Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

« Persepolis » de Marjane Satrapi : 3/4 : « le Cri »

Publié le par Eric Bertrand

friedrich

                         Le plaisir du spectateur est aussi lié au graphisme du dessin. Le film est une animation à partir de la bande dessinée du même auteur. Le dessin est expressif et varié. Il réinvestit des tableaux connus comme ceux de Folon, de Friedrich, de Picasso ou de Munch… Il y a dans ce film, en d’autres termes, ce qui en matière d’art s’appelle une réécriture, stimulante à observer pour tout esprit curieux (mais la curiosité n’est pas la meilleure qualité de nos élèves !)

                         Revisitons « le cri », « Guernica », « Voyageur contemplant une mer de nuages », et les peintures de Folon ou les silhouettes dessinées par Peynet. A un moment du film, lorsque Marjane revient dans son quartier, une bombe a explosé. Vision d’horreur… Cette horreur débouche sur la silhouette de la jeune fille qui pousse un cri d’angoisse, cri que le peintre Munch, dans le tableau du même nom, a parfaitement rendu dans sa dimension quasi expressionniste. L’horreur est également présente dans la vision des massacres perpétrés par Saddam. Explicitement, l’image recompose les traits du célèbre tableau de Picasso « Guernica » qui abandonne le figuratif pour y préférer le symbolisme.

images

Voir les commentaires

« Persepolis » de Marjane Satrapi (2/4) : « le Roi » façon Brassens.

Publié le par Eric Bertrand

                    Le film raconte avec humour et distance ironique le parcours autobiographique d’une femme indépendante élevée dans un milieu intellectuel dans l’Iran du Chah. « Marjie » n’est alors qu’une enfant, mais déjà se développe en elle un farouche esprit de liberté. Car cette femme est un témoin politique à l’esprit vif et caustique ! Elle retrace avec précision les événements historiques qui ont secoué son pays.

                    Le Chah enfin bousculé par la révolution, la « république » islamique va pouvoir se mettre en place et laisser le champ libre à l’Espoir… Méfions-nous des espoirs politiques ! Je renvoie au dénouement de « Lorenzaccio » auquel j’ai consacré récemment un article ou aux paroles de la chanson de Brassens « le Roi » qui annonçait en 1977, juste avant la chute du régime :

« Il est possible au demeurant

Qu’on déloge le Chah d’Iran, m

Mais il y a peu de chances qu’on

Détrône le roi des cons ! ». 

                     En effet, au tyran succèdent les tyrans et, sous couverture religieuse, les libertés sont à nouveau bafouées. C’est même pire ! L’adolescente qui ne supporte pas le voile, qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui ne jure que par Michael Jackson ou Iron Maiden est en danger… Ses parents le savent bien et son franc-parler l’expose directement à la plus cruelle des répressions. C’est pour cette raison qu’elle quitte son pays pour se rendre en Autriche où elle continue sa formation.

                       Le film fait réfléchir sur les conditions de la liberté, sur l’émancipation de la femme et sur les méthodes de la répression. Plus de vingt ans de drame sont reparcourus par le film, du régime du Chah à celui des ayatolas en passant par les purges civiles, la guerre meurtrière contre l’Irak de Saddam Hussein (plus d’un million de morts), la terreur que fait régner la république islamique… La famille de Marjane est touchée au cœur, le grand-père a déjà été fusillé par la police du Chah, l’oncle Anouche est à son tour exécuté par les hommes du nouveau régime qui profitent de la situation critique que traverse le pays…

 

Voir les commentaires

Roger Gicquel en Bretagne

Publié le par Eric Bertrand



                Avant de reprendre le fil de mon analyse du film « Persépolis », je consacre un nouvel article à un autre grand disparu la semaine dernière : Roger Gicquel. Je ne dirai rien de « l’homme du vingt heures » que j’étais alors beaucoup trop jeune pour apprécier mais je m’exprimerai sur « le compagnon de route », celui qui, sans que je ne l’ai jamais rencontré, m’a aidé à découvrir, au fil de ses émissions « en flânant, en Bretagne avec Roger Gicquel », des coins de Bretagne.

                  L’émission a duré une dizaine d’années : je l’ai suivie d’abord à Nantes et puis à Loudéac. J’en ai enregistré de larges extraits, d’où ces petits films que je propose pour l’article d’aujourd’hui... J’ai savouré la façon dont il allait au contact des gens, dont il parcourait inlassablement toute l’étendue du terrritoire breton, donnant à voir et à entendre une Bretagne insolite et variée.

                   J’ai croisé Roger Gicquel dans des salons du Livre, sans jamais oser l’aborder. Car il écrivait lui aussi et il aimait les livres. Quand il s’est retiré, un ami m’a offert l’ouvrage de l’émission... Je ne savais pas que lui aussi était un fan qui ne l’avouait pas, un fan du « Flâneur ». Et puis, il y a de cela environ cinq années, au cours d’une randonnée en moto, au détour d’un chemin creux, il a fait une rencontre inattendue : le cheveu blanc, la démarche mal assurée, l’air un peu épouvanté dans la campagne profonde, du côté de La Gacilly... « La France a peur... ». C’était Roger Gicquel. 


 

Voir les commentaires

Pensée pour Jean Ferrat

Publié le par Eric Bertrand

              

           J’ai eu des pensées pour Roger Gicquel la semaine dernière (je dirai pourquoi dans la semaine), j’en ai d’autres pour Jean... Les chansons de Jean Ferrat passent autrement que par les tympans. J’entends encore la voix chaude, les mélodies qui font monter la vie dans la gorge, la vie, le soleil, l’amour, les idéaux, la grande Histoire...

               J'avais onze ans, un petit lecteur de cassettes sur les genoux et deux cassettes sur le coeur, la première était bleue, Pathé Marconi, Julien Clerc, "ce n'est rien" et l'autre, brune, "la commune"... J'écoutais alternativement l'une et l'autre...

               La brune finissait par "aimer à perdre la raison". Ce soir, je n'ai plus le coeur pour remettre "ce n'est rien"...


Voir les commentaires

« Persepolis » de Marjane Satrapi (1/4) : pas du goût des élèves !

Publié le par Eric Bertrand

                    Comme à chaque début de trimestre, j’accompagne mes deux classes de quatrième à la projection d’un film au cinéma, suite à quoi j’exploite ce film. Après « O’Brother », (auquel j’ai consacré une série d’articles) c’est au tour de « Persépolis » de Marjane Satrapi. « Histoire réelle » comme ont coutume de dire les élèves, héroïne adolescente, révoltée, scénario simple, images de BD puisant souvent dans le registre de la caricature, personnages attachants, scènes d’amour, d’école, de fêtes…

                    En somme, tous les ingrédients y sont et on pourrait croire que le film a captivé les élèves… Pas vraiment et ils sont même nombreux à demander : « Pourquoi vous nous amenez voir des films comme ça ? Pourquoi c’est en noir et blanc ? Pourquoi ils ont pas mis des vrais acteurs ? »… Quelle réponse fournir aux éternels insatisfaits ? Au moins l’occasion de renseigner le lecteur qui, lui du moins, saura écouter !


 

Voir les commentaires