui passe, les couleurs qui ternissent, les pétales qui se fanent... « L’amour à la machine », « la vie c’est détergent »... C’est aussi de façon métaphorique le phénomène qu’il analyse dans la belle chanson du dernier album intitulée « les saisons ».

            Ce texte rappelle un peu ces tableaux du peintre Arcimboldo qui met en scène des personnages à la chair « légumière » ou « fruitière ». Chez Souchon, comme un vent léger, l’amour glisse sous la peau, fait dresser le poil ou les cheveux, sème le frisson, la tiédeur, la torpeur ou la tempête, fait couler la source, le torrent ou la rivière, « habille » les silhouettes de primevères, de bouquets de roses et de cerises. « Croquer le nez, manger les joues », « le rose initial », « le bleu de nos baisers du début ».

            Mais « le soleil de la vie les tabasse »... Et alors, les grands tournesols éclatants qui rayonnaient dans les yeux et poussaient dans le ventre retrouvent tout à coup leur fonction d’héliotropes. Le soleil a roulé, l’été tourne le dos, les blés ont sêché, la pelouse a grillé et les petits rossignols entêtés ont déserté les arbres.

 

C'était l'amour et c'était l'automne
Dans le grand parc où frissonne
Parlant de nous, de nos baisers en allés
En marchant dans les allées
Disant de l'amour pour quelle raison
Ce n'est jamais la saison.

 

             Relisons pour le plaisir ce dernier couplet des « Saisons » et souvenons-nous aussi de « l’amour 1830 » « dans ce parc au point du jour (...) » ou du mélancolique « Colloque sentimental » de Verlaine :

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l’heure passé.
 
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.
 
Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux spectres ont évoqué le passé (...).

 Eté 2010 (206) [1600x1200]

 

Eté 2010 (207) [1600x1200]

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"Le marin" de Souchon...

Publié le par Eric Bertrand

 

                        Dans la lignée de l’article précédent je livrerai encore ces quelques réflexions autour de la « Simca rouillée » dont Souchon à la fin du « Marin » fait une métaphore de la vie. La vie est « une Simca rouillée », à savoir une vieille bagnole qui a eu son heure de gloire (on se souvient de la Chrysler de Jim, ou de la Formule 1 de « j’suis bidon ») et qui continue à avancer, cahin-caha malgré la rouille, malgré les chocs et les incidents de parcours.

                         Et du même coup, toute la chanson est à relire comme une allégorie de la vie (cette entrée fournit une clé similaire à celle que l’on peut utiliser quand on lit l’étrange et grandiose poème de Rimbaud « le bateau ivre ») : le personnage principal du « marin » joue pour l’auditeur, le lecteur, le rôle de n’importe qui partant dans la vie avec des rêves pleins la tête et se retrouvant, au bout de ses années, avec une immense frustration.

 

Le bleu qu'il met dans sa vodka,

Ca lui rappelle,

Tous les "j-aurai-dû" "y'avait-qu'à",

La Rochelle

Il voulait Molène en mer d'Iroise, les ancres rouillées

Les baleines, la belle turquoise, les coffres oubliés

Les sirènes, les belles sournoises, les grands voiliers

La vie le promène en Seine et Oise, dans sa Simca rouillée (…)

 

                    Que le lecteur veuille bien se souvenir de ce qu’il a mis dans ses « coffres oubliés » et qu’il regarde en face « les sirènes » qui partagent sa vie ! (Ou inversement : le chanteur n’est pas tendre avec les maris dans les Audis et qui « foutent des marrons » aux filles qui gardent le mystère qui plaît tant !)

Pas d’eau sucrée chez Souchon ! Mais du vitriol !

 

Aix (10) [1600x1200]

 

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La petite Bill et le petit caporal de centre commercial

Publié le par Eric Bertrand

« Il voulait Molène en mer d’Iroise, les coffres rouillés, les baleines, les belles sournoises, les grands voiliers  mais il promène sa vie en Saône et Loire dans sa Simca rouillée »

                   Ces quelques vers de « le Marin » préludent assez bien à cet article dont le titre cherche à rendre compte de l’univers des chansons de Souchon. Souchon avance en effet dans ce domaine comme certains de ces écrivains qui créent leur univers propre en variant la même thématique. Au fil des œuvres, le lecteur retrouve « le sol » de ce que Proust qualifie de « planète unique à chaque artiste ».

