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Michon, Carrère et « l’écriture oblique » (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

                 Reprenons le fil des réflexions inspirées par Michon et Carrère et leur travail sur les destins « minuscules » du tout un chacun...

                 Quel gâchis de quitter un jour la vie. Souvent l’impression de laisser derrière soi un édifice qui déjà fut. Vue de l’extérieur, la mort n’est souvent qu’un de ces multiples grains de sable qui volent au-dessus de la grand-roue sur laquelle nous tournons tous... Il ne reste aux membres de la famille et aux proches qu’à ressusciter la mémoire de celui ou de celle qui les quitte.

                  Car ce qu’il y a aussi de tragique dans un départ, c’est que chacun laisse une marque unique appelée tôt ou tard à s’évanouir définitivement. C’est le sens de ce que Pierre Michon indique dans sa préface aux « Vies minuscules » quand il cite Pascal. Le philosophe du « roseau pensant » dit à peu près les choses de cette façon : quand un être meurt, les proches sont « les gardiens du tombeau », et c’est ainsi que Michon, avec son talent particulier, conçoit son métier d’écrivain.

                  Dans cette ligne d’écriture, je citerais cette page extraite de la « nouvelle pour l’été » signalée hier et consacrée à un homme simple. Richard B. mon grand-père...

 

« Il n’y a plus personne au quatrième étage du 70, rue du XX° Corps Américain. Peut-être la cour, peut-être la cave, mais plus les marches en bois…

La porte immense du porche veille sur une épaisseur étanche d’époque ancienne. 

 

L’époque où l’on voyait ton élégante épouse laisser courir ses doigts sur la rampe et vos enfants et petits-enfants se précipiter dans l’escalier et le grimper quatre à quatre pour venir vous embrasser.

 

De la rue du XX° Corps Américain, si on lève la tête, même le samedi matin, entre 10 h 00 et midi, même en ce périmètre tiré au cordeau, plus de torse penché, plus de crâne chauve luisant dans la lumière !

 

« Qu’est-ce que je suis devenu vieux ! »…

Ainsi te plaignais-tu en voyant les photos des étés passés que je te montrais :

« Eric, ton grand père devient un vieux labris… (Tu dis ça en roulant les « r ») Eric, j’aimais les arbres, les fleurs, les pierres… Eric, je sais encore faire beaucoup de choses et le ciel est encore si beau en cette arrière-saison… »

 

Pépère, s’il te plaît, avec tes mains de maçon, reconstruis-moi l’escalier ! »

 

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Michon, Carrère et « l’écriture oblique » (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

              Pierre Michon et Emmanuel Carrère, deux des grands écrivains de notre époque se penchent avec intelligence sur l’écriture autobiographique qui caractérise assez largement la tendance de la littérature actuelle. Pour les aborder, je recommanderais les « Vies Minuscules » de Michon et « D’autres vies que la mienne » de Carrère. L’un et l’autre, au micro d’Alain Finkelkraut samedi dernier, confiaient qu’ils écrivaient sur les autres de façon « oblique ».

               C'est-à-dire qu’à travers cette démarche particulière de l’écrivain qui raconte la vie d’un autre, si simple et « minuscule » soit-il, l’écrivain entretient une relation profonde avec une part de soi-même. Et, plus essentiellement, avec une part de « l’humaine nature » et de l’humaine vérité ! C’est surtout cela qui intéresse le lecteur.

                Chapitre terrible dans « D’autres vies que la mienne » intitulée : « les deux Juliette ». Suite au fameux tsunami qui a frappé le Sri-Lanka, des parents voient disparaître sous les flots leur petite fille Juliette agée de sept ans. Le père demande alors à Carrère d’écrire là-dessus... Autre Juliette : sa belle-sœur, atteinte d’un cancer, quitte ce monde et laisse son mari dans la douleur. Quelle charge d’humanité y-a-t-il derrière cette masse de douleur ?

               Qu’on lise aussi cet extrait du quatrième de couverture de « Vies Minuscules » et on verra, plus légèrement, que l’auteur explore des vies qui ont, elles aussi beaucoup de choses à nous dire... « Huit vies. Huit noms, à peine écrits en titre des chapitres, déjà tombés en désuétude. Pierre Michon pénètre les vies de ses ancêtres, anodines, infimes, parcellaires : minuscules ».

