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Article du mois : « Robinsonnades »

Publié le par Eric Bertrand

               J’hésite avant de remettre un article et puis, tout naturellement, en ce temps de printemps et en écho au récent article de mon ami Francis intitulé justement « printemps » :

http://ecriposoph.wordpress.com/

 

               Avec le retour des vacances revient le temps des escapades et du « out of joint » comme dit l’ami Hamlet. Est-ce un effet des circonstances ? De mes lectures (Hugo, Conrad, Stevenson, Melville) ? Du cadre maritime ? Des copies sur Robinson que, de bon matin, j’ai commencé à corriger (pas toutes très bien écrites et encore est-ce une litote !) ? Des prémices du printemps sur l’océan qui gronde encore de la dernière tempête ?...

                Mais hier matin en accomplissant ma petite course à pied sur le sentier côtier habituel, j’éprouvais un sentiment d’île et de robinsonnade.

                Pourquoi précisément robinsonnade ce matin ? Peut-être aussi parce que le ciel était particulièrement bleu, calme, comme lavé par une tempête, la côte découpée, particulièrement à vif, affleurant de l’affutage, l’eau encore brisée, les dernières mouettes et les cris pointus, refluants, aiguisés des goélands dans les algues, les carcasses et les brisants de coquillages.

                 On avance, on avance, les cheveux à la brise, le torse et la face en figure de proue, meilleure pénétration dans l’air, « la spada » de maître Indurain, tu n’as jamais oublié ! Et puis enfin, dans le défilé de roches, une petite sente qui s’avance sur une langue de sable, puis la prairie déjà verte, émaillée de premières paquerettes, l’écho, de chaque côté, des alouettes, et sur la colline, les façades blanches des maisons, avec leurs volets verts, souvenirs anciens des peintures empruntées par les pêcheurs de Ré aux coques des navires.

                 Et le soleil adoucit l’atmosphère et les premières gouttes de sueur perlent sur le front.

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« La Princesse de Clèves » et Mme de La Paillette 2/2

Publié le par Eric Bertrand

               Le lecteur de ce blog sait que j’ai un petit faible pour les auteurs rebelles, ceux qui, par leurs œuvres ou leurs écrits, dénoncent le danger de l’abêtissement. Un élève, une consigne académique ne me fera jamais baisser la garde dans mon enseignement ou dans le choix de mes lectures abordées en cours.

               Dans le roman de Bardbury, Fahrenheit 451, face à des brigades du feu qui se lancent dans la folle mission de détruire les livres et de faire la guerre aux penseurs et aux lecteurs, un groupe de dissidents fait le pari d’apprendre par cœur des passages entiers des grandes œuvres de l’humanité, de vivre dans la clandestinité et de se réunir en cachette pour se réciter les livres par cœur... De cette façon, le feu ne dévastera jamais tout et la grande culture subsistera face aux assauts du Pouvoir.

              C’est, dans une autre mesure le même mouvement que l’on constate actuellement en librairie : La Princesse de Clèves compte parmi les ouvrages les plus réclamés par les lecteurs...

                 Ecoutons Victor Hugo pour conclure ces propos. Face à un gouvernement à paillettes, il préférait la profondeur du « Gouffre » : l’exil à Guernesey et la plongée dans ses grandes œuvres. La première est un brûlot contre « Napoléon le Petit » : les Châtiments...

 

« La Pensée échappe toujours à qui tente de l’étouffer. Elle se fait insaisissable à la compression ; elle se réfugie d’une forme dans l’autre. Le flambeau rayonne ; si on l’éteint, si on l’engloutit dans les ténèbres, le flambeau devient une voix, et l’on ne fait pas la nuit sur la parole ; si l’on met un bâillon à la bouche qui parle, la parole se change en lumière, et l’on ne bâillonne pas la lumière... »

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« La Princesse de Clèves » et Mme de La Paillette 1/2

Publié le par Eric Bertrand

             Une culture classique est-elle économiquement utile et réellement productive ? Sur cette base « à l’aveuglette », notre président mettait récemment le feu aux poudres et jugeait caduque qu’on enseignât la littérature de Mme de Lafayette à un concours administratif.    Quel besoin le client a-t-il de traiter un dossier avec une employée qui aura pris le temps d’analyser les tourments d’une passion si datée ?

