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Ouverture au public à Girnigoe ?

Publié le par Eric Bertrand

              Quelques nouvelles de « mon château » Sinclair and Girnigoe. Le lecteur du Ceilidh sait de quoi je veux parler ! L’été dernier, on le sait aussi, a été l’occasion de resserrer les liens avec la personne qui a la charge des travaux en cours au château... Je mets ici les indications qu’il vient de m’envoyer au sujet de l’évolution du site...

              Work has been going well at the castle, most of the rooms in the outer bailey (castle Sinclair) have been exposed and approx 1300 Ton of rubble has been removed exposing all the main building features. The archaeologists are here at the moment finishing off the main clearance ready for reopening one section to the public in August (fingers crossed).

 

              Sans doute un site exceptionnel livré au public mais en même temps la fin d’une époque exceptionnelle, où le marcheur grimpait à la corde en haut du bâtiment et laissait son imagination rejoindre les vieux spectres !


 


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De Shakespeare à Michael Jackson, « Poor Yorrick and moon walk»

Publié le par Eric Bertrand

         Mécanique irrésistible. Irrépressible danse de saint Guy. Ficelles articulées d’un danseur qui semblait désarticuler le plus élégant pantin... Quand Michael dansait, il effleurait le sable des dieux et taquinait l’éternité. Il a pourtant dégringolé.

          A la nouvelle de sa mort, j’ai pensé immédiatement à ce passage de « Hamlet » où le personnage se souvient de son facétieux compagnon de jeux, Yorrick.   

 

« (...) Où sont tes plaisanteries maintenant ? Tes escapades ? Tes chansons et ces éclairs de gaîté qui déchénaient les rires à table ? Quoi, plus un mot à présent pour te moquer de tes mines ? Va maintenant trouver madame dans sa chambre et dis-lui qu’elle a beau se mettre un pouce de fard, il faudra qu’elle arrive à cette fin là ! Fais la rire avec ça ! »

Hamlet, acte 5, scène 1

 

             Dans les années 80, début du phénomène Michael Jackson, et, au fond de quelque grenier, mon frère et moi « adaptions » avec enthousiasme les scènes d’Hamlet qui nous fascinaient. Nous tentions aussi de piteuses mises en scène engoncés dans des costumes de fortune... Les passants apercevaient sans doute de terrifiants « thrillers », découpés dans la lucarne.

 

Darkness falls across the land
The midnite hour is close at hand
Creatures crawl in search of blood
To terrorize yawls neighbourhood

 

               Assassinat de Claudius, apparition du fantôme, visite de Hamlet au cimetière et méditation devant le crâne de Yorrick.

               Et pendant ce temps là, dans la chaleur de l’été, notre sœur au salon s’essayait aux saisissantes chorégraphies du virtuose danseur. Au point que les deux frères, « Jackson  two », échauffés par les poussières du grenier et les paillettes des costumes, piquaient une pointe « moon walking » en poussant de petits cris de gobelins ! Midsummer night dream !

 

 

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Proust : le bal des têtes (18)

Publié le par Eric Bertrand

De la mère à la fille. Des ressemblances inattendues !

                

                  « Pour les vieillards dont les traits avaient changé, ils tâchaient pourtant de garder fixée sur eux à l'état permanent, une de ces expressions fugitives qu'on prend pour une seconde de pose et avec lesquelles on essaye, soit de tirer parti d'un avantage extérieur, soit de pallier un défaut ; ils avaient l'air d'être définitivement devenus d'immutables instantanés d'eux-mêmes.
                 Tous ces gens avaient mis tant de temps à revêtir leur déguisement que celui-ci passait généralement inaperçu de ceux qui vivaient avec eux. Même un délai leur était souvent concédé où ils pouvaient continuer assez tard à rester eux-mêmes. Mais alors le déguisement prorogé se faisait plus rapidement ; de toute façon il était inévitable.

                  Je n'avais jamais trouvé aucune ressemblance entre Mme X. et sa mère que je n'avais connue que vieille, ayant l'air d'un petit Turc tout tassé. Et en effet j'avais toujours connu Mme X. charmante et droite et pendant très longtemps elle l'était restée, pendant trop longtemps, car, comme une personne qui, avant que la nuit n'arrive, a essayé de ne pas oublier de revêtir son déguisement de Turque, elle s'était mise en retard, et aussi était-ce précipitamment, presque tout d'un coup, qu'elle s'était tassée et avait reproduit avec fidélité l'aspect de vieille Turque revêtu jadis par sa mère. »

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Proust : le bal des têtes (17)

Publié le par Eric Bertrand

                 Dans la suite immédiate de la réflexion sur « la blonde valseuse », continuons la pirouette...

