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Sus aux profs ! (1/3)

Publié le par Eric Bertrand

             Parenthèse dans ce blog littéraire et orienté « création » pour montrer du doigt un extrait de l'éditorial du numéro de mars de « Côté Mômes »... Ce magazine était distribué à la caisse de boutiques pour enfants et grands enfants, à l’âme facilement malléable.

 

              « (...) L'éducation nationale, dans ses grandes largeurs, n'a pas de troupes à la hauteur de la bataille à mener. Elle compte des godillots à foison, mais quand ils défilent, c'est pour clamer haut et fort les excuses qu'ils se trouvent de ne pas pouvoir faire mieux.

              Concluons par un problème d'arithmétique. Sur 10 enseignants, quand vous aurez retranché ceux qui font ce métier pour être chez eux à 17H, ceux qui ont fini par ne plus pouvoir sentir les gosses, ceux qui ne les ont jamais aimés, ceux qui travaillent avec les mêmes fiches de préparation depuis quinze ans, ceux qui se sont arrêtés là parce qu'ils n'ont pas pu, ou pas su, épanouir sur le terrain de la recherche leur passion des maths, de la physique ou de l'histoire, ceux qui passent le tiers de leur temps à faire de leur classe un labo de citoyenneté pour futurs syndicalistes, combien en reste-t-il pour faire de leur classe un creuset d'enthousiasme et d'appétit de connaître ?

               Pendant que vous cherchez, les instituteurs font la grève du soutien scolaire en salle des maîtres et la réforme des lycées est remise aux calendes grecques."

 

             Je laisse le lecteur réfléchir à ces mots et j’y reviens demain et après-demain, pour apporter mon commentaire.

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Proust : le bal des têtes (10)

Publié le par Eric Bertrand

            Comme disait l’amusante publicité : « c’est le scotch qui a vieilli ! »... Continuons ce catalogue d’images extraites du Temps retrouvé.

 

  « Car beaucoup de ces gens, on les identifiait immédiatement, mais comme d'assez mauvais portraits d'eux-mêmes réunis dans l'exposition où un artiste inexact et malveillant durcit les traits de l'un, enlève la fraîcheur du teint ou la légèreté de la taille à celle-ci, assombrit le regard (...)

               Comme souvent on trouve moins bonne et on refuse une des photographies entre lesquelles un ami vous a prié de choisir, à chaque personne et devant l'image qu'elle me montrait d'elle-même j'aurais voulu dire : "Non, pas celle-ci, vous êtes moins bien, ce n'est pas vous." Je n'aurais pas osé ajouter : "Au lieu de votre beau nez droit on vous a fait le nez crochu de votre père que je ne vous ai jamais connu."

              Et en effet c'était un nez nouveau et familial. Bref l'artiste, le Temps, avait "rendu" tous ces modèles de telle façon qu'ils étaient reconnaissables. Mais ils n'étaient pas ressemblants, non parce qu'il les avait flattés mais parce qu'il les avait vieillis. Cet artiste-là du reste travaille fort lentement. Ainsi cette réplique du visage d'Odette, dont, le jour où j'avais pour la première fois vu Bergotte, j'avais aperçu l'esquisse à peine ébauchée dans le visage de Gilberte, le temps l'avait enfin poussée jusqu'à la plus parfaite ressemblance, pareil à ces peintres qui gardent longtemps une oeuvre et la complètent année par année (...) »

              

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Johnny on the road again...

Publié le par Eric Bertrand

           J’aime les chanteurs populaires, Julien Clerc, Souchon, Johnny Halliday. Je m’exprimais il y a quelques jours à propos des « plus belles chansons de Julien Clerc ». Si on faisait la même chose avec Johnny ?

           Je rappelle que « le Tennessee club » a été fortement motivé par la belle chanson de Michel Berger « Quelque chose de Tennessee » que je placerais sans hésiter en première position...

           Evidemment, il y a chez lui un côté kitch, motos et bottes rutilantes, chapeau de cow-boy et franges à la veste, goût systématique du sensationnel, mais en même temps cette voix et ce trémolo qui convient si bien à l’imaginaire de la route et à ces horizons qu’on retrouve facilement dans la majorité de ses clips, « Cadillac », « Elle m’oublie », « J’ai oublié de vivre », « Johnny Rider » et « Il neige sur Nashville », autant de titres parmi tant d’autres qui me ramènent à « la Route, la Poussière »...

