Restons encore avec le gang Burrow pour revisiter un autre texte déjà
ancien de Gainsbourg (il figurait dans le répertoire écrit pour la toute jeune Jane à l’époque) et avait le mérite, du point de vue de la recherche du
son idéal que réalise tout expérimentateur de mots de puiser dans le lexique des appareils de la modernité.
Serge affectionnait
ce type de travail, on le reverra par exemple avec le titre « Ford Mustang ». Les vocables à tonalité anglaise sont d’un heureux effet sur
la musicalité du texte et accentuent l’effet novateur des trouvailles du musicien compositeur. Ces trouvailles ont aussi le mérite de resituer les chansons dans leur époque, en plein essor de
cette culture de l’objet utile importée des Etats-Unis.
Pour ce qui est de
la pièce, on est encore dans ce moment « d’impertinence » des filles du gang qui provoquent le shériff... Comme dans le film « Bonny
and Clyde ».
Toujours dans le contexte de la montée en puissance du gang Burrow, cet extrait qui permet de réentendre ce texte particulièrement « percutant ». Il convient parfaitement à l’image
de scandale et de provocation que les membres du gang veulent donner d’eux.
Du
point de vue de la mise en scène, il fallait un personnage muet, une sorte de totem, bouc émissaire de la
violence. Un visage de prof qui, avec un soupçon d’autodérision, saisit l’occasion d’une apparition à la Hitchkock !
L’un
des attraits de cette pièce, c’est la montée progressive de la violence. La violence au théâtre a toujours un effet spectaculaire. Le spectateur
arrive (au début du second acte) au moment où « le gang Burrow » fondé par Serge commence ses délits.
La
bande déchainée des gangsters cherche à faire des casses. Ils ont capturé un shérif qu’ils humilient. La scène est inspirée également d’une scène du
film « Bonnie and Clyde ». Elle puise dans le répertoire qui flingue : « Viva
Villa » rencontre « Kiss me Hardy » et l’anecdote que cite le personnage de Marilou est véritable... Je vous laisse découvrir...
Salvatore médite sur le sens de l’action qu’il mène et sur le destin de ces malheureux qui arrivent par centaines sur les rivages de son pays, entre
Catania et Lampedusa. Le lecteur se glisse dans le sillage de cet homme sensible, continuellement tiraillé entre l’esprit d’aventurier humaniste, avide de sauver des vies, et la mission
sociale et répressive qu’on lui a confiée.
Chemin faisant, il croise des destins tragiques. Celui de cette femme déjà mentionnée qui a, au cours du drame, perdu son enfant victime de la chaleur et de la
déshydratation ; celui de ces deux frères obligés de se séparer à la frontière entre la Lybie et le Soudan : l’un d’entre eux est atteint
d’une maladie incurable et ne peut suivre. Il accompagne son frère Souleiman jusqu’au point de non retour pour lui annoncer la terrible nouvelle et lui léguer sinon son argent, du moins sa soif d’aventure. Mais l’aventure ne trouve pas toujours les meilleurs associés et le malheureux Soleiman fait l’épreuve de la violence et de la
tromperie...
L’Eldorado n’est pas là où l’on croit... Eldorado ! Quelle duperie songe
Salvatore ! A moins qu’il ne soit dans la force de l’esprit et de la persévérance, sous les traits d’un génie que les légendes africaines appellent
« Massambalo ».
Catagne est,
comme les autres ports de Sicile, une ville rayonnante de vitalité et de couleurs sous le grand applomb du soleil. Elle sert de toile de fond au début
du roman. Salvatore Piracci, le personnage principal, déambule dans les rues emplies de cette rumeur du matin que les Italiens appellent joliment « il rumore ». Il occupe (au début du
roman...) un poste à responsabilité et est chargé de lutter contre l’immigration clandestine. Comme dit le texte, il est « le mauvais œil qui
traque les désespérés ».
Ce matin-là, il est suivi par une jeune
réfugiée libanaise qui le connaît et qui lui réclame une arme. Elle veut se venger de l’homme responsable de la tragédie du Vittoria... Quand elle a quitté Beyrouth, en compagnie d’autres
demandeurs d’asile qui ont aussi payé cher la « traversée », le dirigeant libanais Hussein Marouk les a trompés. A bord d’un rafiot, ils
ont été abandonnés en pleine mer, et un tiers d’entre eux sont morts avant que le cargot ne soit localisé par les services de Salvatore...
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
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