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Proust : le bal des têtes (12)

Publié le par Eric Bertrand

             Pour un retour à proust, cette réflexion sur l’écorce humaine. Dans le fond, comme dans les Fables de La Fontaine où l’animal n’est qu’un masque du vice, dans le texte de proust, cette pâte qu’ajoute la vieillesse n’est aussi qu’un « cache-misère » !

 

             « En plusieurs, je finissais par reconnaître, non seulement eux-mêmes, mais eux tels qu'ils étaient autrefois, et par exemple Ski pas plus modifié qu'une fleur ou un fruit qui a séché. Il était un essai informe confirmant mes théories sur l'art (...)            

             D'autres n'étaient nullement des amateurs, étant des gens du monde. Mais eux aussi, la vieillesse ne les avait pas mûris et même s'il s'entourait d'un premier cercle de rides et d'un arc de cheveux blancs, leur même visage poupin gardait l'enjouement de la dix-huitième année. Ils n'étaient pas des vieillards, mais des jeunes gens de dix-huit ans extrêmement fanés. Peu de chose eût suffi à effacer ces flétrissures de la vie, et la mort n'aurait pas plus de peine à rendre au visage sa jeunesse qu'il n'en faut pour nettoyer un portrait que seul un peu d'encrassement empêche de briller comme autrefois.

            Aussi je pensais à l'illusion dont nous sommes dupes quand, entendant parler d'un célèbre vieillard, nous nous fions d'avance à sa bonté, à sa justice, à sa douceur d'âme ; car je sentais qu'ils avaient été quarante ans plus tôt de terribles jeunes gens dont il n'y avait aucune raison pour supposer qu'ils n'avaient pas gardé la vanité, la duplicité, la morgue et les ruses.
            Ceux-là, en vieillissant, semblaient avoir une personnalité différente, comme ces arbres dont l'automne en variant leurs couleurs semble changer l'essence (...)"

 

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Martinets et pélican

Publié le par Eric Bertrand

          Depuis quelques jours, les martinets sont en liesse dans les rues du centre-ville et le soleil déjà lourd échauffe l’atmosphère dans le matin. J’aime les cris des martinets, ils me ramènent aux rues de Lyon à l’époque où mon frère et moi finissions l’année scolaire dans notre chambre d’étudiant. Le martinet est un oiseau qu’on n’entend qu’en ville, dans les soirs chauds d’été.

           Et pendant ce temps-là, dans la campagne, le long des sentiers, les blés ont déjà pris la blondeur d’été et leur tête incline sous le vent en meme temps que j’écrase les pédales du VTT. Le bruit fin du dérailleur et le chant de la chaîne accompagnent la mélodie de juin. C’est la fin d’une période de travail intense. Le temps du Pélican qui, selon le mythe, n’a plus rien dans le ventre ou le foie pour nourrir ses enfants.

           Dans le feu de l’été, Prométhée panse ses blessures et se refait un foie tout neuf, en se disant que l’été est bien long avant qu’il ne remonte en haut du Caucase et que les coups de pédale, les foulées sur le sentier, les bains de mer finiront bien par reconstituer « le stock » à donner en pâture à la rentrée prochaine, à de petits aigles qu’il trouve de moins en moins affamés !


 


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Souvenirs d’Angleterre (période du 8 au 13 juin)

Publié le par Eric Bertrand

Réalisé à partir des impressions des élèves de la classe de 4°F

 

             Vivement l’Angleterre !

             J’y suis déjà ! London, Chelsea, Portsmouth, Hasting, Brighton, Saint Leonard, Greenwich...

             Foulé la pierre du pavillon royal, foulé le marbre du musée de la reine et du musée des sciences interactives, l’herbe de Trafalgar Square et l’herbe de Hyde Park. J’ai glissé sur la Tamise et sur le miroir de mes ambitions.

             J’ai vu tant de gens étonnants : j’ai vu une fille qui jouait du piano, j’ai vu une petite peste de cinq ans qui savait qu’on ne comprenait pas tout et qui en profitait bien, j’ai vu deux étudiantes australiennes, j’ai vu beaucoup de Chinois, et presque autant de Japonais. J’ai vu des écoliers en uniforme, et des Anglais blonds et pâles, j’ai vu beaucoup d’Anglais blonds et pâles. Les Anglais sont tous blonds et pâles et regardent tout le temps leur montre.

             J’ai vu le château de Hasting, j’ai vu les ruines du château de Guillaume le Conquérant.

             Le temps s’accélère, les minutes s’effondrent.

