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Malheureuse conjugaison ! (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

On n’y pense pas forcément quand on s’adresse à ces classes de petits élèves, mais ils ne connaissent pas les temps de l’indicatif, ou, du moins pour la plupart, ne les maîtrisent pas… Passe encore pour le présent et l’imparfait, mais le reste ?

           J’ai donc entrepris un programme de révision des temps simples et mon objectif est surtout de leur montrer qu’ils ne peuvent pas écrire sans maîtriser ces temps…

           L’occasion pour moi de leur donner ce petit exercice qui va consister en même temps à revisiter l’univers du conte qu’ils ont acquis et qui va me donner prétexte à une nouvelle création personnelle…

 


Préparation au devoir de conjugaison en 6° (Temps simples)

 

Recopiez le texte suivant en mettant les verbes aux temps et personnes demandés dans la parenthèse. Attention à ne pas faire d’erreur dans l’orthographe du verbe, ce qui aurait pour effet d’invalider la réponse ! La conjugaison est en effet indissociable d’une bonne orthographe !

 

Un petit garçon nommé Duncan (habiter, imparfait) avec ses parents dans un cottage au cœur de la lande écossaise. Tous les matins, dans le grand réservoir, (venir, imparfait) boire les biches et le grand cerf dont les cornes allongées (fasciner, imparfait) notre héros. Un soir, alors qu’il (cheminer, imparfait) avec son père, Duncan (apercevoir, passé simple) le grand cerf au-dessus d’une petite colline qui (donner imparfait) sur un loch. Il (s’avancer, passé simple) et aussitôt le cerf (disparaître, passé simple). Il (trouver, passé simple) à l’endroit des empreintes un morceau de corne façonnée comme une flute et, quand il (se pencher, passé simple) pour la ramasser, il (entendre, passé simple) comme un chant qui (provenir, imparfait) de l’épaisseur de la corne :

« Tu (grandir, présent), tu (marcher, présent) mieux. Tes oreilles (écouter, futur) désormais la voix de la Lande. Tu (savoir, futur) bientôt une partie du secret que je te (révéler, futur) et tu me (prier, futur) pour que je t’en dise davantage. Rejoins le milieu du lac. Tu (trouver, futur) une algue qui te (faire, futur) forte impression.

 

 

Correction de la préparation au devoir de conjugaison en 6° (Temps simples)

 

Un petit garçon nommé Duncan habitait avec ses parents dans un cottage au cœur de la lande écossaise. Tous les matins, dans le grand réservoir, venaient boire les biches et le grand cerf dont les cornes allongées fascinaient notre héros. Un soir, alors qu’il cheminait avec son père, Duncan aperçut le grand cerf au-dessus d’une petite colline qui donnait sur un loch. Il s’avança et aussitôt le cerf disparut. Il trouva à l’endroit des empreintes un morceau de corne façonnée comme une flute et, quand il se pencha pour la ramasser, il entendit  comme un chant qui provenait de l’épaisseur de la corne :

« Tu grandis, tu marches mieux. Tes oreilles écouteront désormais la voix de la Lande. Tu sauras bientôt une partie du secret que je te révélerai et tu me prieras pour que je t’en dise davantage. Rejoins le milieu du lac. Tu trouveras une algue qui te fera forte impression.

 

Demain, variation sur le même thème et cette fois, ça donne lieu au devoir !

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« N’y a-t-il pas grand danger à contrefaire le mort ? »

Publié le par Eric Bertrand

             

              Ce titre n’est pas une accroche ! Ni une sourde ironie à l’encontre d’un tiers à qui l’on reprocherait son silence ! Il s’agit simplement d’une citation de la pièce de Molière : le Malade imaginaire. Qui ne l’a pas, au moins une fois dans sa scolarité, abordée d’une façon ou d’une autre ?

               On se souvient au moins de cet Argan hypocondriaque soumis à la tyrannie des médecins et abandonnant son corps à la médecine pour avoir le sentiment d’exister ! Mais à la vérité, et c’est tout ce qui fait le charme de cette comédie, Argan est parfaitement bien portant et n’attend de ses visiteurs qu’une seule chose, c’est qu’ils lui parlent de ses poumons, de son estomac, de son intestin, bref, de son nombril.

