De la même façon dans le « Loft
History », des personnages de bouffons jouent ce rôle ambigu qui passe par la plaisanterie : ils forcent le rire, ils l’entraînent, ils le motivent et ainsi agissent sur les consciences
pour faire triompher la bêtise à coups de pirouettes ridicules... ce sont
les burlesques Piou Piou et Happy Face. Mais le rire et la plaisanterie n’ont
qu’un temps. Piou Piou et Happy Face sont la face trompeuse de l’Injonction brutale, l’envers du masque de
357 Magnum et de 358 Shotgun (deux autres
sinistres agents de Big Brother, présents au début de la pièce). Tous incarnent évidemment
l’Injonction.
Le
dénouement est sinistre. A la fin du jeu, ceux qui ont continué de jouer dans « la zone extrème » avancent timidement vers la salle de torture où ils ne savent pas dans quel état ils
vont retrouver leur malheureux partenaire. Du moins se disent-ils avec l’animatrice qu’ils ont gagné beaucoup d’argent et qu’ils on su « tenir
leur engagement »...
Il n’empêche ! Même si
l’Autorité « assume l’entière responsabilité », ils sont « mouillés » là-dedans, ils ont actionné les manettes, ils ont envoyé eux-mêmes des décharges d’électricité dont les
plus fortes sont montées à 400 volts. Ils se sont sali les mains.
Terminons cet article
sur la tirade d’un personnage du « Loft History » qui se souvient d’une phrase de Sartre et qui déclare après lui, dans ce huis-clos d’un genre nouveau : « l’enfer, c’est les
autres, l’enfer, c’est les téléspectateurs ! »
Fleurette : C’est pas encore vrai, puisque je vous ai dit que c’est pour lui que je quitte le loft !… Qui c’est qu’a pété… les plombs ?… Vous ou moi ? Avec vos
éclairages tamisés, avec vos caméras et tous vos écrans plats, avec vos fils électriques et vos câbles, vous aurez peut être arraché notre image mais
vous n’aurez pas mon petit coeur!
Bobbie : (ricanant) T’es trop mignonne ma fille !… Mais c’est trop tard ! il ne fallait pas rentrer dans le
loft ! (Elle s’approche des caméras, regarde les projecteurs et, très fataliste) Ca me rappelle une pièce de Sartre dans laquelle j’ai joué il y a très longtemps… la caméra est là, je la
regarde en face, et je comprends que je suis en enfer. Je vous dis que tout était prévu. Ils avaient prévu que je me tiendrais comme cela, avec ces regards autour de moi. Tous ces regards qui me
mangent… c’est ça l’enfer !… je n’aurais jamais cru !… vous vous rappelez le souffre, le bûcher, le grill… ah ! quelle plaisanterie… pas besoin de grill ! l’enfer c’est les
autres… L’enfer, c’est les téléspectateurs ! (soudain enthousiaste) Mais cet enfer là m’enivre ! ! !