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Juke-box n°7 : Initials BB, le vertige des platines.

Publié le par Eric Bertrand

On pense évidemment à BB cette semaine, et à la façon dont les cinéastes ont utilisé son image au point d’en faire une icône. Par ses chansons, Gainsbourg a, lui aussi, contribué à l’élaboration d’un mythe en parfaite adéquation avec son univers : en laissant miroiter, sur les platines, divers reflets d’une créature fantastique, scandaleuse et provocatrice, à la fois barbare, orientale et baudelairienne, il a réussi à créer, autour de Bardot, une aura de femme-chimère.

Quand on remonte dans son répertoire, avant même qu’il ne la rencontre, on la devine, d’abord sous les traits de Néfertiti, « reine barbare, belle Egyptienne », qui joue de la « cithare » ; ensuite sous ceux d’une Barbarella qui « garde ses bottines », et d’une grisante « Lady Héroïne » qui déploie, pour lui, « tous les charmes de la Perse ». Et puis, vient l’ensorcelante Marilou chez « Max coiffeur », avec, à nouveau, ce charme oriental qui passe sous le « sirocco du séchoir » et les « volutes de Gitane ».

Et la voilà enfin, BB ! Elle apparaît dans la bulle du « comic strip », dans celle de « l’eau de Selz » et dans « l’essence de Guerlain ». Commence alors, pour celui qui « se morfond », « le tac tac tac des mitraillettes » ... Tout à coup, sous l’éclat de ses « médailles d’imperator », la créature qu’il nomme « Initials BB » s’impose comme une « vision ». Elle n’apparaît pas seulement comme une image issue d'un « conte d'Edgar Poe » ou d’un « roman de Pauwells » ; avec ses « désirs qui lui montent au creux de ses reins », elle perturbe, elle provoque ; et quand elle « agite » ses « grelots », elle ressemble à la princesse Salammbô, la retentissante « fille d’Hamilcar », chère à Flaubert.

Dans cette posture, elle incarne « la Beauté » pure, la Fleur du mal telle que l’a chantée Baudelaire, et elle subjugue le regard parce qu’elle est « bottée jusques en haut des cuisses » et parce qu’elle déploie toutes les ressources « câlines » de la séduction. « Les bijoux » encensés par le poète lui avaient valu, jadis, la censure. Avec un surcroit d’audace, Initials BB n’hésite pas à user de ces artifices pour tenter son amant : « le calice, le cercle froid du platine, le bronze, l’or et les clochettes d’argent à ses poignets » lui confèrent une splendeur qui fait tourner les têtes, aussi bien que les diamants et les platines.

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Aventures d’Arthur Rimbaud : des « sandales usées » aux « semelles de vent ».

Publié le par Eric Bertrand

« Mon esprit refuse de courir plus longtemps sur des sandales usées » … Cette formule de Nietzsche qu’on trouve dans son Ainsi parlait Zarathoustra convient bien à Rimbaud. Dès les origines, sa poésie postule un défi aux « vieilles vieilleries » et au « jadis », qu’incarnent par exemple « les assis » dont les reins sont « boursouflés et les sièges fécondés de barcarolles tristes ». Au contraire, la posture du « vagabond », du « Bohémien » dont la culotte est trouée, qu’il assume dès ses premières fugues, se lit sur l’empreinte de « ses bottines déchirées », de « ses souliers blessés » dont « les élastiques » sonnent déjà « comme des lyres ».

Pas de doute, pour le poète voyant, le monde se lit d’abord avec les pieds, quand le marcheur entêté s’enfuit « dans les soirs bleus d’été, par les sentiers picotés par les blés » ou quand le bateau devenu « carcasse ivre d’eau » abandonne ce qui lui reste de « semelle », à savoir une « planche folle tachée de lunules électriques ».

C’est alors que peuvent « se dévorer les azurs verts » et que commence pour « le mendiant », la poursuite échevelée de « la déesse » et de « l’aube exaltée » ... « O ses souffles, ses têtes, ses courses ! »

Rimbaud ; poésie

Rimbaud ; poésie

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Dosette de lecture n°175 : Knut Hamsun, « La Faim », le vertige de la page blanche et d’un héros au teint cadavérique

Publié le par Eric Bertrand

De quelle façon peut-on éprouver le monde quand on a faim, faim au point de crever la dalle comme le narrateur de ce roman du Suédois Knut Hamsun ? « J’étais devenu en quelque sorte trop las pour me conduire et me diriger où je voulais ; un essaim de petites bêtes malfaisantes avait pénétré dans mon être intime et l’avait évidé. » Il fait cependant tout son possible pour continuer à exister autrement, et s’accrocher à ce qui assurerait sa dignité : la croyance en ce Dieu qui l’accompagne, la foi en la noblesse de l’écriture pour laquelle il se sait doué, l’attrait qu’il ressent pour le charme et la beauté des femmes, mais rien n’y fait.