             C’est un peu le discours que tient la majorité des élèves qui s’indignent de devoir, bon gré mal gré, entrer dans la logique d’un texte de Voltaire, Flaubert ou Le Clézio ? Monsieur, c’est de la langue du Moyen-Age ! On n’y comprend rien !... Seraient-ils au fait de l’actualité, ils pourraient trouver dans les propos du Président un argument d’autorité !

             Il y a de cela plus d’un siècle et demi, Théophile Gautier s’indignait déjà contre cette concurrence déloyale. Dans La Préface de son roman Mademoiselle de Maupin, face aux détracteurs du Beau, il écrivait ironiquement à propos de littérature utile : « l’endroit le plus utile dans une maison, ce sont les toilettes »...

              Au lecteur d’en tirer les implications !

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La journée de la jupe (4/4)

Publié le par Eric Bertrand

             Pendant le cours, l’enseignant est comme Job. Il consent à se laisser déposséder de ses richesses (intérieures !) pour les achalander souvent dans le souk de la vulgarité ou de l’indifférence. A la différence de la professeur du film, il ne saisit jamais un flingue et livre inlassablement le même combat au nom de cette richesse qu’il veut transmettre à tout prix. D’ailleurs, quand elle a la situation en main, la première chose que la prof veut faire apprendre et répéter au caïd, c’est le nom de Molière !  

              Car c’est un fait, l’élève qui n’a pas envie d’apprendre n’apprendra pas. Bien au contraire, il se bute et, entre les deux directions devant lesquelles hésite l’âne de Buridan, contrairement à l’âne, il n’aura pas de mal à choisir la voie du refus. C’est celle dont il sait pertinemment qu’elle le mènera à une victoire sur le système qui assurera davantage son rang de caïd.

              Le proviseur le dit clairement aux journalistes dans le film : « nous n’avons aucun moyen de pression sur ces élèves. » Les élèves sont là, bons ou mauvais plants à chauffer au coin des radiateurs ou sur un coin de pelouse... Ils sont là, ils viennent, ils ne viennent pas, ils travaillent, ne travaillent pas, de toute manière, le passage en classe supérieure est un acquis, la scolarisation est obligatoire et puis le bac est accordé à 100% d’une classe d’âge... C’est un projet politique récemment étendu au niveau de la licence : 70% de réussite d’une classe d’âge !...

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La journée de la jupe (3/4)

Publié le par Eric Bertrand

              Dans les premières réactions que j’ai pu entendre, évidemment, certains crient au scandale, à la schématisation, à la stigmatisation de la banlieue... Tous les gamins ne sont pas comme ça ! Il se passe des choses dans les établissements de banlieue sans que les enseignants en viennent à braquer leurs élèves pour se faire écouter...

              Néanmoins, le film me paraît juste parce que, justement, le cadre qu’il a choisi dépasse le cadre de la banlieue et prend une valeur de symbole. Derrière la jupe et sous la « dentelle » des sourires salivés, il y a toute la question des corps qui s’expriment au collège.  Des corps qui se cherchent et s’affirment dans le malaise et parfois la provocation.

              Car l’établissement scolaire est le lieu du regard exagéré. Rien n’échappe à l’œil et à la critique souvent méchante, sournoise en tout cas. C’est l’un des thèmes de mon nouveau livre, et j’y reviendrai autrement, c’est promis.

              Autre aspect, dans le film, l’enseignante revendique les valeurs laïques. En cours, et dans l’ensemble des matières, nous avons pour mission de brandir devant nos élèves le fameux étendard des « valeurs citoyennes ». Que savent-ils encore de l’Islam, de la Bible, de la rencontre des cultures et de la vie en société ? Qu’est-ce que le nazisme ? Le génocide ? Si peu de choses en somme, sinon les clichés, et les clichés ont la vie dure... A suivre.


 

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