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Réflexion autour de « Matrix » et de l’allégorie de la Caverne de Platon (3/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Dans le Monde de Sophie, le philosophe qui s’adresse à Sophie (la « sage »), essaie de lui expliquer simplement les choses. La petite n’a pas dix ans mais se pose les vraies questions. Alors, le philosophe lui répond... Il lui fait par exemple remarquer que lorsqu’elle voit une ombre et se dit « que quelque chose projette cette ombre », elle a une démarche philosophique qui rappelle celle de Platon. Et pour mieux expliquer cette référence, il lui explique « avec ses mots à lui », l’allégorie de la caverne. Dans ce « théâtre d’ombres », les hommes croient que les ombres « sont la seule réalité du monde ». Celui qui se libère est par conséquent ébloui de voir les choses « en vrai » et comprend par étapes ce que cette beauté doit au soleil. Mais comment en convaincre les autres ? Le philosophe est décidément un homme courageux qui n’hésite pas à déranger les autres, à les déstabiliser au point de se faire « tuer » comme Socrate l’a été.

Les éléments épars de cette allégorie sont réunis dans la planche de BD intitulée « Capitaine Caverne ». Il y est question de l’ouverture d’une boite de nuit dont « le boss est grec », une boite de nuit mythique dans laquelle les danseurs trouveront toute une société de contemporains de Platon, épicuriens, stoïciens, Pythagore. Le thème de la boite de nuit, parce qu’il renvoie à l’idée d’ombres et de lumières, de lieux clos, de silhouettes dansantes et d’illusions convient bien à l’image de la caverne. L’une des bulles correspondant aux paroles du personnage y fait explicitement écho : « des boules à facettes qui projettent des ombres sur le mur du fond ». C’est l’un des secrets d’ambiance de la boite et aussi un clin d’œil au lecteur...

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Réflexion autour de « Matrix » et de l’allégorie de la Caverne de Platon (2/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Qu’est-ce que « l’allégorie de la caverne » ? Sous la forme d’un dialogue philosophique, Platon explique d’abord que les hommes sont comme ligotés dans une grotte et que, dans cette situation, ils ne peuvent ni bouger, ni tourner la tête, éternellement condamnés à « subir » la réalité qui leur est imposée, celle de projections qui passent sur le mur auquel ils font face. Dans cet état d’asservissement qu’ils ne peuvent comprendre, ils ne connaissent rien de l’origine véritable de ces faux-semblants : « la lumière d’un feu qui brûle sur une hauteur loin derrière eux », « des hommes qui portent toutes sortes d’objets fabriqués qui dépassent le muret »...

Cette situation d’aveuglement ne pourra leur apparaître « au grand jour » que si l’un d’entre eux rompt les liens et se retourne « vers ce qui est réellement ». Ce prisonnier libéré, qui comprend soudain « qu’il ne voyait que des lubies » souffre immédiatement de l’intensité de lumière au point d’en avoir « mal aux yeux » et de vouloir s’en retourner « vers ces choses qu’il est en mesure de distinguer ». Il lui faut le temps de s’habituer à ce changement de perspective s’il veut aller plus loin et contempler le ciel et ses astres. Alors, « se remémorant sa première habitation », il finit par se réjouir et par plaindre les autres. Mais à ce moment, l’ex-prisonnier n’est plus comme les autres hommes, il est un marginal qui s’est, par l’audace de sa démarche, mis en danger.

