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Gainsbourg entre « vie héroïque » et légende... (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

               Le double méphistophélique de Gainsbourg, préfiguration de Gainsbarre, espèce d’impressario cynique ne me convainc pas ! Pas plus la figure de la «tête de chou » (artificiellement planté sur la figure de Serge comme une « tarte à la crème » servie dans la seconde partie du film) ! Pas plus la « Silver Ghost de 1920 » ensablée inexplicablement pendant un tournage de Jane avec Delon ! Pas plus « la Vénus d’argent du radiateur » dans la poche d’un Serge vieillissant, ramassé au coin de la rue de Verneuil par la police ! Le film ne rattrape pas les pages de la légende qui, pendant toute la projection, se réécrit lentement dans le fond des entrailles.

                « Où es-tu Mélody et ton corps disloqué hante-t-il l’archipel... »

                 Peut-être est-il vain de vouloir mêler dans un film la biographie d’un auteur et son œuvre ? Peut-être l’orchestre de la mémoire joue-t-il des morceaux devenus, au fil des années, trop complexes pour tolérer d’autres visages que ceux de l’imaginaire ? Difficile en effet de remplacer Marilou quand « elle s’endort sous la neige », Mélody qui a déjà « touché ces lumineux coraux des côtes guinéennes où s’agitent en vain ces sorciers indigènes qui espèrent en vain en des avions  brisés », Jane, « tombée du ciel » du haut de ses « amours des feintes »... 

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Gainsbourg entre « vie héroïque » et légende... (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

                 A vrai dire, chaque épisode, chaque texte mériterait une exploitation plus vaste, plus vigoureuse, un scénario, un film... L’enfance du petit Lucien, ses leçons de piano, ses ébauches, les dessins, les relations aux modèles qui viennent poser dans les ateliers d’art. Les débuts dans les bars, la rencontre de Boris Vian, la complicité entre l’auteur de « L’Ecume des jours » et le pianiste de bar, la liaison avec Gréco, la liaison avec Bardot, la liaison avec Birkin, la liaison avec Bambou, la confrontation avec les paras... Et les bandes sons qui se succèdent dans le jube-box... De petits joyaux mal chantés par les acteurs... on aimerait les vrais timbres.

                  Les personnages du film enfilent à la hâte le costume des chansons, incarnent des mots, des rythmes, des poèmes... vacillent sur le fond de musiques inaccessibles, devenues les échelons de ce « mode mineur » que le grand Serge daignait à la chanson. Même la gracieuse Laetitia Casta ne parvient pas à rattraper la légendaire et fulgurante Initials BB, surgie d’une « vision, dans l’eau de Selz » (...)

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Gainsbourg entre « vie héroïque » et légende... (1/3)

Publié le par Eric Bertrand

                 Le lecteur de ce blog savait que j’attendais ce moment depuis longtemps... La sortie du film sur Gainsbourg ! et je me suis retenu pour ne pas y aller dès la sortie. Enfin, c’était hier soir et j’en sors très déçu... Je vais essayer d’expliquer pourquoi au fil de ces trois articles à venir, trois articles qui n’en font qu’un mais qui, pour des raisons de brièveté, seront répartis en trois temps.

                  La musique lancinante et troublante de « Valse à Mélody » et le film commence. Le petit Lucien, qu’on dirait échappé du film « Au revoir les enfants », le bruit des vagues et le bleu de l’eau...

« Je sais moi des sorciers indigènes qui invoquent les jets dans la jungle de Nouvelle Guinée, ils scrutent le zénith convoquant les guinées que leur rapporterait le pillage du fret (...) » *

                  Des frissons sur la peau à ces premières notes qui me renvoient à mon opus favori : « Histoire de Mélody Nelson ».  Tout semble bien commencer... Et puis le film ralentit. Série d’images convenues. Livres d’images qu’on tourne et qui laissent un goût de pas assez (...)


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« Lorenzaccio » à la Coursive (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

                    Le metteur en scène, Yves Beaunesne a privilégié une mise en scène sobre, presque austère pour traduire ce climat d’inquiétude. Sur le fond de larges tentures qui occupent l’arrière-scène, le spectateur oublie la fête florentine. Dans la version injouable imaginée par Musset (« un spectacle dans un fauteuil » qui durerait cinq heures) il privilégiait la fameuse « couleur locale » préconisée par Hugo. Masques, ambiance italienne, marchés aux fleurs, sérénades...

                    Rien de tout cela ce soir à la Coursive ! A voir les personnages déambuler dans une lumière souvent sinistre, on se croirait davantage dans un univers à la Orwell où toute parole est suspecte. Des marionnettes à taille humaine remplacent les nombreux personnages et rigidifient davantage le spectacle de la rue. Musset écrit sur la Florence du XVI° siècle, sur la France de la monarchie constitutionnelle mais aussi et plus largement sur tous les régimes totalitaires qui étreignent encore l’homme du XXI° Siècle.

                     Et quand le rideau tombe, au moment où Lorenzo sacrifie sa vie après avoir tué le tyran, rien n’a changé. Un nouveau despote prend la place du précédent... Les immenses tentures de l’arrière-scène se mettent à s’animer. Le successeur s’est pris les mains dans les cordes. Malgré sa jeunesse et son « innocence », il a déjà les pieds et les mains liés. Une musique obsédante fracasse l’espace de la scène. Les jeux sont faits : la tyrannie a encore de beaux jours devant elle !


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« Lorenzaccio » à la Coursive (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

                     (...) Et le héros de la pièce qui porte le message n’est pas non plus étranger à la dériliction des idéaux. Lorenzo, alias « Lorenzaccio », comme l’indique le suffixe péjoratif « accio » que les gens de Florence associent au personnage, s’est compromis dans l’entourage du duc dans le but de devenir son favori et sa marionnette.

                     Et la volonté qu’il a de commettre un attentat contrre sa personne n’est qu’un prétexte pour lui de se raccrocher désespérément à une image enfouie de son passé. Il était une fois un Lorenzo pur et idéaliste, vibrant sur les pages de Plutarque et penché dans ses livres... La pièce baigne dans cette nostalgie de l’enfance perdue et de l’innocence. Elle est en parrtie incarnée par « les deux femmes » de Lorenzino : la mère et la sœur... qui se souviennent d’un être qui lui ressemblait comme un frère. Mais ce temps-là semble bien mort et Lorenzaccio s’amuse de sa sœur qu’il se plaît à livrer en pâture au duc : « Une jeune femme qui veut bien manger des confitures mais qui a peur de se salir la patte ! »


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