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Haïti et Globalia

Publié le par Eric Bertrand

              Les médias rapportent régulièrement l’horreur survenue à Haïti il y a maintenant plus de deux semaines. Les images, les commentaires, les témoignages installent le témoin dans l’effroi quotidien. Et de tous les coins de la planète, chacun observe le cataclysme de sa terrasse. Comme le dit à quelque chose près un personnage de Giraudoux, « le privilège des grands ( ?) c’est de voir l’horreur d’une terrasse ».

              Face à ce déferlement de violence inexplicable, quasi métaphysique, on se pose la question : pourquoi le désastre ? Pourquoi l’extermination d’une population ?... Pourquoi le tremblement de terre se demandait Voltaire en son temps ?... Gardons en nous cette interrogation et aussi cette compassion pour ceux qui ont entrebaillé la porte de l’enfer.

              J’entendais sur une chaine d’informations qu’un vaisseau de plaisance américain avec à son bord une population de milliardiares américains avait jeté l’ancre au large des terres de Haïti. Piscine, petits fours, musique, air climatisé, longues-vue... Et pendant ce temps là, les autres qui continuent de se battre contre les forces de la nature.

               Cela rappelle un peu ces romans de « science fiction » que sont « le Meilleur des mondes » (1935) et plus près de nous Globalia (2004). Ils mettent en scène une population de « privilégiés » vivant dans leur bulle (avec les limites que cela comporte...) et une autre population de « sauvages » livrés à la pauvreté, à la misére et aux assauts de la nature. Qu’on relise Huxley ou Rufin.

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« Running to the light »

Publié le par Eric Bertrand

           La semaine a été difficile.

           Les lecteurs de ce blog le savent. Mardi, j’ai donné des coups de pied dans la portière de la 205 pour m’en extraire et sortir dans la rue éclaboussée par les éclats de lumière des sirènes de police et de pompier. Sale odeur de pneumatiques et de verre brisé. Visages tragiques. Clignotants sur le bord des voitures comme des larmes au bord des yeux.

           J’ai tout laissé de côté dimanche matin, au moment où le jour se levait, chassant les derniers nuages sur la campagne encore nue et crispée, et je suis allé courir.

           Intense sentiment de liberté que donne aussi cette vidéo. Elle reprend le motif de la chanson qui tournait en boucle dans mon MP3... Run Rig : « Running to the light », mon groupe écossais favori à qui j’ai déjà consacré des articles. Je laisse le lecteur respirer dans ce « wilderness ».

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Mai 68 et les tigres en papier de l’Education Sentimentale

Publié le par Eric Bertrand

             On se souvient peut-être de l’un de ces grands classiques de Flaubert qui, mieux que Madame Bovary, interroge l’Histoire et la part jouée par les jeunes romantiques dans les soubresauts révolutionnaires.

              Le héros de l’Education sentimentale est ironiquement un « anti-héros », un de ces chevaliers blancs qu’on dirait tout droit sorti des pages des livres du couvent que la jeune Emma enfourchait avec avidité dans son jeune temps. Il s’appelle Frédéric, il prend des pauses et passe sa vie à rêver sa vie, à rêver la passion.

              Dans « Répliques », l’émission d’Alain Finkelkraut que j’écoute volontiers le samedi matin, je l’entendais faire un intéressant rapprochement entre les analyses fournies par Flaubert à propos de la révolution de 1848 et la réalité des événements de mai 1968. Le roman fournit notamment le tableau d’une jeunesse souvent en représentation, ivre de l’occasion donnée d’enfiler le costume de héros pour défiler dans le Présent.

              C’est aussi de cette façon qu’Olivier Rolin dans son livre, souvent cité dans ce blog, évoque ceux qu’il appelle « les tigres en papier », ceux qui ne sont pas à l’échelle de leurs modèles... Mais Tigre en papier va même plus loin car il constitue l’autobiographie à peine remaniée d’un ex-leader révolutionnaire qui joue dans l’auto-dérision.

Aspirés par cette spirale du mensonge, ils se demandaient de temps en temps si c’était bien ça, la Révolution pour laquelle ils avaient plaqué familles et études, la Révolution dont ils avaient cru qu’elle manifestait la vérité du monde, qu’elle était le Grand Révélateur.

Tigre en papier, chapitre 2

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Le Meunier hurle à la Coursive

Publié le par Eric Bertrand

                Une peinture cauchemardesque de l’humanité sur la scène... Un tableau digne du peintre James Ensor... Un cercle de "Pantalone", de visages globuleux, de voix stridentes, chevrotantes dérisoires, pantalone... Une humanité mesquine, dont les seuls liens sont fondés sur l’appartenance à un territoire et à une farouche consanguinité. Et le feu, les flammes et les tronches de couenne grillée des notables au terme de la pièce... 

                 C’est à ce carnaval terrifiant qu’est confronté le dit Gunnar Huttunen, brave meunier qui n’a fait qu’essayer de remettre en activité un vieux moulin dans un petit village de Finlande, au-delà des forêts et des lacs qu’il a traversés, au lendemain de la guerre.

                 "le Meunier hurlant"... J’ai déjà évoqué dans ce blog ce roman d’Arto Paasalinna abordé en classe dans la perspective du spectacle proposé jeudi aux collégiens dans sa version théâtrale. L’adaptation est particulièrement réussie parce que le metteur en scène multiplie les moyens pour accuser les défauts et les verrues d’une abominable société... Visages écoeurants de marionnettes qu’on dirait réalisées par Daumier, pantins dégingandés aux voix et aux grimaces désopilantes et bouffonnes, vidéos interactives, sons, prouesses techniques... tout concourt à isoler toujours plus le malheureux meunier dont la générosité et le courage n’auront finalement rencontré au village que moquerie et mépris.

« Non, les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux ! »


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Avatar sans la 3D !

Publié le par Eric Bertrand

                   Mon enthousiasme à propos du film « Avatar » auquel j’ai consacré une série d’articles m’a amené à relire la nouvelle fantastique de Gautier qui porte le même nom. Dans ce récit, l’auteur s’intéresse à un personnage de docteur un peu faustien qui a séjourné en indes et qui a acquis un pouvoir particulier sur les corps de ses patients. L’un d’eux, désespéré suite à un échec auprès d’une femme dont il est éperdument amoureux, lui demande de trouver une solution pour le guérir. La Dulcinée n’a d’yeux en effet que pour son époux.

                   C’est là que l’avatar se met en place... Le docteur lui propose une « place » dans le corps de l’heureux mari, lequel, en attendant « séjournera » dans la peau d’Octave. L’expérience réussit, chacun va sous son « avatar » mais le problème, c’est qu’aucun des deux ne connait la vie et l’intimité de celui qu’il habite ! Et dans ce gouffre du moi, on risque de se perdre soi-même au point de préférer la désertion à l’imposture !

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