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Article du mois : reportage au cœur du bidonville (version intégrale)

Publié le par Eric Bertrand

vernissage l'Houmeau (21) [1600x1200]

 

Manille est une ville de contrastes située dans l’Archipel des Philippines. J’écrivais hier un papier sur le quartier des affaires et j’ai noté bêtement cette analyse (digne d’un apprenti journaleux !) à propos du bidonville qu’on aperçoit de l’autre côté de la voie ferrée, lorsqu’on arrive à la gare centrale : « le bidonville de Manille doit être comme tous les bidonvilles, un îlot d’insalubrité, un secteur hors la loi, déserté par la vie et dans lequel les gens meurent de faim et survivent parmi les détritus et la vieille tôle »...

                J’ai rencontré ce matin la famille Lopez : ils étaient venus dépenser en ville les quelques pesos qu’ils étaient parvenus à gagner au cours de la semaine précédente. Ils rentraient chez eux, au nouveau bidonville, pas celui sur pilotis où il y avait trop de dangers à cause des noyades ou des incendies, mais celui nouvellement édifié sur le site d’une décharge. Lopez est bavard et ne me cache rien... C’est comme s’il avait compris mon rôle de journaliste et qu’il « m’expliquait le job ».

                Il  est philosophe dans son genre : il affirme que, comme la vie, le bidonville est « chose éphémère » et que l’îlot qu’il habite désormais avec sa femme et ses enfants risque d’être un jour rasé par l’état. Personne ne possède d’acte de propriété ! Sa « maison » est comme les autres « tolérée » et « provisoire ». Mais il est content de m’inviter et de me faire découvrir son bidonville. Je les ai donc suivis, moins dans l’idée de faire un nouveau papier, qu’attiré par la sympathie immense que m’inspirait cette famille. La petite fille a des dents toutes blanches et un sourire irrésistible. Avec son frère, elle joue inlassablement avec une petite toupie de bois et ça les fait beaucoup rire et se taquiner.

                Cette impression de légèreté persiste curieusement à l’intérieur du bidonville. Les deux gamins continuent de jouer. Quand ils ne vont pas à l’école (obligatoire jusqu’à 12 ans), quand ils n’aident pas leurs parents dans les menus travaux de la vie quotidienne, ils s’amusent ainsi avec des riens et pratiquent, dans les endroits les plus insolites, les jeux universels : cache-cache, un deux trois soleil ! Des jeux cruels aussi, comme celui de colorier des poussins  pour en faire des marionnettes de combats aux teintes multicolores, comme de petits catcheurs à deux pattes. La violence et le goût du sang prennent souvent le masque de l’Innocence... En tout cas, même dans leurs jeux les plus inventifs, l’une de leurs occupations favorites est de détourner, comme leurs parents, les objets qu’ils ramassent à droite et à gauche.

                Car un bidonville est un improbable tissu de masures : agglomérats de tôle, de bouts de bois et de fer, linges, étoffes diverses, matériaux de toutes sortes glanés à même le sol et disputés à la vermine. Habitat précaire, pyramidal, menaçant à tout instant de s’écrouler. La rue est sordide, bruyante. Lancés dans la course frénétique de l’existence, les habitants s’y côtoient vaille que vaille. Installés à la fenêtre de leurs sari-sari, certains vendent des produits de première nécessité, dosettes ridicules de champoing, dentifrice, lessive, café... Ils les revendent au profit des grosses sociétés commerciales dont le mufle vient cyniquement baver jusque sur le trottoir. Des affiches publicitaires mal collées dégoulinent sur les murs. On voit l’intérêt renifleur qui tire sur sa laisse et traque l’argent, même dans le bidonville.

                Lopez me tire par le bras. Il m’invite à entrer chez lui. C’est la petite fille qui me fait faire la visite. Elle me présente son grand-père assis dans un coin, gêné. Elle précise qu’elle l’aime beaucoup, « parce que c’est un homme bon ». La grand-mère accroche la dernière lessive au fil qui pend contre le mur à l’entrée. Une figure de sainte-vierge est accrochée, juste à côté des hardes et veille. Vu le nombre des oripeaux, il y a du monde à la maison ! Six dans un espace d’environ six mètres carrés.

