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Proust : le bal des têtes (15)

Publié le par Eric Bertrand

Quand le Temps distribue ses « médailles » et ses décorations à ceux qu’il a élus...


             « Certaines figures sous la cagoule de leurs cheveux blancs avaient déjà la rigidité, les paupières scellées de ceux qui vont mourir ; et leurs lèvres, agitées d'un tremblement perpétuel, semblaient marmonner la prière des agonisants. A un visage linéairement le même il suffisait, pour qu'il semblât autre, de cheveux blancs au lieu de cheveux noirs ou blonds. Les costumiers de théâtre savent qu'il suffit d'une perruque poudrée pour déguiser très suffisamment quelqu'un et le rendre méconnaissable.

              Le jeune comte de... que j'avais vu dans la loge de Mme de Cambremer, alors lieutenant, le jour où Mme de Guermantes était dans la baignoire de sa cousine, avait toujours ses traits aussi parfaitement réguliers ; plus même, la rigidité physiologique de l'artério-sclérose exagérant encore la rectitude impassible de la physionomie du dandy, et donnant à ces traits l'intense netteté presque grimaçante à force d'immobilité qu'ils auraient eue dans une étude de Mantegna ou de Michel-Ange.

               Son teint jadis d'une rougeur égrillarde était maintenant d'une solennelle pâleur ; des poils argentés, un léger embonpoint, une noblesse de doge, une fatigue qui allait jusqu'à l'envie de dormir, tout concourait chez lui à donner l'impression nouvelle et prophétique de la majesté fatale. Substitué au rectangle de sa barbe blonde, le rectangle égal de sa barbe blanche le transformait si parfaitement que, remarquant que ce sous-lieutenant que j'avais connu avait cinq galons, ma première pensée fut de le féliciter non d'avoir été promu colonel mais d'être si bien en colonel, déguisement pour lequel il semblait avoir emprunté l'uniforme, l'air grave et triste de l'officier supérieur qu'avait été son père. »

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Proust : le bal des têtes (14)

Publié le par Eric Bertrand

                 J’avais noté la référence à Proust dans le texte de Rolin, ce passage est particulièrement explicite... Je rappelle que Rolin imagine les funérailles du Ché si celui-ci avati vieilli en même temps que ses jeunesVestales...


                « Certains hommes boitaient : on sentait bien que ce n'était pas par suite d'un accident de voiture, mais à cause d'une première attaque et parce qu'ils avaient déjà, comme on dit, un pied dans la tombe. Dans l'entrebâillement de la leur, à demi paralysées, certaines femmes semblaient ne pas pouvoir retirer complètement leur robe restée accrochée à la pierre du caveau, et elles ne pouvaient se redresser, infléchies qu'elles étaient, la tête basse, en une courbe qui était comme celle qu'elles occupaient actuellement entre la vie et la mort, avant la chute dernière. Rien ne pouvait lutter contre le mouvement de cette parabole qui les emportait et, dès qu'elles voulaient se lever, elles tremblaient et leurs doigts ne pouvaient rien retenir.
                  Chez certains même les cheveux n'avaient pas blanchi. Ainsi je reconnus quand il vint dire un mot à son maître le vieux valet de chambre du prince de Guermantes. Les poils bourrus qui hérissaient ses joues tout autant que son crâne étaient restés d'un roux tirant sur le rose et on ne pouvait le soupçonner de se teindre comme la duchesse de Guermantes. Mais il n'en paraissait pas moins vieux. On sentait seulement qu'il existe chez les hommes, comme dans le règne végétal les mousses, les lichens et tant d'autres, des espèces qui ne changent pas à l'approche de l'hiver. »


 

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Proust : le bal des têtes (13)

Publié le par Eric Bertrand

Epreuve du temps soulignée par le rapprochement avec l’océan... et la géométrie ! Il fallait y penser !

