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Benjamin Button : livre et film

Publié le par Eric Bertrand

              A ce point marqué par le film, je n’ai pas résisté à l’envie de lire la nouvelle du même titre qu’on trouve facilement dans la collection Folio. Comment un film si long (plus de deux heures cinquante) a-t-il brodé sur une cinquantaine de pages ?

              Le lecteur trouve en tout cas un vrai plaisir à la lecture car le récit est efficace et non dépourvu d’humour, notamment dans ces passages du début où le père et le fils s’affrontent chacun pour imposer « un moyen terme » d’identité, le père cherchant à tout prix une vraie relation père-fils et le fils ne se satisfaisant pas vraiment de l’enveloppe du nourrisson puis de l’enfant !

              Puis les années passent et le livre qui est une nouvelle, rappelons-le, accélère la temporalité, ritualise certains moments de l’existence, amour, mariage, naissance, paternité... L’euphorie de Benjamin est croissante car, au fur et à mesure que les années passent, son énergie et son appétit de vivre augmentent.

               Le hiatus avec ceux de sa génération se creuse inexorablement. A la différence du film, Benjamin ne se sépare pas de son épouse et l’écart entre les deux êtres se manifeste de plus en plus nettement. Il devient le garnement de « sa douairière », puis un enfant qui joue avec son fils et que son fils gourmande, puis un enfant qu’on confie à une nourrice, puis un bébé qui ne sort pas beaucoup de son lit mais qui repasse en accéléré le film de toute sa longue vie ! Bref, dans le livre, le passage à la régression vers les premiers stades de la vie est souligné davantage, le lecteur pénétrant une réalité que les images ne peuvent certainement pas traduire...


 

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L’article du mois : « l’étrange histoire de Benjamin Button » (1/4)

Publié le par Eric Bertrand

          Pour illustrer ma rubrique de l’article du mois, je choisis précisément cet article parce qu’il montre le retentissement personnel que peuvent avoir certains moments de cinéma.

          D’ailleurs, je reviendrai une dernière fois demain sur un prolongement que j’ai voulu encore donner à ce film.

 

          "La vie serait bien plus heureuse si nous naissions à 80 ans et que nous approchions graduellement de nos 18 ans.

 

          Sur cette hypothèse vertigineuse de Mark Twain, le livre de Fitzerald est construit. La nouvelle plus exactement, et de cette nouvelle est tiré le film « l’Etrange Histoire de Benjamin Button », conte bouleversant sur la condition humaine...

          C’est un petit bébé monstre qui naît et qui grandit sous les traits d’un petit vieillard d’abord hideux, puis de plus en plus facétieux et jovial. Car, comme le suggère l’une des images du film, les aiguilles de la grande horloge tournent dans le sens inverse et l’enfant sénile avance dans la vie comme les crabes, non vers la décrépitude et l’avachissement mais vers la santé, l’énergie et la Beauté.

           Au fil des minutes, le spectateur assiste à cette ronde infernale, à cette danse macabre du temps qui fauche les vivants autour de Benjamin lequel, il faut le dire, grandit dans une maison de retraite ! Pas de répit pour ceux qui vont dans l’autre sens ! Pas de répit pour la jeune et belle danseuse à qui Benjamin fait un enfant et qu’il décide d’abandonner : ils sont heureux tous les trois, mais Benjamin est cruellement lucide, dix ans plus tard, elle aurait à s’occuper de deux enfants, et sa fille ne reconnaîtrait pas, en ce compagnon de jeux vieillissant, ce papa dont elle aurait besoin...

            Le film est beau, touchant, perturbant même. La caméra joue avec le prisme de l’image de Brad Pitt que nous avons toujours suivi dans ses grands films comme « Légende d’automne » ou encore « Et au milieu coule une rivière »... C’est un ravissement de le voir revenir à cette effervervescente jeunesse, mais c’est en même temps douloureux de rester un peu comme dans le fond poussiéreux de l’atelier... Douloureux de tenir le pinceau immobile du portrait de Dorian Gray pendant que le « phénomène » continue de narguer ceux qui sont condamnés à vieillir.

             Cette question du vieillissement et du détraquement de « la machine » dans le film « Benjamin Button » est assez présente dans ce que j’ai écrit : puisqu’il s’agit dans ce blog d’établir des passerelles entre ce que je lis, vois, entends et certains de mes ouvrages, je reviens dans les trois articles à suivre sur ce thème du vieillissement..."

 

 

 

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L’étrange histoire de Benjamin Button : « comme il vous plaira »

Publié le par Eric Bertrand

              Je ne résiste pas à la tentation de prolonger cette série sur « Benjamin Button » par la référence à mon maître Shakespeare et à la fameuse tirade proférée par Jacques des Bois dans la pièce « Comme il vous plaira ».

             Comme souvent chez Shakespeare, passe un personnage épisodique qui offre au spectateur l’occasion d’une réflexion sur la condition humaine. Soucieux de mes lecteurs non anglophones, je vous en livre une traduction libre : (j’ai souligné les passages particulièrement signifiants pour le film !)