 

                 « On avait peine à réunir les deux aspects, à penser les deux personnes sous une même dénomination ; car de même qu'on a peine à penser qu'un mort fut vivant, ou que celui qui était vivant est mort aujourd'hui, il est presque aussi difficile, et du même genre de difficulté (car l'anéantissement de la jeunesse, la destruction d'une personne pleine de forces et de légèreté est déjà un premier néant), de concevoir que celle qui fut jeune est vieille, quand l'aspect de cette vieille, juxtaposé à celui de la jeune, semble tellement l'exclure que tour à tour c'est la vieille, puis la jeune, puis la vieille encore qui vous paraissent un rêve, et qu'on ne croirait pas que ceci peut avoir jamais été cela, que la matière de cela est elle-même, sans se réfugier ailleurs, grâce aux savantes manipulations du temps, devenue ceci, que c'est la même matière n'ayant pas quitté le même corps - si l'on n'avait l'indice du nom pareil et le témoignage affirmatif des amis ; auquel donne seule une apparence de vraisemblance la rose, étroite jadis entre l'or des épis, étalée maintenant sous la neige. Comme pour la neige d'ailleurs, le degré de blancheur des cheveux semblait en général comme un signe de la profondeur du temps vécu, comme ces sommets montagneux qui, même apparaissant aux yeux sur la même ligne que d'autres, révèlent pourtant le niveau de leur altitude au degré de leur neigeuse blancheur.

                     Et ce n'était pourtant pas exact de tous, surtout pour les femmes. Ainsi les mèches de la princesse de Guermantes, qui quand elles étaient grises et brillantes comme de la soie semblaient d'argent autour, de son front bombé, ayant pris à force de devenir blanches une matité de laine et d'étoupe, semblaient au contraire à cause de cela être grises comme une neige salie qui a perdu son éclat. Et souvent ces blondes danseuses ne s'étaient pas seulement annexé, avec une perruque de cheveux blancs, l'amitié de duchesses qu'elles ne connaissaient pas autrefois. Mais, n'ayant fait jadis que danser, l'art les avait touchées comme la grâce."


 

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Proust : le bal des têtes (16)

Publié le par Eric Bertrand

             Qu’est devenue « la blonde valseuse » ? Cela rappelle un conte de Maupassant dans la même veine cynique : « Adieu »

 

             « Chez un autre, la barbe blanche substituée à la barbe blonde, comme le visage était resté vif, souriant et jeune, le faisait paraître seulement plus rouge et plus militant, augmentait l'éclat des yeux, et donnait au mondain resté jeune l'air inspiré d'un prophète.

              La transformation que les cheveux blancs et d'autres éléments encore avaient opérée surtout chez les femmes m'eût retenu avec moins de force si elle n'avait été qu'un changement de couleur, ce qui peut charmer les yeux, mais, ce qui est troublant pour l'esprit, un changement de personnes (...)

               Car ces changements, je savais ce qu'ils voulaient dire, ce à quoi ils préludaient. Aussi cette blancheur des cheveux impressionnait chez les femmes, jointe à tant d'autres changements. On me disait un nom et je restais stupéfait de penser qu'il s'appliquait à la fois à la blonde valseuse que j'avais connue autrefois et à la lourde dame à cheveux blancs qui passait pesamment près de moi.

                Avec une certaine roseur de teint ce nom était peut-être la seule chose qu'il y avait de commun entre ces deux femmes, plus différentes - celle de ma mémoire et celle de la matinée Guermantes - qu'une ingénue et une douairière de pièce de théâtre. Pour que la vie ait pu arriver à donner à la valseuse ce corps énorme, pour qu'elle eût pu alentir comme au métronome ses mouvements embarrassés, pour qu'avec peut-être comme seule parcelle commune, les joues, plus larges certes, mais qui dès la jeunesse étaient couperosées, elle eût pu substituer à la légère blonde ce vieux maréchal ventripotent, il lui avait fallu accomplir plus de dévastations et de reconstructions que pour mettre un dème à la place d'une flèche, et quand on pensait qu'un pareil travail s'était opéré non sur de la matière inerte mais sur une chair qui ne change qu'insensiblement, le contraste bouleversant entre l'apparition présente et l'être que je me rappelais reculait celui-ci dans un passé plus que lointain, presque invraisemblable (...) »


 

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