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Le choix des prénoms dans un livre

Publié le par Eric Bertrand

                En comparaison à l’organisation du récit et au travail de l’écriture, le choix des noms des personnages d’un récit paraît un peu dérisoire. Il a cependant, le moment venu, son importance. Etant donné que dans mon récit, le personnage principal est un narrateur (qui dit « Je » et qui n’est, rappelons-le bien évidemment pas l’auteur !) le problème ne s’était pas vraiment posé et j’avais, à chaque fois qu’il était question d’un autre, utilisé des prénoms transitoires que j’ai dû fixer ces derniers jours.

               Le second personnage principal est une jeune fille dont est amoureux le narrateur : cette collégienne n’est pas particulièrement sympathique et il me fallait lui choisir un prénom « neutre » qui ne donne pas l’idée à l’une de mes élèves (amenée l’an prochain à lire le livre) de se projeter dans le personnage !

               J’ai donc établi une liste mentale, et ai demandé à ma fille qui passe en troisième de me donner son point de vue. Finalement, nous nous sommes entendus sur « Zoé ». Prénom d’un personnage que l’on a croisé dans l’une de mes nouvelles : « Pierrot et Colombine ».


 

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Proust : le bal des têtes (19)

Publié le par Eric Bertrand

              « De la mécanique sur du vivant » comme le dit Bergson !


              Je retrouvai là un de mes anciens camarades que, pendant dix ans, j'avais vu presque tous les jours. On demanda à nous représenter. J'allai donc à lui et il me dit d'une voix que je reconnus très bien : "C'est une bien grande joie pour moi après tant d'années." Mais quelle surprise pour moi ! Cette voix semblait émise par un phonographe perfectionné, car si c'était celle de mon ami, elle sortait d'un gros bonhomme grisonnant que je ne connaissais pas, et dès lors il me semblait que ce ne pût être qu'artificiellement, par un truc de mécanique, qu'on avait logé la voix de mon camarade sous ce gros vieillard quelconque.     Pourtant je savais que c'était lui : la personne qui nous avait présentés après si longtemps l'un à l'autre n'avait rien d'un mystificateur.

                Lui-même me déclara que je n'avais pas changé, et je compris qu'il ne se croyait pas changé. Alors je le regardai mieux. Et en somme sauf qu'il avait tellement grossi il avait gardé bien des choses d'autrefois. Pourtant je ne pouvais comprendre que ce fût lui. Alors j'essayai de me rappeler. Il avait dans sa jeunesse des yeux bleus, toujours riants, perpétuellement mobiles, en quête évidemment de quelque chose à quoi je n'avais pensé et qui devait être fort désintéressé, la Vérité sans doute, poursuivie en perpétuelle incertitude, avec une sorte de gaminerie, de respect errant pour tous les amis de sa famille.

                Or devenu homme politique influent, capable, despotique, ces yeux bleus qui d'ailleurs n'avaient pas trouvé ce qu'ils cherchaient, s'étaient immobilisés, ce qui leur donnait un regard pointu, comme sous un sourcil froncé. Aussi l'expression de gaieté, d'abandon, d'innocence s'était-elle changée en une expression de ruse et de dissimulation. Décidément, il me semblait que c'était quelqu'un d'autre, quand tout d'un coup j'entendis, à une chose que je disais, son rire, son fou rire d'autrefois, celui qui allait avec la perpétuelle mobilité gaie du regard ».

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Des blocs congelés !

Publié le par Eric Bertrand

             Avec le recul du temps et le travail effectué en aval, la relecture de l’œuvre que je suis en train d’écrire s’avère à chaque fois un vaste chantier en restructuration.

            Depuis que j’ai remis le nez dans les premières pages, j’ai l’impression de me trouver en face de véritables « blocs de glace » dont il faut faire fondre la première couche pour en rendre la matière perméable à l’ensemble.

            Pour cette raison, je progresse à tout petits pas et l’été arrive à point nommé pour mener ce travail de « refonte » dans tous les sens du terme !


 

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L'article du mois

Publié le par Eric Bertrand

            Depuis quelques jours, les martinets sont en liesse dans les rues du centre-ville et le soleil déjà lourd échauffe l’atmosphère dans le matin. J’aime les cris des martinets, ils me ramènent aux rues de Lyon à l’époque où mon frère et moi finissions l’année scolaire dans notre chambre d’étudiant. Le martinet est un oiseau qu’on n’entend qu’en ville, dans les soirs chauds d’été.

           Et pendant ce temps-là, dans la campagne, le long des sentiers, les blés ont déjà pris la blondeur d’été et leur tête incline sous le vent en meme temps que j’écrase les pédales du VTT. Le bruit fin du dérailleur et le chant de la chaîne accompagnent la mélodie de juin. C’est la fin d’une période de travail intense. Le temps du Pélican qui, selon le mythe, n’a plus rien dans le ventre ou le foie pour nourrir ses enfants.

           Dans le feu de l’été, Prométhée panse ses blessures et se refait un foie tout neuf, en se disant que l’été est bien long avant qu’il ne remonte en haut du Caucase et que les coups de pédale, les foulées sur le sentier, les bains de mer finiront bien par reconstituer « le stock » à donner en pâture à la rentrée prochaine, à de petits aigles qu’il trouve de moins en moins affamés !

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Marins casaniers ?

Publié le par Eric Bertrand

              C’est ce beau paradoxe qu’explique l’écrivain Conrad dont je suis en train de lire le majestueux Au cœur des Ténèbres.

              En effet, pour un marin, pas d’autre « terre » que le plancher du bateau et cette maison flottante qui lui fait aimer ses pantoufles et qui le laisse parcourir un territoire toujours recommencé : la mer !

              A moins que le marin ne concilie en même temps le goût de la terre et qu’il laisse son bateau accroché derrière lui !  

 

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