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Littérature leste : Diderot entre la gaine et le coutelet (2/4)

Publié le par Eric Bertrand

              Le thème de l’infidélité suscite de nombreux débats et œuvres d’esprit au XVIII° : citons par exemple la pièce de Marivaux « la Dispute » qui essaie d’établir lequel, d’entre la femme ou l’homme, a trahi l’autre le premier ?... Diderot, de son côté, nous offre dans « Jacques le fataliste », ce léger et brillant apologue de la gaine et du coutelet !

 

Un jour la Gaine et le Coutelet se prirent de querelle; le Coutelet dit à la Gaine: "Gaine, ma mie, vous êtes une friponne, car tous les jours, vous recevez de nouveaux Coutelets... La Gaine répondit au Coutelet: Mon ami Coutelet, vous êtes un fripon, car tous les jours vous changez de Gaine... Gaine, ce n'est pas là ce que vous m'avez promis... Coutelet, vous m'avez trompée le premier..." Ce débat s'était élevé à table; Cil, qui était assis entre la Gaine et le Coutelet, prit la parole et leur dit: "Vous, Gaine, et vous, Coutelet, vous fîtes bien de changer, puisque changement vous séduisait; mais vous eûtes tort de vous promettre que vous ne changeriez pas. Coutelet, ne voyais-tu pas que Dieu te fit pour aller à plusieurs Gaines; et toi, Gaine, pour recevoir plus d'un Coutelet? Vous regardiez comme fous certains Coutelets qui faisaient voeu de se passer à forfait de Gaines, et comme folles certaines Gaines qui faisaient voeu de se fermer pour tout Coutelet; et vous ne pensiez pas que vous étiez presque aussi fous lorsque vous juriez, toi, Gaine, de t'en tenir à un seul Coutelet; toi, Coutelet, de t'en tenir à une seule Gaine."

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Littérature leste : les fantasmes du grand Corneille (1/4)

Publié le par Eric Bertrand

             La littérature est souvent leste et regorge des astuces de l’esprit pour signifier des propos scabreux. Pour les amateurs de ces jeux voilés, et j’en connais parmi mes lecteurs, j’offre à la lecture trois grands exemples dont le premier figure en bonne place dans « L’Organisme », dans le chapitre « les 17 plaies » dont la fonction est de mettre le lecteur en situation de cours.

 

« Et le désir s’accroit quand l’effet se recule »…

 

« Notez bien cette astuce syllabique que le grand Corneille ose introduire, au cœur d’une tragédie chrétienne du 17° siècle, au sein, qui plus est, d’un alexandrin de belle facture… Il y a des moments où la littérature s’encanaille et c’est au lecteur suffisamment perspicace d’en apprécier les effets ! … 

« Monsieur, monsieur, j’avais déjà vu que le mot « cul » était dans le dictionnaire, j’en ai même vu des pires… Mais je ne me doutais pas qu’on pouvait parler de tout ça dans les textes… dans ceux qu’on étudie en cours, je veux dire ! »

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Gainsbourg entre « vie héroïque » et légende... (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

               Le double méphistophélique de Gainsbourg, préfiguration de Gainsbarre, espèce d’impressario cynique ne me convainc pas ! Pas plus la figure de la «tête de chou » (artificiellement planté sur la figure de Serge comme une « tarte à la crème » servie dans la seconde partie du film) ! Pas plus la « Silver Ghost de 1920 » ensablée inexplicablement pendant un tournage de Jane avec Delon ! Pas plus « la Vénus d’argent du radiateur » dans la poche d’un Serge vieillissant, ramassé au coin de la rue de Verneuil par la police ! Le film ne rattrape pas les pages de la légende qui, pendant toute la projection, se réécrit lentement dans le fond des entrailles.

                « Où es-tu Mélody et ton corps disloqué hante-t-il l’archipel... »

                 Peut-être est-il vain de vouloir mêler dans un film la biographie d’un auteur et son œuvre ? Peut-être l’orchestre de la mémoire joue-t-il des morceaux devenus, au fil des années, trop complexes pour tolérer d’autres visages que ceux de l’imaginaire ? Difficile en effet de remplacer Marilou quand « elle s’endort sous la neige », Mélody qui a déjà « touché ces lumineux coraux des côtes guinéennes où s’agitent en vain ces sorciers indigènes qui espèrent en vain en des avions  brisés », Jane, « tombée du ciel » du haut de ses « amours des feintes »... 

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Gainsbourg entre « vie héroïque » et légende... (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

                 A vrai dire, chaque épisode, chaque texte mériterait une exploitation plus vaste, plus vigoureuse, un scénario, un film... L’enfance du petit Lucien, ses leçons de piano, ses ébauches, les dessins, les relations aux modèles qui viennent poser dans les ateliers d’art. Les débuts dans les bars, la rencontre de Boris Vian, la complicité entre l’auteur de « L’Ecume des jours » et le pianiste de bar, la liaison avec Gréco, la liaison avec Bardot, la liaison avec Birkin, la liaison avec Bambou, la confrontation avec les paras... Et les bandes sons qui se succèdent dans le jube-box... De petits joyaux mal chantés par les acteurs... on aimerait les vrais timbres.

                  Les personnages du film enfilent à la hâte le costume des chansons, incarnent des mots, des rythmes, des poèmes... vacillent sur le fond de musiques inaccessibles, devenues les échelons de ce « mode mineur » que le grand Serge daignait à la chanson. Même la gracieuse Laetitia Casta ne parvient pas à rattraper la légendaire et fulgurante Initials BB, surgie d’une « vision, dans l’eau de Selz » (...)

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Gainsbourg entre « vie héroïque » et légende... (1/3)

Publié le par Eric Bertrand

                 Le lecteur de ce blog savait que j’attendais ce moment depuis longtemps... La sortie du film sur Gainsbourg ! et je me suis retenu pour ne pas y aller dès la sortie. Enfin, c’était hier soir et j’en sors très déçu... Je vais essayer d’expliquer pourquoi au fil de ces trois articles à venir, trois articles qui n’en font qu’un mais qui, pour des raisons de brièveté, seront répartis en trois temps.

                  La musique lancinante et troublante de « Valse à Mélody » et le film commence. Le petit Lucien, qu’on dirait échappé du film « Au revoir les enfants », le bruit des vagues et le bleu de l’eau...

« Je sais moi des sorciers indigènes qui invoquent les jets dans la jungle de Nouvelle Guinée, ils scrutent le zénith convoquant les guinées que leur rapporterait le pillage du fret (...) » *

                  Des frissons sur la peau à ces premières notes qui me renvoient à mon opus favori : « Histoire de Mélody Nelson ».  Tout semble bien commencer... Et puis le film ralentit. Série d’images convenues. Livres d’images qu’on tourne et qui laissent un goût de pas assez (...)


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