             J’ai vu des taxis rouges pressés comme des orange juice, des bus rouges comme les cabines téléphoniques. J’ai vu des maisons sans volets. J’ai vu l’ancienne horloge, la très belle et très haute Big Ben. J’ai vu l’heure mondiale et les lasers qui balaient la ville, balaient les minutes précieuses, rappellent inexorablement que le temps passe, que le temps passe, et j’aimerais déjà revenir...

            Le temps passe, le temps trotte à la petite foulée dans Hyde park... Et j’ai déjà compris que les Anglais mangent à 18h00, qu’il n’y a ni pain ni eau à table, que la nourriture n’est pas très recherchée et plutôt grasse. J’ai aussi compris qu’on avale céréales, confitures, pâte à tartiner et beurre de cacahuète dès le petit déjeuner. J’ai compris qu’on conduit à droite, j’ai compris comment fonctionnent les feux rouges. J’ai compris comment je peux changer mon argent et compris que je savais dire quelques mots de plus en anglais. Time is running down the river !

             Je me souviens du shopping en ville, shopping in the city, je me souviens des rouleaux du ferry et j’étais malade comme un chien, sick, sea sick like a dog ! Je me souviens de la relève des gardes, des parcs magnifiques, wonderful parks ! Je me souviens des rues et des maisons comme dans un film américain et j’étais l’héroïne. Je me souviens des oiseaux blancs, des beaux oiseaux blancs dans le ciel gris et d’un peu de fiente sur mon pull. Je me souviens de la couronne royale et des rubis. Je me souviens de l’or et des diamants, des Ferrari, des Lamborghini, des Dodge, des Nissan et des Mitshubishi, et j’étais le sultan. Je me souviens des écureuils dans les parcs, des longues heures de car avant l’arrivée, de la promenade en bateau sur la Tamise et des remouds des vagues jusque dans ma mémoire.

              Je me souviens des fous-rires, des pique-niques dans les parcs, meal of my memory ! Je me souviens de tout ! Remember everything !


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Comment faire écrire sur un voyage scolaire ?

Publié le par Eric Bertrand

 

             Certains de mes élèves rentrent de voyage d’Angleterre : ils ont manqué une semaine et, en cette période d’arrêt des notes et de conseils de classe, sont quelque peu « démotivés » pour parler la langue de bois...

             Afin d’assurer une transition avec le « vieux cours » de poésie engagé avant leur départ, je leur ai proposé de s’exprimer librement sur leur voyage... En général, ils n’ont pas grand-chose à dire et adoptent une attitude collective où le « bof » est la note dominante.             A l’écrit, ils se forcent un peu, pas beaucoup... Alors il faut leur donner un cadre : je le fournis aujourd’hui et je révélerai demain le contenu que j’en ai tiré : mon travail a consisté à reprendre certaines expressions et à les replacer dans un exercice de réécriture. Mon but est de les surprendre et de leur montrer que, finalement, ils ont quelque chose à dire.

          

Fragments pour un journal de bord d’Angleterre (période du 8 au 13 juin)

Complétez chacune des cases afin de fournir la base à une reprise collective.

 

- Noms de lieux que j’ai parcourus.

- Ceux que j’ai rencontrés (en quelques traits)

- Ce que j’ai vu (la perception)

- Ce que j’ai apprécié et ce que j’ai aimé (le cœur)

- Ce que j’ai compris, appris... (la raison)

- Ce que je garde en moi (la mémoire)

           Demain, exercice de réécriture en guise de bilan...

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Simenon à la Richardière

Publié le par Eric Bertrand

                Simenon et moi sommes voisins diraient les snobs !

                Disons que j’ai profité de l’occasion donnée ce dimanche de me rendre à pied jusqu’au domicile de la Richardière qu’a occupé Simenon à proximité et de pénétrer à l’intérieur de la propriété car les propriétaires actuels avaient organisé pour les gens de Marsilly et de sa région une sorte de « portes ouvertes », type « garden party »...

                Excellente occasion de sentir l’atmosphère de ce lieu dans lequel l’écrivain a vécu quelques années à partir de 1932 et a composé un certain nombre d’ouvrages qui ont pour cadre la Rochelle ou le village de Marsilly. Pour les amateurs de cet auteur qui est bien plus qu’un « auteur de polars », et pour ceux qui aiment bien retrouver dans les fictions les lieux qu’ils connaissent, je citerai parmi d’autres : « le Voyageur de la Toussaint » (bien sur !), « l’Evadé », « l’Affaire Donadieu », « le Coup de vague » (1938), « le Petit docteur » (1938), « les Demoiselles Queue de vache » (1939), Maigret à l’école (1953), le Veuf (1959), Maigret à Vichy (1967), « le Riche homme » (1970)...


 

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