                 Et cela me ramène à l’écriture de cette « vie minuscule » de mon grand-père que j’avais écrite dans « les Nouvelles pour l’été ». J’y reviens demain.


 

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Sus aux profs ! (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

               Combien de temps entendrons-nous ce discours sans doute exacerbé dans le contexte de la crise actuelle ? Y a-t-il vraiment besoin de jeter encore de l’huile sur le feu ou de laisser courir de telles braises ?

                Le sort des enseignants et du personnel éducatif devient-il à ce point enviable que la foule éprouve le besoin de jeter l’anathème ? Il faut le croire quand on lit de telles aberrations ! C’est sans doute que le cliché et le stéréotype s’imposent, davantage à la pensée indigente, comme le seul moyen de mordre.

               Car enfin, les profs méritent-ils un tel traitement ? Eux, valeureux adversaires de la Bêtise et de la Scatologie, bretteurs infatigables de la Pensée formatée, spadassins de la Paresse et autres formes multiples et endémiques du Vice ont-ils aussi besoin d’affronter constamment la Rue ?

               Que ceux-là qui les houspillent ou les provoquent (comme des chefs duellistes ou maitres-chiens armés de manches anti-morsures) viennent donc – ne serait-ce qu’une semaine -  rouler sur le tatami de l’Education.

               A partir de 17h00, puisque cette heure fait couler l’encre, je leur propose un oreiller de copies hérissées du couteau de l’Anerie et trempé dans le cauchemar du rocher de Sisiphe...

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Sus aux profs ! (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

             N’est-ce pas là un discours simpliste ? Nourri de rancœur et d’envie... N’a-t-il pas quelque chose à voir avec une vague nostalgie de farniente que tout homme garderait au fond de soi depuis qu’on l’a chassé du Paradis Terrestre ?

             A cela se mêlerait aussi la vague utopie de rester éternellement un enfant et de se laisser porter par l’Ecole. Et le prof serait celui-là, celui qui se planque sous les stalles comme le bon sacristain qui se berce de l’espoir du couvert en échange de ses prières et de ses benedicite !

             Il y a  aussi, dans ce discours de la rue, quelque chose qui relève de la « cancrerie ». Quand ils ont grandi, les détracteurs de l’Ecole se réunissent en bande iconoclastes et se mettent enfin à casser « les idoles ». Evidemment, ils n’ont plus sous la main les générations des maîtres qui les ont formés, alors ils s’en prennent aux descendants, suivant cette logique implacable du loup : « si ce n’est toi, c’est donc ton frère ! »...

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Sus aux profs ! (1/3)

Publié le par Eric Bertrand

             Parenthèse dans ce blog littéraire et orienté « création » pour montrer du doigt un extrait de l'éditorial du numéro de mars de « Côté Mômes »... Ce magazine était distribué à la caisse de boutiques pour enfants et grands enfants, à l’âme facilement malléable.

 

              « (...) L'éducation nationale, dans ses grandes largeurs, n'a pas de troupes à la hauteur de la bataille à mener. Elle compte des godillots à foison, mais quand ils défilent, c'est pour clamer haut et fort les excuses qu'ils se trouvent de ne pas pouvoir faire mieux.

              Concluons par un problème d'arithmétique. Sur 10 enseignants, quand vous aurez retranché ceux qui font ce métier pour être chez eux à 17H, ceux qui ont fini par ne plus pouvoir sentir les gosses, ceux qui ne les ont jamais aimés, ceux qui travaillent avec les mêmes fiches de préparation depuis quinze ans, ceux qui se sont arrêtés là parce qu'ils n'ont pas pu, ou pas su, épanouir sur le terrain de la recherche leur passion des maths, de la physique ou de l'histoire, ceux qui passent le tiers de leur temps à faire de leur classe un labo de citoyenneté pour futurs syndicalistes, combien en reste-t-il pour faire de leur classe un creuset d'enthousiasme et d'appétit de connaître ?

               Pendant que vous cherchez, les instituteurs font la grève du soutien scolaire en salle des maîtres et la réforme des lycées est remise aux calendes grecques."

 

             Je laisse le lecteur réfléchir à ces mots et j’y reviens demain et après-demain, pour apporter mon commentaire.

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