                Jusqu’au moment où, par ruse, la servante lui demande de « contrefaire le mort » afin de confondre une hypocrite qui abuse de sa crédulité. A ce moment, Argan refuse vigoureusement l’expédient et se lamente avant de jouer : « n’y a-t-il grand danger à contrefaire le mort ? »

                Ces mots acquièrent une saveur particulière et quasi douloureuse ou mélancolique, c’est selon, si on sait que, lorsque Molière joue le rôle d’Argan, il est vraiment malade et qu’il n’est pas, à la différence de son personnage, hypocondriaque ! Si bien que, à ce moment précis, ce qui est jeu pour la scène et jubilation pour l’acteur (Argan acteur, jouant par dérision sa propre hypocrisie) devient sinistre anticipation du Destin tragique de Molière qui s’effondre lors de la quatrième représentation du Malade imaginaire !

               Quelle pièce ! Quel enjeu que ce texte écrit par un auteur qui se savait condamné et qui a choisi, comme ultime pirouette, celle de l’hypocondriaque ! « N’y a-t-il pas grand danger à contrefaire le mort ? »

 

 

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« Contribution » à un projet d’éditeur

Publié le par Eric Bertrand

                L’épisode issu du « Bal des têtes » dans le Temps retrouvé est assez long et me servira de fil conducteur dans les jours qui viennent. Les « besoins de l’actualité » ou de la variété m’amèneront à rompre ce fil ! Par exemple la nouvelle reçue hier qui me pose un nouveau défi à court terme...

                Les médias l’indiquent beaucoup, la tendance est à la rénovation dans l’enseignement. Dans ce contexte, les missions pour « faire bouger le collège et le lycée » se réalisent et, dans ce sillage, des éditeurs emboitent le pas.

                J’ai donc été contacté par une maison d’édition au sujet d’une collaboration à un ouvrage portant sur l’Histoire de l’art et sur la manière de l’enseigner au sein des établissements, à des adolescents pas forcément très ouverts... Ceux qui connaissent ce blog entrevoient dans quel « créneau » je vais me glisser.

              "Comment passer de l'univers d'un auteur de langue étrangère à l'écriture pour la scène et pour le public adolescent ? "


              Je me servirai donc des expériences effectuées dans le cadre de l’atelier à partir de Kérouac, Orwell, Shakespeare, Tennessee, Pirandello et, à un autre niveau Gainsbourg et La Fontaine, le problème majeur étant toujours de rendre accessible et de "scénariser" des textes de nature particulière...

            L’ouvrage est prévu pour septembre, je dois donc « activer » ma contribution, mais point d’affolement : l’article ne devra comporter environ que 8000 signes, soit trois ou quatre pages... Une nouvelle forme du lit de Procuste ? Pas forcément ! La concision est un excellent exercice !



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Proust : le bal des têtes (4)

Publié le par Eric Bertrand

              Continuons ce parcours dans quelques phrases de Proust que je suis obligé de couper du fait de l’expansion si légendaire de la phrase proustienne qui le rend parfois si hermétique à certains et quasi inintelligible pour bon nombre de nos élèves... Et cependant quel trait, quel caricaturiste...


              "Des poupées... mais que, pour les identifier à celui qu'on avait connu, il fallait lire sur plusieurs plans à la fois, situés derrière elles et qui leur donnaient de la profondeur et forçaient à faire un travail d'esprit quand on avait devant soi ces vieillards fantoches, car on était obligé de les regarder, en même temps qu'avec les yeux, avec la mémoire, des poupées baignant dans les couleurs immatérielles des années, des poupées extériorisant le Temps, le Temps qui d'habitude n'est pas visible, pour le devenir cherche des corps et, partout où il les rencontre, s'en empare pour montrer sur eux sa lanterne magique (...)

               En d'autres êtres, d'ailleurs, ces changements, ces véritables aliénations semblaient sortir du domaine de l'histoire naturelle et on s'étonnait en entendant un nom qu'un même être pût présenter, non comme M. d'Argencourt les caractéristiques d'une nouvelle espèce différente, mais les traits extérieurs d'un autre caractère. C'était bien comme pour M. d'Argencourt des possibilités insoupçonnées que le temps avait tirées de telle jeune fille, mais ces possibilités, bien qu'étant toutes physiognomoniques ou corporelles, semblaient avoir quelque chose de moral.