                 Appuyons-nous sur deux exemples particulièrement « fondateurs » : « la petit’Bill » et « Le Bagad de Lann Bihouée »... ils datent tous les deux des années 70-80. Pourtant, si on en épluche les thèmes, ils font écho à des textes beaucoup plus récents « Tailler la zone » ou « le Marin » ». Le « je » de Souchon occupe le centre de ses chansons, un peu comme Woody Allen jouant dans ces rôles mélancoliques et burlesques dont les personnages lui ressemblent étrangement....

                   Belles idées, tempérament romanesque, clichés romantiques, et à chaque fois désillusion, rêves brisés, cochonneries de consommation qui se combinent à « la grande aventure tintin » ! « La Ptit’Bill elle est malade »… Madame Bovary est l’aînée de la petit’Bill : comme elle, « elle a trop lu de littérature »… Mais Bill est une enfant de la société de consommation et ce milieu est un facteur aggravant qui produit l’effet burlesque. Souvenons-nous du roman de Flaubert : le Rodolphe d’Emma lui semble un de ces « cavaliers au grand coeur à bottes doublées de velours ». Chez Souchon, il mute en « petit caporal de centre commercial, moche en moustaches, en laides sandales ».

                   Ce héros romantique attardé a recyclé dans un espace piteux son rêve de cornemuse et ses « soixante kilos d’échevelé poète ». Rodolphe « a débordé de son jean », il a changé son avatar, parce que « la groupie fait de la bonne cuisine ». La petit’Bill de la « foule sentimentale », « la belle danseuse » n’est pas épargnée non plus… Mais elle garde au fond de sa mémoire ses rêves d’héroïsme, « cet œil profond d’hidalgo tango, ces joues creusées de guerillero »… « L’albatros patauge dans l’ice-cream » : tout est dit... l’aventure est emballée et quelque chose comme le spleen baudelairien alimente le sourire caustique de « l’espadon dans sa baignoire » !…

 

Aix (11) [1600x1200]

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Expo Bardot à Saint-Tropez, et Dieu créa la Femme (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

Juillet 2010 (122) [1600x1200]

 

                      « Coquillages et crustacés », « Harley Davidson », « Initials BB » et « Bonnie and Clyde »… Dans un coin des nombreux couloirs consacrés à l’Amazone de Saint-Tropez, buissonnent des vidéos où on peut la voir chanter et surtout bouger, car la chanson pour Bardot, c’est surtout le mouvement et l’ondulation.

                       Mais cette « ondulation » va au-delà des mots (choisis sensuels pour la chanteuse : « jusques en haut des cuisses elle est bottée et c’est comme un calice à sa beauté… »)... Elle va au-delà du corps torride : « quand je sens en chemin les trépidations de ma machine, il me monte des désirs dans le creux de mes reins… ».

                       Quand on la voit la chanter (ou quand on la fait chanter si on a la chance d’être son parolier), on la suit sur un horizon qu’elle grise sans jamais le culbuter. C’est en tout cas ce que dit le début de « Initials BB ». « Un soir que j’étais à me morfondre, dans quelque pub anglais du cœur de Londres, sirotant l’amour monstre de Pauwells me vint une vision dans l’eau de Selz ». C’est aussi ce que murmurent ces lèvres qui laissent à « la toile » le privilège de l’exploration des baisers. Les lèvres de Bardot sont un emblème… Dans un coin de la galerie, l’expo réserve un montage à partir de tous les « baisers de cinéma » qu’a inspirés l’actrice... Mastroïanni, Gabin, Trintignan, Samy Frey, Piccoli... Les ciseaux du prêtre de « Cinema Paradiso », pour préserver la moralité des enfants du village sicilien, auraient taillé toutes ces scènes… Pourtant, elles ne font que répéter, comme les photos, comme les chansons, comme les vidéos et tout le décor de la « Madrague », l’enthousiasme de la drague, du désir et de la trépidante jeunesse !

 

Juillet 2010 (115) [1600x1200]

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