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Baudelaire champion de surf (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

              Revenons à Baudelaire et à ce «cœur des lames » que j’évoquais hier.

             Les mots et les images qui s’enroulent sont autant de figures que réalise le surfeur des « gouffres amers ». A ce moment de plénitude absolue, il rivalise avec l’albatros son semblable, son frère...

             C’est le creux de la vague, la pure force acoustique du poème : déferlement des sons, volume de l’alexandrin, harmonie des images, relief du vocabulaire. L’inspiration et la langue pour l’écrire ont le gonflement du flot. Hors de ce monde d’écume bleue, point d’horizon. Tout est là, qui s’offre au plaisir et à la pensée de l’Absolu...

             Dans les îles Hawaï, les premiers surfeurs que côtoyait le capitaine Cook cherchaient dans la vague et le grand large quelque chose comme le frisson du sacré, « l’horizon chimérique ». Marcheur sur les eaux, Baudelaire est un athlète de l’abîme et de la mélancolie de l’Ailleurs. Tout est muscle chez lui, aspiration à l’Idéal et tension du tendon.

             De la même façon que le surfeur garde la mémoire musculaire de l’expérience inouïe vécue au creux de la vague, bonheur euphorique que le caprice de l’élément communique à tout son corps, le poète vibre d’une extase sensorielle. Quand il tient une femme dans ses bras, une femme-flacon, il la caresse comme une planche bien polie, odorante et chargée de senteurs exotiques. Elle est là pour l’arracher au désespoir de son existence. Planche de salut !

                          Et le voilà qui tremble sur les reins de sa compagne et les courbes de la vague, la vague qui enroule indéfiniment les paysages éblouissants de ses rêves.
Article dédié à Fred.

 

 

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Baudelaire champion de surf (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

            Le surfeur est un poète qui balance sa planche comme une plume dans l’encrier du flot. « Homme libre, toujours tu chériras la mer ». La page, elle non plus, n’est jamais blanche, oscillant entre écume et crête, toujours imprévisible, toujours recommencée. De la même façon, Baudelaire est un de ces poètes qu’il faut suivre « dans le déroulement infini de sa lame ». Beach Boy on a riding surf...

            Qu’on relise seulement « Parfum exotique », « la Vie antérieure », « l’albatros », « la chevelure » ou « l’homme et la mer »... on y prendra peut-être le plaisir qu’on trouve à contempler les figures d’un surfeur en équilibre qui s’amuse des hasards du flot.  

            Baudelaire trouve sa correspondance dans la figure du surfeur. « Nageur qui se pâme dans l’onde », dans les « lames », les « houles », le mouvement de la poésie, le balancement du vers, il entraîne le lecteur dans son sillage...

            Mais avant l’ascension vers la crête, avant le branle, il y a eu chez lui, comme pour le surfeur sous l’emprise du manque, l’attente intense et le guet du rouleau. Et tout à coup, le voilà qui décolle...

            Baudelaire est le poète de la captation du mouvement. Chez lui, tout passe par la plante du pied, cette racine de la sensation ! La chaleur d’un corps, l’odeur d’un sein, le mouvement d’une chevelure aimée imprime définitivement en lui la cadence du poème. Alors, il s’en va, alors il épouse cette ascension vertigineuse au cœur des lames.

             A suivre.

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La chair au pinceau et au peigne fin

Publié le par Eric Bertrand

           « La chair est triste ! » scandait Mallarmé. Armé de pinceaux et de couleurs, je trouve que nul n'excelle davantage que les peintres pour dire la splendeur plastique de la chair. Mettez le nez sur l'odalisque d'Ingres ou sur les rougeurs de Boucher.
            Rendre la palpitation de la peau à partir d'un applat de couleurs, quel pari ! A moins que le pinceau et la couleur ne soient, comme le stylo et l'encre, que les organes de perception des artistes. « Ce qu'il y a de plus profond chez l'homme, c'est la peau » affirmait Valéry. C'est en regardant les peintures d'Ingres que ce paradoxe me paraît directement compréhensible.
            Tout n'est pas parfait cependant du point de vue de la représentation ! Est-ce une marque de débordement érotique chez le peintre ? On constate en effet que le volume de chair déborde le modèle, et c'est une constante chez Ingres ! Longueur de dos démesuré, sein enkisté pour faire valoir la rondeur, cou musclé de camionneuse, trapèze de nageuse... « Oreiller de chair fraiche » écrivait Baudelaire dans « les Phares ». Il y a sans doute dans le trait des Rubens, Fragonard et des autres un retentissement accoustique du désir mais elles s'écrivent autrement.

 

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La Ferme des animaux (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

            Première mesure : l’abolition du système démocratique... l’échange collectif qui se tenait le dimanche à propos des affaires courantes est remplacé par la réunion d’un groupe de cochons qui légifèreront « pour le bien de tous », le principal objectif commun étant bien entendu de mettre tous les animaux à l’abri des assauts de Jones et des hommes. Il va de soi que les cochons oeuvreront dans ce sens et cela suffit à satisfaire les animaux.

            Quand on a le pouvoir, on veut en savourer le luxe. C’est ce que semble indiquer la suite des événements. Napoléon prend toujours plus de libertés par rapport à la législation. Il se vautre dans le lit des anciens maîtres, négocie avec des humains, décrète que les cochons se lèveront plus tard que les autres. Et puis il veut régner en maitre absolu et calomnie Boule de Neige qu’il qualifie de traitre afin de repérer qui sont ceux qui ont soutenu son rival. Ainsi, en diabolisant l’adversaire, il s’assure les pleins pouvoirs et élimine les derniers opposants.

             La fin de règne et la fin de livre consacrent le règne absolu des cochons qui se vautrent dans les privilèges et qui abolissent définitivement les derniers principes édictés à l’origine, maniant toujours le mensonge et la mauvaise foi face à des animaux complètement abêtis, dont pas un seul n’ait échappé au lavage de cerveau orchestré par le pouvoir en place.

              De toute manière, la Mémoire et le Panache qu’incarnait le bon cheval « Malabar » se sont définitivement évanouis lorsque la bête a été envoyé chez l’équarisseur par Napoléon qui avait spécialement, comme il le prétendait, contacté son « vétérinaire personnel ».

 

 

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La Ferme des animaux (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

           Transportés par le discours inspiré de Sage l’Ancien, un cochon cultivé et idéaliste, (avatar bien en chair d’un quelconque Lénine), les animaux de la ferme des Jones se révoltent contre le propriétaire et prennent le pouvoir. Place à la société égalitaire et au bonheur pour tous ! Vive les grands idéaux et l’étendard des droits des animaux brandi à la face des oppresseurs !

           Encore faut-il cependant « organiser la société » et, pour cela, les cochons publient une constitution qui comporte des règles simples et évidentes. Qui va administrer ce beau gouvernement ? Du fait qu’ils se présentent comme les éminences grises de la ferme, « obligés de réfléchir davantage » que les autres bêtes, les dits cochons font aussi admettre à tous les animaux qu’ils ont besoin d’une ration de nourriture spéciale. De fait, on les gâte afin que le « Cerveau » fonctionne et que l’Administration tourne rond.

           Mais point trop n’en faut ! Des deux cochons leaders, c’est Boule de neige qui réfléchit le plus, et cette propension à la lecture et à l’encyclopédisme dérange Napoléon au point qu’il dresse des chiens loups pour agresser son rival. C’est par la force répressive qu’il décide de se débarrasser de lui.

           Le terrain est libre désormais pour exercer son pouvoir unique.

           A suivre.


 

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