                (...) Tous ces traits nouveaux du visage impliquaient d'autres traits de caractère, la sèche et maigre jeune fille était devenue une vaste et indulgente douairière. Ce n'est plus dans un sens zoologique comme pour M. d'Argencourt, c'est dans un sens social et moral qu'on pouvait dire que c'était une autre personne.

                 A ce point de vue et pour ne pas me laisser tromper par l'identité apparente de l'espace, l'aspect tout nouveau d'un être comme M. d'Argencourt m'était une révélation frappante de cette réalité du millésime qui d'habitude nous reste abstraite, comme l'apparition de certains arbres nains, ou de baobabs géants, nous avertit du changement de méridien.

                  Alors la vie nous apparaît comme la féerie où on voit d'acte en acte le bébé devenir adolescent, homme mûr et se courber vers la tombe. Et comme c'est par des changements perpétuels qu'on sent que ces êtres prélevés à des distances assez grandes sont si différents, on sent qu'on a suivi la même loi que ces créatures qui se sont tellement transformées qu'elles ne ressemblent plus, sans avoir cessé d'être, justement parce qu'elles n'ont pas cessé d'être, à ce que nous avons vu d'elles jadis."

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Proust : le bal des têtes (3)

Publié le par Eric Bertrand

               Pour ceux qui prendraient la série d’articles en route, je rappelle qu’elle est liée à la lecture d’un roman de Rolin précédemment réalisée dans ce blog. Le narrateur de la Recherche, à l’issue d’une longue période d’immobilité, retrouve des « anciens » à l’occasion d’un bal. Par la même occasion, dans cet ultime volume de la série, le lecteur retrouve tous les personnages qu’il a croisés depuis « Du côté de chez Swann ».

          

               « Pourtant je n'eus pas l'idée de lui dire mon admiration pour la vision extraordinaire qu'il offrait. Ce ne fut pas mon antipathie ancienne qui m'en empêcha, car précisément il était arrivé à être tellement différent de lui-même que j'avais l'illusion d'être devant une autre personne, aussi bienveillante, aussi désarmée, aussi inoffensive que l'Argencourt habituel était rogue, hostile et dangereux. Tellement une autre personne, qu'à voir ce personnage ineffablement grimaçant, comique et blanc, ce bonhomme de neige simulant un général Dourakine en enfance, il me semblait que l'être humain pouvait subir des métamorphoses aussi complètes que celles de certains insectes.

               J'avais l'impression de regarder derrière le vitrage instructif d'un muséum d'histoire naturelle ce que peut être devenu l'insecte le plus rapide, le plus sûr en ses traits, et je ne pouvais pas ressentir les sentiments que m'avait toujours inspirés M. d'Argencourt devant cette molle chrysalide, plutôt vibratile que remuante. Mais je me tus, je ne félicitai pas M. d'Argencourt d'offrir un spectacle qui semblait reculer les limites entre lesquelles peuvent se mouvoir les transformations du corps humain.

                Certes dans les coulisses d'un théâtre ou pendant un bal costumé, on est plutôt porté par politesse à exagérer la peine, presque à affirmer l'impossibilité, qu'on a à reconnaître la personne travestie. Ici au contraire un instinct m'avait averti de les dissimuler le plus possible ; je sentais qu'elles n'avaient plus rien de flatteur parce que la transformation n'était pas voulue, et m'avisais enfin, ce à quoi je n'avais pas songé en entrant dans ce salon, que toute fête, si simple soit-elle, quand elle a lieu longtemps après qu'on a cessé d'aller dans le monde et pour peu qu'elle réunisse quelques-unes des mêmes personnes qu'on a connues autrefois, vous fait l'effet d'une fête travestie, de la plus réussie de toutes, de celle où l'on est le plus sincèrement "intrigué" par les autres, mais où ces têtes, qu'ils se sont faites depuis longtemps sans le vouloir, ne se laissent pas défaire par un débarbouillage ; une fois la fête finie. Intrigué par les autres ? Hélas, aussi les intriguant nous-même. Car la même difficulté que j'éprouvais à mettre le nom qu'il fallait sur les visages, semblait partagée par toutes les personnes qui, apercevant le mien, n'y prenaient pas plus garde que si elles ne l'eussent jamais vu, ou tâchaient de dégager de l'aspect actuel un souvenir différent.


 

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