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Le temps des projets de théâtre

Publié le par Eric Bertrand

          Dans l’Education Nationale, il faut être réactif. Tous les projets doivent être « montés » bien longtemps à l’avance afin d’être « viables ». J’ai reçu ces jours-ci dans mon casier un certain nombre de dossiers à remplir afin de proposer quelque chose pour l’an prochain. Voici le « signal » que j’ai donc envoyé au reste de l’équipe...

 

          « Notre spectacle « à PAC » n’a pas encore vu le jour et déjà il faut constituer le dossier pour l’an prochain... Certains des collègues de l’équipe ont affirmé leur volonté de continuer dans le même sens... Je vous propose donc un embryon de projet qu’il faudrait étoffer en m’indiquant de quelle façon vous seriez prêt à travailler dans ce cadre. Merci de votre collaboration !

 

           L’idée de ce projet de classe à PAC est de construire collectivement un travail de création qui débouchera sur un spectacle théâtral fondé sur la référence implicite ou explicite à un choix de poètes et de poèmes de diverses époques.

           Le texte composé dans le cadre d’un atelier d’écriture mené en cours de français sera axé sur le thème de la découverte d’une île baptisée « île de la Poésie ». Au croisement du « Petit Prince » de Saint-Exupéry et de « la Grammaire est une chanson douce » d’Erik Orsenna, le projet consiste à explorer à la fois l’univers du conte et celui de la poésie.

            Il raconte l’histoire d’un naufrage. Les enfants naufragés partent à la découverte de poètes et de textes qui disent le monde façon poétique. La Fontaine, Hugo, Baudelaire, Rimbaud par exemple, ont des choses intéressantes et simples à révéler à nos jeunes voyageurs (soit du fait de leur vécu, soit du fait de leur œuvre, et il sera intéressant de noter parfois la corrélation entre les deux !)             

 

            Directement lié à la réalisation du spectacle, l’activité passe d’abord par l’élaboration d’un scénario et d’un texte en atelier d’écriture. Cet aspect du travail implique au moins deux compétences liées au français : la cohérence de l’expression écrite et l’analyse conjointe de la poésie et du conte, objets d’étude de la classe de sixième.

          La pratique du théâtre et l’intervention de la comédienne et metteur en scène permettra aux élèves d’acquérir davantage de maîtrise de l’oralité, de la gestuelle et du contact avec l’autre...


 

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La fourmi emmitouflée et la cigale rock’n roll

Publié le par Eric Bertrand

          Travail de la première scène hier avec le metteur en scène. C’est celle de « la Cigale et la Fourmi » revisitée...

          Le texte se prête aux effets décapants et aux fantaisies. La fourmi est installée dans son foyer et elle tricote une immense écharpe dans laquelle s’entremèlent des fils de toutes les couleurs, résultats de ses économies.

           Survient alors la cigale. Lunettes de soleil, guitare, allure rock, elle fredonne un air de Johnny Halliday : j’ai suggéré dans les didascalies « Toute la musique que j’aime »... Mais l’acteur ne connaît pas et il se montre particulièrement empoté.

            Pour « embobiner » la fourmi, la cigale joue de stratégies du langage et, là encore, le texte amène à ces tours de passe-passe dont les chanteurs de rap sont friands. Sans hésiter, le metteur en scène va dans ce sens. Il propose à un groupe de garçons de se cacher au début de la scène et de surgir au moment voulu pour entonner un chœur de rappeurs. Mouvements de têtes, de mains, de mots.

            Les sixièmes sont encore bien timorés mais cette perspective les excite et cultive leur indiscipline. Quel enjeu délicat et quelle tâche pénible de les ramener sans cesse au sérieux que nécessite la mise en scène !

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Article du mois : « Robinsonnades »

Publié le par Eric Bertrand

               J’hésite avant de remettre un article et puis, tout naturellement, en ce temps de printemps et en écho au récent article de mon ami Francis intitulé justement « printemps » :

http://ecriposoph.wordpress.com/

 

               Avec le retour des vacances revient le temps des escapades et du « out of joint » comme dit l’ami Hamlet. Est-ce un effet des circonstances ? De mes lectures (Hugo, Conrad, Stevenson, Melville) ? Du cadre maritime ? Des copies sur Robinson que, de bon matin, j’ai commencé à corriger (pas toutes très bien écrites et encore est-ce une litote !) ? Des prémices du printemps sur l’océan qui gronde encore de la dernière tempête ?...