 

 

Le monde entier est une scène,
Et tous les hommes et les femmes n’y sont que des acteurs:
Ils ont leurs sorties et leurs entrées;
Et un homme en son temps, ne fait que jouer sa partie,

Le tout en sept actes...

Au premier acte, c’est l’enfant,
Vagissant et vomissant dans les bras de l'infirmière.
Et puis vient le léger écolier, avec son cartable
Et sa face de soleil levant, glissant comme l'escargot

Contre son gré, sur le chemin de l'école.

Et puis vient l'amant, au long soupir de forge,

Avec sa longue ballade triste fabriquée

Spécialement pour les beaux yeux de sa maîtresse.

Puis vient le soldat, plein de serment étrange,

Barbu comme le léopard, jaloux sur le point de l'honneur,

Prompt à la querelle,
Et sans cesse à la recherche de cette bulle qu’on appelle

« La gloire »  jusque dans la bouche du canon.

Et puis vient le juge avec son ventre rond

Rempli d’un bon chapon,
Avec ses yeux et sa barbe sévères,
Plein de sagesse et de maximes.

Le sixième âge porte un maigre pantalon
Avec les lunettes sur le nez et la pochette sur le côté,
Sa voix, naguère forte, glisse peu à peu

Vers le son enfantin du fausset.

Puis vient la scène finale de cette étrange histoire...
C’est le retour à l’enfance,
Sans dents, sans yeux, sans goût, sans rien.

 

               PS : pas d’articles demain pour cause de voyage du côté d’Arcachon et de Bordeaux...

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L’étrange histoire de Benjamin Button (4/4) : poème en hommage à une danseuse...

Publié le par Eric Bertrand

           Pour finir ce tour d’horizon du thème du vieillissement que l’on retrouverait aussi représenté dans certains des récits des Nouvelles pour l’été, je reviendrai aujourd’hui sur un poème publié dans « Pierrot et Colombine », nouvelle du recueil Chaussée de la madeleine de Proust... Ce texte intitulé « la danseuse », met en scène une danseuse qui choisit de léguer à son héritier futur un chausson de danse qu’elle abandonne Chaussée de la Madeleine, à Nantes, au bâtiment du « Grenier du Siècle »...

            J’ai tout de suite repensé à ce poème quand j’ai vu ce beau personnage de la danseuse dans le film...

 

            « Je suis née dans un galbe de rose : sur les voiles du berceau tendu, mon cœur en bouton a senti vibrer la fermeture éclair et le juste-au-corps. Mes yeux en bouton de bottines ont offert à mon pied le rose des paupières ; plus légère qu’un lacet, je me suis tordue dans les draps en attendant l’aurore.

             Elle est venue, comme une musique derrière l’écran du jour : je lui ai donné ma chair et je danse obstinément, peu m’importe le jour, peu m’importe la nuit, je suis une rosée en suspension, on me regarde vibrer dans la transparence de mes larmes. Je m’élance et me retiens, me donne et me retire, et mon juste-au-corps qui ruisselle est une coupe d’ivresse à moitié renversée.

             Un jour, elle s’en ira de moi : je la verrai partir comme on accompagne des yeux, avec de grandes trainées de lumière et du ricil sur les joues. Elle se fera discrète, une compagne en tutu, qui s’élance et qui voltige et ne se fait pas entendre.

              Elle exécute sur la scène limpide quelques rides d’eau courante et je feuillonne, sur mes doigts et sous mes paupières, les pétales de rose qu’on offre à la danseuse »

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L’étrange histoire de Benjamin Button (3/4) : les sœurs du Ponton

Publié le par Eric Bertrand

             Sans être de vieilles dames, les deux « Befana » du Ponton ont déjà beaucoup vécu et leur voix est imprégnée de mélancolie. Davantage, le spectateur, lecteur, décèle une brisure dans leurs propos, la marque d’un détraquement initial qui explique une bonne part de ce qu’elles sont devenues ensuite. Laissons leur la parole au moment de l’épilogue, après le départ de Gigi et de l’Americana...

 

Carolina : elle sourit, de plus en plus émue. Je revois la scène, le jour de mon retour… C’était comme dans un conte de Pirandello… Il faisait très chaud, le sirocco soufflait… Pour me faire plaisir, elle m’a proposé un plat de polenta pour le dîner et des cédrats de Sicile… Longtemps, je l’ai serrée dans mes bras, puis je suis montée au grenier, j’ai enfilé une vieille jupe et je suis venue l’aider à préparer la polenta… Jamais on n’a travaillé la pâte comme je l’ai travaillée ce jour-là !... Je la tournais, la retournais, la tordais, et la malaxais avec acharnement.

Elles se sont rapprochées l’une de l’autre. Elles sanglotent légèrement. Carolina sèche les yeux de Francesca.

Carolina : on est bien toutes les deux !... On a bien fait de prolonger sur la scène ce que la mamma nous a appris…

Francesca : on a bien fait, ma Carolina… On a vraiment bien fait… Et on s’en sort pas mal toutes les deux !... Je crois qu’elle serait fière de nous… 

Carolina : il vaut mieux qu’on soit deux, tu sais Francesca, il vaut mieux qu’on soit deux… Il n’y a personne après nous… 

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