Parler pour ne rien dire ou pour ne pas se taire, par peur du silence.
Telle est un peu la logique absurde qui dirige les échanges dans une pièce comme « la Cantatrice chauve » dont je me suis un peu servi pour
laisser s’exprimer certains personnages du « Loft History 2084 ».
Faire émerger des mots
qui sont les répliques d’un guide d’apprentissage de la langue. Ionesco a eu cette géniale intuition du langage creux et il l’a cultivée avec ce
regard particulier de l’étranger qui s’amuse avec le français et les différentes ressources qu’il lui offre.
L’Irlandais Beckett et le
Roumain Ionesco excellent dans ce domaine et excellent aussi dans l’art de faire apparaître sous le véhicule de la langue, le ridicule de certaines
situations...
Deux articles sur « la Cantatrice chauve », pièce
jubilatoire à laquelle il m’arrive souvent de penser pour des raisons variées. Il y a une scène emblématique que j’ai repris autrement dans mon Loft : celle des retrouvailles du couple Martin... L’époux et l’épouse, après s’être longtemps extasiés sur les nombreuses « coïncidences » qui les rapprochent,
découvrent finalement qu’ils habitent la même rue, le même appaterment, la même chambre, le même lit et qu’ils sont mari et femme.
La mise en scène de Jean-Luc Lagarce indique justement que toute cette scène doit être jouée sur le mode de la montée d’un désir irrésistible des deux
êtres l’un pour l’autre. Au fur et à mesure qu’ils se répètent le fameux « comme c’est curieux, et quelle coïncidence ! » (le phrasé n’est jamais très varié dans la pièce !),
ils manifestent une attirance de plus en plus visible et les mots les grisent... "Et le désir s'accroit quand les faits se reculent" pour reprendre le bon mot de Corneille !
Jusqu’à la chute finale qui les dégrise... Et à ce moment ils se tournent le dos, « Je t’ai retrouvé darling ! » retrouvant alors la déception
de la banalité ! Le bonheur du couple serait-il hors du foyer conjugal et dans l’étourdissement de l’aliénation ? C’est ce que semble
indiquer Ionesco !
L’expérience de création pédagogique de cette année se prolonge autrement. J’ai reçu en fin de semaine une demande de la part de la revue « les Cahiers
pédagogiques », revue bien connue dans le monde de l’éducation. On me demande de renvoyer un « bon à tirer » pour les deux articles que
j’avais proposés antérieurement au sujet de Simenon et au sujet du théâtre.
Dans les faits, l’article sur Simenon est d’ores et déjà prêt et corrigé. Il me
reste cependant à proposer une synthèse pour le théâtre afin de montrer de quelle façon j’ai menée l’expérience du collège au lycée. Je me donne vingt
quatre heures pour en terminer car j’ai l’impression d’un air de déjà vu : le lecteur se souvient que j’ai déjà rédigé un article à ce sujet pour le
CRDP d’Amiens (affaire en cours).
C’est en tout cas intéressant de boucler
l’expérience de cette façon et c’est aussi une satisfaction à partager avec tous les collègues qui ont participé au projet.
Entre deux articles, un petit
point sur la « genèse » de mon prochain ouvrage. Depuis plusieurs années, je constate que la meilleure période pour l’écriture et la
réalisation de mes ouvrages se concentre sur les mois d’été. Cela se comprend aisément quand on considère l’activité qu’il faut déployer le reste de
l’année notamment en présence des élèves.
Je rassure les lecteurs impatients, mon projet continue de
prendre forme et je l’ai somme toute assez bien avancé dans des « périodes dérobées ». J’ai relu, modifié, arrangé les deux premières
parties et suis en train de rédiger la dernière.
Il reste néanmoins que j’ai besoin de concentration et d’une
meilleure application au jour le jour. Depuis cette semaine, je perçois les effets du « relâchement » de fin d’année : fin du
spectacle, finalisation des derniers contenus, approche des derniers conseils de classe et des dernières corrections, bref, autant d’éléments à
fructifier pour avancer avant la période creuse et intensément productive de juillet-août ! Quelque lieu secret, retiré du monde, m’attend ! Alceste, me voilà !
Cette série d’articles sur Nantes s’achève
provisoirement en même temps que la lecture de la Forme d’une ville. Je poursuis néanmoins ma lecture de
la biographie consacrée à Graslin et cela occasionnera peut-être une autre série de réflexions. Le lecteur l’a compris, Nantes est une ville qui m’intéresse. Je lui ai consacré deux nouvelles
qu’on retrouve dans Nouvelles pour l’été (« le Pavillon des Fleurs ») et dans Chaussée de la
madeleine de Proust (« Pierrot et Colombine »).
Un événement (de la veine de ceux qui sont susceptibles de se dérouler dans
cette ville « surprenante » célébrée par le poète surréaliste) a lieu en ce moment tout le week-end, hélas je ne peux m’y rendre mais je
vous conseille une petite visite sur le site suivant… http://www.nantes.fr/
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/