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Juke-box n°7 : « Toto trente ans » sur les plages du Crotoy...

Publié le par Eric Bertrand

« Dans le Radiola », « quand la Chrysler s’envole », on écoute, non pas « André Verchuren », mais Alain Souchon. Les textes de Souchon contiennent « les petits moments magiques de notre existence » et nous embarquent, à bord de « la Chrysler », de « l’Aronde Plein Ciel » ou de « la Vedette Vendôme » plus loin que « la plage du Crotoy », vers les « cabines de plages » de ses chansons. « La Picardie est belle »« Écoutez l’histoire entre Trouville et Dinard » : « La mer qui brille », c’est aussi « la jolie maison de Portbail, là-bas dans le Cotentin », «, « la plage de Malo Bray Dunes », ou « les pommiers, les mimosas au fond de la Baie de Somme". Et dans ce panoramique, « dans l’été parfait » qu’on dirait filmé par un drone, l’amour est une montgolfière. Il fait « monter au-dessus des villes, des campagnes, cœurs légers dans les nacelles, sous l’effet de nos baisers de propane » … Il suffit pour cela d’une « vendeuse de glaces boulevard de la plage, sous sa bâche elle était belle », pour qu’il « chante un baiser ».

Mais en même temps, ce qui est fort et bouleversant dans ces chansons, c’est la sournoise « petite brise » qui finit toujours par se lever parce que « la vie passe avec son rouleau » et parce que « sur le cuir de la Chrysler », « on avance, on avance », « manivelle tourne ». La vie passe tout « à la machine », « c’est détergent et ça nettoie les gens » : résultat ? « On s’aimait et puis on s’aime plus » Un beau jour, la fille dit qu’elle « quitte le domaine, triste western » et « le ballon s’ennuie sur la plage du Crotoy en face de St Valery ».

Antihéros, homme simple, meurtri « de regrets, de regrets », vieux « Toto trente ans », il « voit s’en aller le pays de son enfance, les chevaux, le grand soleil, leurs sabots ». Finis les cavalcades, les rodéos, « les lacets sur la corniche » : « le boulevard de la mer est con. » Ne subsiste à la fin que la mélancolie et la détresse du « fils de Buffalo Bill », du « cow-boy très beau ». Tout ça, « c’était menti », « bidon ». On n’est pas « dans un roman de Somerset Maugham » et personne ne porte « des tigres sur le dos » ; « on va tous pareils moyen moyen, tapioca potage et salsifis. » Alors il n’y a plus qu’une solution : « on s’ramène les cheveux vers l’avant en les lavant pour que tout soit un peu comme avant. »

https://youtu.be/SUg5jQR-nbE?si=lCiaqC5f86DPvZod

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Idées de cadeaux pour Noël ?

Publié le par Eric Bertrand

Pour qui aime la lecture, nul doute que vous trouverez matière à travers l'un de ces quatre romans tous parus chez Hello et immédiatement disponibles sur le site de l'éditeur : https://www.helloeditions.fr/

- Dévalisée : incroyable aventure d'une petite valise à travers l'Ecosse...

- Chambre 69 : aventures de personnages hauts en couleurs issus de l'univers de Gainsbourg.

- Over the Rimbaud : d'autres visages de Rimbaud de son enfance à sa mort à travers les yeux d'une femme qui l'a aimé.

- Lire ou pâlir à sa vue : le roman est le narrateur et s'insinue dans l'esprit de ses lecteurs pour offrir une réflexion sur l'importance de la lecture à une époque où tout vacille.

Livres présentés par l'auteur dans la librairie Hello : https://youtu.be/xud2u73k_xY?si=k-4_eTdVxbkkxq0W

Idées cadeaux ; roman ; livre

Idées cadeaux ; roman ; livre

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Dosette de lecture n°174 : Philip Roth : « La Tache », ce qui « fait tache » dans une carrière…

Publié le par Eric Bertrand

Comment un écart de langage de la part d’un doyen de faculté américaine peut conduire à sa disgrâce et à sa démission ? Ce faux-pas, totalement involontaire et lié à l’appréciation erronée du mot « zombie » qu’il a un jour utilisé pour qualifier deux étudiants absents à son cours, produit une succession d’événements qui permettent au narrateur de cerner la personnalité complexe de son héros Coleman.

En pleine période de scandale autour de l’affaire Levinski, le professeur suscite une vague d’indignation auprès de la classe puritaine qui l’entoure parce qu’à la mort de son épouse, qui n’a pas supporté la campagne menée contre son mari, il s’affiche avec Faunia, une femme de ménage de trente ans sa cadette. Coleman s’expose notamment à des représailles de la part de l’ancien mari violent de Faunia qui est un ancien du Vietnam et dont les réactions, comme la plupart de ses anciens camarades de guerre, sont imprévisibles.

À partir de cette intrigue, Philippe Roth nous fait plonger dans cette Amérique-là, où les êtres portent en eux une blessure profonde qu’ils essaient de cacher, une « tache » qu’ils gardent comme un secret, et c’est le cas notamment de Coleman qui a construit toute son évolution sur une volonté farouche d’occulter ses origines, au point de renier les siens et de trahir sa véritable identité.