                Mais hier matin en accomplissant ma petite course à pied sur le sentier côtier habituel, j’éprouvais un sentiment d’île et de robinsonnade.

                Pourquoi précisément robinsonnade ce matin ? Peut-être aussi parce que le ciel était particulièrement bleu, calme, comme lavé par une tempête, la côte découpée, particulièrement à vif, affleurant de l’affutage, l’eau encore brisée, les dernières mouettes et les cris pointus, refluants, aiguisés des goélands dans les algues, les carcasses et les brisants de coquillages.

                 On avance, on avance, les cheveux à la brise, le torse et la face en figure de proue, meilleure pénétration dans l’air, « la spada » de maître Indurain, tu n’as jamais oublié ! Et puis enfin, dans le défilé de roches, une petite sente qui s’avance sur une langue de sable, puis la prairie déjà verte, émaillée de premières paquerettes, l’écho, de chaque côté, des alouettes, et sur la colline, les façades blanches des maisons, avec leurs volets verts, souvenirs anciens des peintures empruntées par les pêcheurs de Ré aux coques des navires.

                 Et le soleil adoucit l’atmosphère et les premières gouttes de sueur perlent sur le front.

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« La Princesse de Clèves » et Mme de La Paillette 2/2

Publié le par Eric Bertrand

               Le lecteur de ce blog sait que j’ai un petit faible pour les auteurs rebelles, ceux qui, par leurs œuvres ou leurs écrits, dénoncent le danger de l’abêtissement. Un élève, une consigne académique ne me fera jamais baisser la garde dans mon enseignement ou dans le choix de mes lectures abordées en cours.

               Dans le roman de Bardbury, Fahrenheit 451, face à des brigades du feu qui se lancent dans la folle mission de détruire les livres et de faire la guerre aux penseurs et aux lecteurs, un groupe de dissidents fait le pari d’apprendre par cœur des passages entiers des grandes œuvres de l’humanité, de vivre dans la clandestinité et de se réunir en cachette pour se réciter les livres par cœur... De cette façon, le feu ne dévastera jamais tout et la grande culture subsistera face aux assauts du Pouvoir.

              C’est, dans une autre mesure le même mouvement que l’on constate actuellement en librairie : La Princesse de Clèves compte parmi les ouvrages les plus réclamés par les lecteurs...

                 Ecoutons Victor Hugo pour conclure ces propos. Face à un gouvernement à paillettes, il préférait la profondeur du « Gouffre » : l’exil à Guernesey et la plongée dans ses grandes œuvres. La première est un brûlot contre « Napoléon le Petit » : les Châtiments...

 

« La Pensée échappe toujours à qui tente de l’étouffer. Elle se fait insaisissable à la compression ; elle se réfugie d’une forme dans l’autre. Le flambeau rayonne ; si on l’éteint, si on l’engloutit dans les ténèbres, le flambeau devient une voix, et l’on ne fait pas la nuit sur la parole ; si l’on met un bâillon à la bouche qui parle, la parole se change en lumière, et l’on ne bâillonne pas la lumière... »

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« La Princesse de Clèves » et Mme de La Paillette 1/2

Publié le par Eric Bertrand

             Une culture classique est-elle économiquement utile et réellement productive ? Sur cette base « à l’aveuglette », notre président mettait récemment le feu aux poudres et jugeait caduque qu’on enseignât la littérature de Mme de Lafayette à un concours administratif.    Quel besoin le client a-t-il de traiter un dossier avec une employée qui aura pris le temps d’analyser les tourments d’une passion si datée ?

             C’est un peu le discours que tient la majorité des élèves qui s’indignent de devoir, bon gré mal gré, entrer dans la logique d’un texte de Voltaire, Flaubert ou Le Clézio ? Monsieur, c’est de la langue du Moyen-Age ! On n’y comprend rien !... Seraient-ils au fait de l’actualité, ils pourraient trouver dans les propos du Président un argument d’autorité !

             Il y a de cela plus d’un siècle et demi, Théophile Gautier s’indignait déjà contre cette concurrence déloyale. Dans La Préface de son roman Mademoiselle de Maupin, face aux détracteurs du Beau, il écrivait ironiquement à propos de littérature utile : « l’endroit le plus utile dans une maison, ce sont les toilettes »...

              Au lecteur d’en tirer les implications !

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