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Réflexion autour de « Matrix » et de l’allégorie de la Caverne de Platon (1/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Le corpus que j’ai proposé aux étudiants est constitué de documents tous relatifs à l’évocation d’un autre monde, celui que, dans « l’Allégorie de la Caverne », le philosophe Platon appelle « la Vérité » ou « les Idées ». Ce texte, le plus ancien de tous puisqu’il s’agit d’une traduction du grec ancien, est extrait du chapitre 7 de la République et sert de référence explicite ou implicite à l’ensemble des autres documents beaucoup plus récents : un extrait de l’ouvrage de vulgarisation de J. Gaarder, le Monde de Sophie (dans lequel l’auteur entreprend d’expliquer à une petite fille les grands concepts philosophiques), une planche de BD extraite de l’ouvrage la Planète des Sages, intitulée « Capitaine Caverne », illustrant l’allégorie de la caverne, un article extrait de l’ouvrage Matrix, Machine philosophique, et trois sonnets des Fleurs du mal de Baudelaire, Baudelaire dont la poésie passe pour être « d’essence platonicienne ».

Nous verrons dans un premier temps comment cette vieille allégorie continue d’éclairer notre époque grâce à ceux dont le métier consiste à rendre accessibles des concepts un peu complexes et puis, dans un second temps, comment elle travaille en profondeur la pensée d’artistes de natures diverses.

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Quelques cours sur le blog

Publié le par Eric Bertrand

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En cette fin d’année, alors que mes élèves vont « voler de leurs propres ailes », et que je vais partir pendant environ trois semaines faire passer des oraux, je propose de publier dans les jours qui viennent certains éléments de cours que j’ai pris plaisir à faire. D’abord un cours de BTS sur le film Matrix puis un cours sur un choix de textes de Baudelaire...

J’ai évoqué dans un autre article ce film d’action philosophique (j’aime ce genre d’oxymore). L’un de mes étudiants étant intéressé par « Matrix », j’ai construit ce cours afin de travailler la partie « Culture générale » !

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Les purs chez Balzac (2/2) : Eugénie Grandet

Publié le par Eric Bertrand

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Dans une certaine mesure, la jeune Eugénie Grandet, originaire de Saumur est « cousine » de Rastignac. Elle n’a vécu que dans l’ombre et le sillage de l’odieux Grandet, avare tonnelier occupé simplement à augmenter sa fortune par des spéculations à n’en plus finir sur ses bouteilles de vin, sur ses peupliers, et... sur la mort de son frère dont il reçoit le fils chez lui. L’apparition de cet enfant pur et élégant révèle à l’innocente Eugénie la noirceur de son père et la grandeur de la passion.

                Un passage du roman artistement écrit révèle, à travers la description du jardin vu à travers la fenêtre de la chambre d’Eugénie, les ravages du trouble amoureux qui l’inonde. Les fleurs, les plantes, les arbres, cessent d’être un décor figé comme les paires de chaussettes que ravaudait la jeune fille pour son père. Elle entrevoit l’immensité du Sentiment. Elle rappelle dans un autre genre l’Agnès de l’Ecole des Femmes et annonce la frénésie libérée de Jeanne dans une Vie. Mais Jeanne n’a pas à subir la tyrannie d’un père qui lui impose ses vues et l’empêche d’exercer la générosité dont elle voudrait montrer les signes à son cousin. Pas de sucre dans le café, pas de chandelle allumée le soir, pas de feu dans la cheminée... Cet univers auquel elle s’était habituée sans l’analyser lui est soudain révélé par les feux de la passion. Elle vivait dans un monde « éteint » et Charles est une lumière qui s’allume.

                La passion est d’autant plus belle qu’elle est partagée et qu’elle contraste avec le milieu dans lequel elle se déploie. Le tempérament romantique des deux candides les verse dans un éblouissement réciproque dont la référence est trouvée dans l’œuvre de Goethe. Pour pallier aux difficultés financières de son cousin, la jeune fille sacrifie ses économies alors que son père (qui sait se faire passer pour un miséreux) tire parti de la situation. Il s’arrange aussi pour faciliter le voyage vers les Indes de son neveu et ainsi le pur Charles s’en va loin des yeux, loin du cœur et se durcit, se lance dans des commerces interlopes, vend des esclaves... Se construit une fortune et lorsqu’il revient à Paris, fait un beau mariage. Eugénie est bien loin comme en témoigne la froide lettre qu’il lui envoie !  

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