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La Fontaine au pas de gymnastique (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

 

 

              Pour illustrer mes propos d’hier, je livre une nouvelle scène aménagée en fonction des indications données par le collègue d’EPS (en caractères gras). Je rappelle qu’au début de la pièce, les élèves sont réunis pour une préparation collective du thème du voyage et que les spectateurs sont répartis en quatre groupes.

 

Prologue 2 (gymnase) 

 (Centre de la cour. L’ensemble de la troupe est réunie. Silence. Chaque membre se réveille et manifeste sa volonté de quitter le « foyer central ». Les autres restent immobiles)

Main : mes cinq doigts s’étirent : index ? Présent ! (Fente avant) Majeur ? Présent ! (Fente avant) Annulaire ? Présent ! (Fente avant) Auriculaire ? Présent ! (Fente avant) Pouce ? (Echec de la figure) Pouce ! Non, au boulot comme tout le monde ! (Fente avant)

Main 1 : (Planche avant sur une jambe) : ma sœur jumelle est comme moi, elle déteste qu’on la mouille et pourtant on y a droit tous les matins ! 

Main 2 : (Chandelle blocage bras) : et tous les matins, c’est la même chose ! Je me réchauffe comme je peux contre la paroi du bol de chocolat.

Main 3 : (Chandelle blocage bras) : le lavabo me donne la nausée et je secoue une brosse à dents pleine de mousse qui me coule sur les doigts, c’est écoeurant !

Main 4 : (Chandelle blocage bras) : mais le pire de tout, c’est quand on me plonge dans un pot de gel et qu’on me fait pénétrer avec mes cinq doigts tout au fond d’une tignasse.

Main 5 : (chandelle bras derrière tête) : ce que je ne supporte plus, moi, c’est qu’on a trop de copains. Tous les matins, il faut que je serre des poignées de copines qui me font parfois très mal

Main 6 : (petit pont 3 appuis) : et puis, quelle gymnastique que de tenir un crayon, une fourchette, un verre ! ça me stresse tellement que je m’en ronge les ongles. (Petit pont 4 appuis) (Elle s’énerve et finit en hurlant) Que fait ma main ? Elle frappe ! (Petit pont cinq appuis)

Pied : (Petit équilibre, 2 appuis) : une vie de pied, c’est pas le pied ! C’est tellement fatigant ! (Petit équilibre, 3 appuis) Même quand on s’amuse, il faut taper dans un ballon, appuyer sur une pédale, sauter d’un pied sur l’autre sur une musique de fou. En plus, ça sent tout de suite mauvais dans les chaussures.

Pied 1 : (Trépied)  mais je grandis vite et je deviens une grosse pointure. Que fait mon pied ?... Il balance des coups de pied !

Œil : l’œil de velours ! Mon œil tiens ! Dès que j’ouvre les volets des paupières de la demoiselle, il faut subir un coup de peinture !... (Rotation avant sur plan incliné) Du bleu, du noir, du vert, du ricil !

Œil 1 : et moi donc !... Dès qu’on a mangé, on m’affuble de lunettes. Je veux aller voir ailleurs ! (Rotation avant sur plan incliné, arrivée fente)

Cheville : et moi donc ! On ne pense pas assez à moi, en sandwich entre le pied et la jambe ! (Rotation avant sur plan incliné, arrivée planche écart). Je suis une articulation fragile ! On m’a déjà cassée trois fois !

Cheville 1 : c’est pas une vie pensez-vous la vie de cheville ! (Rotation avant sur plan incliné, arrivée planche écart). Le mois passé, une scie m’a coupé le plâtre et entamé la peau !

Cheville 2 : sans compter que cest lourd un plâtre, et que ça gratte ! J’invite à la révolte ! (Rotation avant sur plan incliné, arrivée planche écart). Chevilles qui enflez, il faut tourner le dos !

Bouche : et moi donc ! Quel ennui que de vivre avec un corps si mou !... (Rotation avant sur plan incliné, arrivée planche écart) Dès que je me réveille, il baille à me décrocher la mâchoire ! Et ça recommence plusieurs fois par jour ! Moi aussi, j’ai envie de crier révolte et de prendre de l’air ! Au secours ! Au secours ! Bouche d’aération ! (rotation avant plombée, envol1)

Cheveu : et moi donc ! Quel fil à la patte ! Je vis accroché à une tête de petite fille qui n’arrête pas de se coiffer. Elle me tire les cheveux à longueur de temps ! Mais je ne tiens déjà plus qu’à un cheveu ! (rotation avant plombée, envol2)

Cheveu 1 : on est nombreux dans la même galère, nous les cheveux ! (rotation avant plombée, envol3)

Cheveu 2 : on nous fait des couettes, des queues de cheval, des tresses ! Des raies ! Une vraie torture ! (rotation avant plombée, envol4)

Cheveu 3 : on nous tire, on nous ligote, on nous bâillonne ! Moi, je crie « Libération ! » (Rotation avant plombée, envol5)

Jambe : et nous donc ! Journée d’enfer pour les jumelles ! (Appui tendu renversé ventral)Nous les jambes, on passe sans arrêt de l’horizontal, à la verticale !

Jambe 1 : (Appui tendu renversé dorsal) : on nous fait courir, on nous fait trotter !

Jambe 2 : (Appui tendu renversé + rotation avant) : monter les escaliers ! Descendre les escaliers !