 

             « Mais d'autre part, l’aspect nouveau de Mme d’Arpajon ne m'était pas inconnu. C'était celui que j'avais souvent vu au cours de ma vie à des femmes âgées et fortes, mais sans soupçonner alors qu'elles avaient pu, beaucoup d'années avant, ressembler à Mme d'Arpajon. Cet aspect était si différent de celui que j'avais connu à la marquise qu'on eût dit qu'elle était un être condamné, comme un personnage de féerie, à apparaître d'abord en jeune fille, puis en épaisse matrone, et qui reviendrait sans doute bientôt en vieille branlante et courbée. Elle semblait, comme une lourde nageuse qui ne voit plus le rivage qu'à une grande distance, repousser avec peine les flots du temps qui la submergeaient.

               Peu à peu pourtant, à force de regarder sa figure hésitante, incertaine comme une mémoire infidèle qui ne peut plus retenir les formes d'autrefois, j'arrivai à en retrouver quelque chose en me livrant au petit jeu d'éliminer les carrés, les hexagones que l'âge avait ajoutés à ses joues. D'ailleurs, ce qu'il mêlait à celles des femmes n'était pas toujours seulement des figures géométriques. Dans les joues restées si semblables pourtant de la duchesse de Guermantes et pourtant composites maintenant comme un nougat, je distinguai une trace de vert-de-gris, un petit morceau rose de coquillage concassé ; une grosseur difficile à définir, plus petite qu'une boule de gui et moins transparente qu'une perle de verre (...) »

 

 

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Le point final à l’œuvre méditée depuis deux ans !

Publié le par Eric Bertrand

                 J’ai beaucoup travaillé ces derniers temps et je puis dire que j’arrive enfin au tournant attendu : j’ai mis le point final à « l’Organisme ». Non que le livre soit prêt à l’envoi et, partant, à l’impression !... Loin de là ! Mais je parle de « tournant » car l’expérience prouve que ce moment est déterminant.

                 Il me permet notamment de retravailler en amont et de corriger certains points narratifs en fonction de la logique du dénouement. J’ai aussi quelques nouvelles idées à intégrer, et la fiction que « j’enrobe » me permet de les intégrer.

                 L’été arrive à point pour assurer ce travail de fignolage et garantir la finalisation de l’ouvrage pour le mois de septembre, toujours chez le même éditeur.


 

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Proust : le bal des têtes (12)

Publié le par Eric Bertrand

             Pour un retour à proust, cette réflexion sur l’écorce humaine. Dans le fond, comme dans les Fables de La Fontaine où l’animal n’est qu’un masque du vice, dans le texte de proust, cette pâte qu’ajoute la vieillesse n’est aussi qu’un « cache-misère » !

 

             « En plusieurs, je finissais par reconnaître, non seulement eux-mêmes, mais eux tels qu'ils étaient autrefois, et par exemple Ski pas plus modifié qu'une fleur ou un fruit qui a séché. Il était un essai informe confirmant mes théories sur l'art (...)            

             D'autres n'étaient nullement des amateurs, étant des gens du monde. Mais eux aussi, la vieillesse ne les avait pas mûris et même s'il s'entourait d'un premier cercle de rides et d'un arc de cheveux blancs, leur même visage poupin gardait l'enjouement de la dix-huitième année. Ils n'étaient pas des vieillards, mais des jeunes gens de dix-huit ans extrêmement fanés. Peu de chose eût suffi à effacer ces flétrissures de la vie, et la mort n'aurait pas plus de peine à rendre au visage sa jeunesse qu'il n'en faut pour nettoyer un portrait que seul un peu d'encrassement empêche de briller comme autrefois.

            Aussi je pensais à l'illusion dont nous sommes dupes quand, entendant parler d'un célèbre vieillard, nous nous fions d'avance à sa bonté, à sa justice, à sa douceur d'âme ; car je sentais qu'ils avaient été quarante ans plus tôt de terribles jeunes gens dont il n'y avait aucune raison pour supposer qu'ils n'avaient pas gardé la vanité, la duplicité, la morgue et les ruses.
            Ceux-là, en vieillissant, semblaient avoir une personnalité différente, comme ces arbres dont l'automne en variant leurs couleurs semble changer l'essence (...)"

 

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