Le livre est une errance dans la ville de Christiana où ce beau garçon qui plaisait, qui savait travailler avec ses mains et ses muscles tout autant qu’avec sa plume ne parvient même plus à fixer son attention. Sa dérive est encore plus tragique que celle d’un personnage de Jack London qui réussit toujours, malgré la difficulté, à arracher sa pitance et à relancer son activité. La menace de la page blanche est à chaque ligne et contamine le texte au point de rendre le héros exsangue et de lui donner un teint cadavérique.

 

Dosette de lecture n°175 : Knut Hamsun, « La Faim », le vertige de la page blanche et d’un héros au teint cadavérique

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Juke-box n°7 : « Toto trente ans » sur les plages du Crotoy...

Publié le par Eric Bertrand

« Dans le Radiola », « quand la Chrysler s’envole », on écoute, non pas « André Verchuren », mais Alain Souchon. Les textes de Souchon contiennent « les petits moments magiques de notre existence » et nous embarquent, à bord de « la Chrysler », de « l’Aronde Plein Ciel » ou de « la Vedette Vendôme » plus loin que « la plage du Crotoy », vers les « cabines de plages » de ses chansons. « La Picardie est belle »« Écoutez l’histoire entre Trouville et Dinard » : « La mer qui brille », c’est aussi « la jolie maison de Portbail, là-bas dans le Cotentin », «, « la plage de Malo Bray Dunes », ou « les pommiers, les mimosas au fond de la Baie de Somme". Et dans ce panoramique, « dans l’été parfait » qu’on dirait filmé par un drone, l’amour est une montgolfière. Il fait « monter au-dessus des villes, des campagnes, cœurs légers dans les nacelles, sous l’effet de nos baisers de propane » … Il suffit pour cela d’une « vendeuse de glaces boulevard de la plage, sous sa bâche elle était belle », pour qu’il « chante un baiser ».

Mais en même temps, ce qui est fort et bouleversant dans ces chansons, c’est la sournoise « petite brise » qui finit toujours par se lever parce que « la vie passe avec son rouleau » et parce que « sur le cuir de la Chrysler », « on avance, on avance », « manivelle tourne ». La vie passe tout « à la machine », « c’est détergent et ça nettoie les gens » : résultat ? « On s’aimait et puis on s’aime plus » Un beau jour, la fille dit qu’elle « quitte le domaine, triste western » et « le ballon s’ennuie sur la plage du Crotoy en face de St Valery ».

Antihéros, homme simple, meurtri « de regrets, de regrets », vieux « Toto trente ans », il « voit s’en aller le pays de son enfance, les chevaux, le grand soleil, leurs sabots ». Finis les cavalcades, les rodéos, « les lacets sur la corniche » : « le boulevard de la mer est con. » Ne subsiste à la fin que la mélancolie et la détresse du « fils de Buffalo Bill », du « cow-boy très beau ». Tout ça, « c’était menti », « bidon ». On n’est pas « dans un roman de Somerset Maugham » et personne ne porte « des tigres sur le dos » ; « on va tous pareils moyen moyen, tapioca potage et salsifis. » Alors il n’y a plus qu’une solution : « on s’ramène les cheveux vers l’avant en les lavant pour que tout soit un peu comme avant. »

https://youtu.be/SUg5jQR-nbE?si=lCiaqC5f86DPvZod

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Idées de cadeaux pour Noël ?

Publié le par Eric Bertrand

Pour qui aime la lecture, nul doute que vous trouverez matière à travers l'un de ces quatre romans tous parus chez Hello et immédiatement disponibles sur le site de l'éditeur : https://www.helloeditions.fr/

- Dévalisée : incroyable aventure d'une petite valise à travers l'Ecosse...

- Chambre 69 : aventures de personnages hauts en couleurs issus de l'univers de Gainsbourg.

- Over the Rimbaud : d'autres visages de Rimbaud de son enfance à sa mort à travers les yeux d'une femme qui l'a aimé.

- Lire ou pâlir à sa vue : le roman est le narrateur et s'insinue dans l'esprit de ses lecteurs pour offrir une réflexion sur l'importance de la lecture à une époque où tout vacille.

Livres présentés par l'auteur dans la librairie Hello : https://youtu.be/xud2u73k_xY?si=k-4_eTdVxbkkxq0W

Idées cadeaux ; roman ; livre

Idées cadeaux ; roman ; livre

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