Jambe 3 : : (Appui tendu renversé + rotation avant) : porter des jeans !

Jambe 4 : (Appui tendu renversé + rotation avant) : des baggies !

Jambe 5 : (Appui tendu renversé + rotation avant) : des collants !

Jambe 6 : (Appui tendu renversé + rotation avant) : des chaussettes !

Jambe 7 : (Appui tendu renversé + rotation avant) : on nous savonne sous la douche !

Jambe 8 : prenons les jambes à notre cou ! (Rondade à plat). Vous m’entendez tous, mains, jambes, pieds, cheveux, bouches, chevilles, yeux, prenons les jambes à notre cou ! (Rondade à plat)

(Les spectateurs sont répartis par les guides en quatre groupes pied-main-bouche-œil)

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La Fontaine au pas de gymnastique (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

             Alors que la date du spectacle sur La Fontaine approche, il reste un point important à superviser : c’est l’insertion du travail mené en EPS avec les élèves de l’atelier. Comment faire en sorte que cette activité s’intègre harmonieusement au texte ?

             Nous nous sommes vus en équipe pédagogique la semaine dernière, avons beaucoup agité d’idées mais rien de concret n’en est vraiment sorti. Il me fallait donc trancher avec le texte puisque j’en suis le propriétaire. Il me semble que le plus raisonnable et réalisable (nous manquons de temps et de répétitions...) serait de focaliser le travail gymnique sur une seule scène, celle du prologue 2.

             Pour des raisons de sécurité, le gymnase est l’endroit le plus recommandé. Par contre l’épilogue pourrait se jouer dans la cour (sans figure gymnique). Voici une proposition de répartition du texte : on peut envisager qu’en alternance, quelques petits groupes agissent et en même temps disent le texte.


 

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« La grammaire est une chanson douce » Erik Orsenna. (5/5)

Publié le par Eric Bertrand

              Dans cette île initiatique où sont arrivés les deux enfants, les mots sont libres et soufflent comme un grand vent à l’oreille de Jeanne. Ceci n’est pas une image, les mots sont à ce point libérés et fougueux qu’ils la fatiguent : il faudrait remettre de l’ordre dans ce chaos débridé et c’est à ce moment qu’intervient la grammaire...

              Les guides amènent alors les enfants dans la ville des mots où ces derniers se sont affranchis des bouches (ces enclos souvent malsains et avariés...) et ont retrouvé la plénitude et le libre arbitre du grand air. Ils se sont naturellement regroupés par catégories, clans, tribus, et la plus grosse des tribus est celle des noms communs qui circulent avec leurs articles et qui passent leur temps à chercher des habits dans les magasins d’adjectifs... Charmant défilé de haute couture que nous offre là le talent d’Eric Orsenna.


 

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« La grammaire est une chanson douce » Erik Orsenna. (4/5)

Publié le par Eric Bertrand

 

           J’évoquais hier la figure du gouverneur Nécrole dont on trouverait aisément aujourd’hui un équivalent politique... Voici l’un de ses slogans : On perd le sens du travail quand on a trop de mots.

           Comme dans le roman de Bradbury, il impose sa politique par le feu : des hélicoptères survolent l’île et enflamment tout ce qui ressemble à des buissons de mots. Des mots ardents, des mots en pelote qui font de la braise et qu’il faut réduire en cendres.

            Heureusement, les opposants au régime sont plus nombreux que dans « Fahrenheit 451 » et Jeanne, suite à sa bonne initiation, en fait partie : par exemple, chaque fois qu’elle découvre dans le dictionnaire un mot nouveau, le soir avant de s’endormir, voici sa réaction : Alors je vous jure ma lampe quitte la table où d’ordinaire elle repose et s’en va éclairer quelque région du monde oubliée.

            C’est une langue belle qu’elle découvre et, chemin faisant, elle prend aussi conscience de la nécessité de l’organisation des mots dans la phrase : c’est ce qui justifie le titre de l’ouvrage d’ailleurs. Eric Orsenna nous fait comprendre quel rôle pacificateur la grammaire joue dans une phrase. Dans cet air iodé de l’île, le lecteur redécouvre autrement les cours de grammaire. Suivons demain, pour conclure, un épisode imagé et une relecture de cours de langue...

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« La grammaire est une chanson douce » Erik Orsenna. (3/5)

Publié le par Eric Bertrand

             Comme la silhouette de Proust rencontrée hier semble vouloir l’indiquer, l’opération de mémoire est salutaire dans cette île et les deux îliens qui servent de guide à Jeanne et Thomas gardent en mémoire la tragédie d’une autre île désertée de l’archipel : les mots s’y sont vidés de leur contenu et le sable a tout envahi. Comme le constate l’un d’eux (et à travers lui l’auteur) chaque année, 25 langues meurent et avec elles, des mots, et la réalité qu’ils désignaient, la couleur qu’ils déposaient sur les choses...

             Plus dangereuse encore, la politique menée par le gouverneur, un certain Nécrole, qui brûle les mots et les livres afin de simplifier la langue, la rendre utilitaire. Cet aspect du livre est particulièrement pertinent quand on pense à tout ce qui est en train de se produire autour de nous dans les domaines de la société et de l’éducation.

              L’auteur du « Loft History 2084 » retrouve ici son cheval de bataille et toutes les mises en garde que l’ouvrage comportait contre les appauvrissements du langage. Je reviens demain sur cette dimension.   

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