 

Dosette de lecture n°174 : Philip Roth : « La Tache », ce qui « fait tache » dans une carrière…

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Juke-box n°6 : Renaud, « Mon bistrot préféré ». Quel est votre bistrot préféré ?

Publié le par Eric Bertrand

Quel est votre bistrot préféré ? Celui où, par seule habitude, vous venez vous désaltérer ? Celui qui vous procure à la fois l’apaisement personnel et la joie d’être avec les autres ? Celui où vous venez « voir en face la belle du bistrot » comme l’écrit Brassens dans une chanson du même titre ? Un poète - dont j’ai perdu le nom – fait remarquer avec justesse qu’après être entré dans un café, « on n’en sort jamais tout à fait le même » … Réfléchissez-y ! L’ambiance qui enveloppe le comptoir est particulière, sitôt la porte refermée ; la rumeur du monde s’est tue ; un vague écran se forme derrière les fenêtres isolantes ; on n’entend plus, à l’intérieur de cet aquarium de la rue, que le bruit familier des tasses, des appareils à espresso et des voix mélangées des consommateurs.

« Le bistrot préféré » de Renaud dépasse toutes les attentes et il est situé « quelque part dans les cieux ». D’autres artistes y sont déjà installés et, « les soirs de déprime », ils accueillent avec une profonde humanité celui qu’ils surnomment « Docteur Renaud, Mister Renard ». Ce dernier les connaît tous bien et, s’il les aime tant, c’est surtout parce que, dans ce bar de la troisième dimension, ils fournissent au percolateur de l’inspiration leur incomparable « couleur café ». Bien sûr, il y a là, Gainsbourg, « un côté blanc, un côté noir », Trénet, Brassens qui le met en garde contre les aventures « mal barrées », Brel, et Léo « à l’affiche » évidemment, et puis, à d’autres tables, tout au fond, Rimbaud et Verlaine qui « évoquent Villon », Maupassant, Vian, Prévert et tous ses cancres qui « disent oui avec le cœur »

Ils sont nombreux dans ce bistrot, et parce qu’ils ont déjà distillé tous les « alcools » d’Apollinaire, ils ont gardé au fond de leurs verres, de leurs bouffardes ou de leur absinthe, le goût des mots. Leurs fantômes hantent nos bistrots et Renaud nous rappelle ainsi qu’une chanson ne trouve « son lieu et sa formule » que parce qu’elle se réalise entre les tasses, les soucoupes, les verres et les rimes.

https://youtu.be/jcuxuY7bpGo?si=4yoorXpW0W_Nklen

 

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Dosette de lecture n°173 : Marc Dugain, « La Chambre des officiers ». Quitter la chambre.

Publié le par Eric Bertrand

Quelle cicatrice profonde la guerre laisse-t-elle dans la chair et dans l’esprit d’un homme entraîné dans un conflit militaire ? Sans jamais avoir disparu, cette question a repris, ces dernières années, une sinistre actualité. Dans le roman de Marc Dugain, on est en 14 et le narrateur, Adrien, est engagé avec le grade d’officier ; mais il n’a pas le temps de se battre et de prendre la mesure de l’ennemi qu’il a en face de lui. Ce sont les armes qui parlent d’abord. « Je sens comme une hache qui vient s’enfoncer sous la base de mon nez. Puis on coupe la lumière. » 

 Doté d’un physique avantageux, à la veille de son départ pour le front, il a tout de même eu le temps de séduire une certaine Laurence et cette dernière garde, comme elle le lui écrit dans une lettre, « le souvenir de son visage ». Or, sinistre ironie, c’est au visage qu’il est blessé ; en qualité de lieutenant, il est immédiatement affecté à « la chambre des officiers », aux côtés d’autres « gueules cassées » qu’on soigne à l’étage des « Maxillo-faciaux » et dont on tente d’améliorer l’état par de précaires opérations. L’un de ses voisins, ne peut plus décoller sa mâchoire et on lui pend sur le menton un sac de charbon en guise d’ouvre-bouche. Un autre, un aviateur, a eu les poumons et la face brûlés puis fracassés : son cas reste problématique, suspendu au temps qui passe…

Adrien est celui qui subit le plus d’interventions chirurgicales ; les médecins lui disent qu’ils comptent sur des os de nourrissons décédés qui permettraient de réaliser encore d’autres greffes. Mais la vie continue, et dans la chambre, il discute avec ses voisins, pense à l’avenir et élabore des projets de sortie ; et puis il y a toujours des infirmières qui passent, qu’ils trouvent jeunes et jolies et ils ne se trompent pas car, en effet, on a prié ces femmes-là de soigner plutôt des hommes qui ne risquent pas d’essayer de les séduire.

Et, au fur et à mesure que les yeux parviennent à s’ouvrir, que le souffle revient, que les dents se desserrent, ils se demandent comment, au fil des années, à la fin de la guerre, ils vont oser quitter la chambre pour retrouver une place dans la société ?

 

Dugain ; roman ; guerre de 14

Dugain ; roman ; guerre de 14

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