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Bouffons et bouffonneries

Publié le par Eric Bertrand

           Le terme est à la mode et circule de manière inattendue dans les couloirs des établissements. Les élèves se traitent respectivement de « bouffon » ou utilisent cette désignation pour montrer du doigt quelqu’un dont l’attitude est ridicule et grotesque.

           Ceux qui ont suivi mes pièces savent que la figure du bouffon est très représentée dans chacune d’elles. Peut-être parce que, en bon lecteur de Shakespeare, j’ai toujours considéré avec intérêt ce personnage qui, en même temps qu’il assure le rire et la fantaisie, libère un autre champ de réflexion. Il est « Fou raisonnable » à la façon du Pierre de Touche de « Comme il vous plaîra ».

           Le fou est représenté d’une certaine manière dans ma dernière production. Mais ce n’est pas de ce bouffon là que je voudrais parler ce matin.

           Il s’agit des bouffons acteurs qu’il faut supporter dans la mise en scène du spectacle (dont la date approche dangereusement), de ces agités qui n’écoutent rien, passent le temps de la répétition à glapir, minauder, se cacher sous les tables, s’envoyer des insultes, enfiler la veste ou les lunettes d’un voisin, demander des chewing-gum et rire au nez du metteur en scène qui leur demande seulement de mieux placer la voix et le corps lorsqu’enfin ils jouent pour de bon.

            Car la plupart du temps, ils sont, sur la scène, de pitoyables bouffons dont Yorrick ne saurait que dire. Le pauvre, il doit se retourner dans sa tombe !

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Proust : le bal des têtes (9)

Publié le par Eric Bertrand

Traverser le temps est affaire de chrysalide... L’image est de Proust et est intéressante comme le révèle l’extrait suivant... où l’on voit une fois de plus que la narration chez Proust est surtout l’occasion d’une méditation sur le Temps et l’humanité (et on comprend mieux pourquoi cet auteur figurait il y a une cinquantaine d’années dans les programmes officiels de philo...

 

                 « (...) Quand M. de Cambremer eut fini ses questions sur mes étouffements, ce fut mon tour de m'informer tout bas auprès de quelqu'un si la mère du marquis vivait encore. En effet dans l'appréciation du temps écoulé, il n'y a que le premier pas qui coûte. On éprouve d'abord beaucoup de peine à se figurer que tant de temps ait passé et ensuite qu'il n'en ait pas passé davantage. On n'avait jamais songé que le XIIIe siècle fût si loin, et après on a peine à croire qu'il puisse subsister encore des églises du XIIIe siècle, lesquelles pourtant sont innombrables en France.

                      (...) Chez d'autres, dont le visage était intact, ils semblaient seulement embarrassés quand ils avaient à marcher ; on croyait d'abord qu'ils avaient mal aux jambes - et ce n'est qu'ensuite qu'on comprenait que la vieillesse leur avait attaché ses semelles de plomb.

                      Elle en embellissait d'autres, comme le prince d'Agrigente. A cet homme long, mince, au regard terne, aux cheveux qui semblaient devoir rester éternellement rougeâtres, avait succédé, par une métamorphose analogue à celle des insectes, un vieillard chez qui les cheveux rouges, trop longtemps vus, avaient été, comme un tapis de table qui a trop servi, remplacés par des cheveux blancs. Sa poitrine avait pris une corpulence inconnue, robuste, presque guerrière, et qui avait dû nécessiter un véritable éclatement de la frêle chrysalide que j'avais connue, une gravité consciente d'elle-même baignait les yeux, où elle était teintée d'une bienveillance nouvelle qui s'inclinait vers chacun. Et comme malgré tout une certaine ressemblance subsistait entre le puissant prince actuel et le portrait que gardait mon souvenir, j'admirais la force de renouvellement original du temps qui tout en respectant l'unité de l'être et les lois de la vie sait changer ainsi le décor et introduire de hardis contrastes dans deux aspects successifs d'un même personnage. »

 

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