                La signora Lopez m’explique à plusieurs reprises que lorsque l’on est chez soi, ce qui importe, c’est le combat contre les bactéries et la saleté ! Il est important de garder la dignité comprenez-vous, et de ne pas laisser la vermine de la rue entrer dans la maison. C’est tout petit. Les jouets sont enclos dans leurs emballages. Pikachu ne risque pas d’attraper un mauvais rhum ! L’odeur du poisson séché est insoutenable. Dans un coin, le poste de télévision est allumé. Lopez gonfle le poitrail : c’est une fierté d’être raccordé à l’électricité, même si on doit la payer très cher, aussi cher que l’eau qu’on recueille à la pompe d’un voisin.

                Signora Lopez renchérit : le prix qu’on paye est à la hauteur de l’image qu’on donne de soi ! Chez les Lopez, on chante très bien, et on est très bons au karaoké : même si les chansons qu’on fredonne ne durent jamais longtemps, elles font oublier la ville des riches, la ville tentaculaire de l’autre côté de la voie ferrée, la ville qui avance toujours et qui écrase tout sur son passage... Elles mettent de l’eau courante dans les tuyaux, de l’électricité dans les rues et transforment le bidonville en palais.

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Blog couleur printemps

Publié le par Eric Bertrand

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                  Me revoilà sur le blog pour une série d’articles qui mèneront jusqu’à l’été... Au programme, l’article du mois, un long article sur « Titanic », le film que j’ai revu en 3D avec un égal plaisir et une même émotion, des cours sur Baudelaire que je propose de partager (j’y ai bien travaillé ces vacances afin de faciliter la tâche à mes élèves qui préparent le bac et qui, vu le contexte de fin d’année, disposeront de peu d’heures de cours), le bilan d’une visite à la maison de Mauriac à côté de Bordeaux...

                D’autres surprises aussi, à découvrir au fil des jours. Et d’abord, du nouveau en ce qui concerne la publication de mes deux ouvrages...

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Bilan d’interview sur France Inter

Publié le par Eric Bertrand

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Pas évident cet exercice de la radio à une heure si matinale... On dort mal, on guette le réveil, on s’attend à entendre sonner le téléphone avant le saut du lit. Et puis la parole vous est donnée... Par quel angle aborder toutes les pages, les photos, les rues, les signes, les périodes consacrés à La Rochelle... La situation de communication n’est pas aisée non plus ! Tout à coup, face au bureau, c’est le moment de s’adresser à une vague collectivité qui vous écoute dans des conditions tellement variées.

                Par comparaison, je trouve plus difficile cet exercice de radio que l’exercice du plateau télé... A la télé, vous avez en face de vous le journaliste, l’équipe présente en studio, et les caméramen qui sont « aux petits soins ».

                Finalement, le moment appréhendé s’est bien passé. A la radio aussi, il y a une équipe de professionnels qui vous encadre !

 

http://www.franceinter.fr/emission-emmenez-moi-dans-mysteres-de-la-rochelle-avec-erick-bertrand

 

                J’en profite pour laisser le lecteur sur ces échos car la période des vacances m’amène à faire une nouvelle pause dans ce blog. Et puis, qu’on se le dise, voici venir les élections ! Rendez-vous après le 6 mai !

 

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Un blog vocal !

Publié le par Eric Bertrand

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                       Et si pour une fois, le rendez-vous matinal se faisait à la radio ! Je l’ai déjà fait deux fois sur France inter à propos du blog (blog à part) et des Nouvelles pour l’été avec Patricia Martin (émission qu’on peut entendre sur le site http://www.ericbertrand.fr

                Aujourd’hui, bonjour Brigitte Patient. Dans quelques minutes, je suis prêt, mon réveil (interne !) a sonné ! Rendez-vous donc sur France inter ou sur le podcast d’un « Jour tout neuf » !


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« La Loi du Silence » d’Alfred Hitchcock ou la réécriture du chemin de croix

Publié le par Eric Bertrand

 


La loi du silence - Trailer par enricogay

 

Jusqu’à quel point d’héroïsme la conscience d’un prêtre peut-elle aller lorsqu’il est tenu par le secret de la confession ? C’est tout l’intérêt dramatique de ce film de Hitchcock dont le héros, le père Logan, a entendu en confession le crime crapuleux commis par Otto Keller, son sacristain. Pour dissimuler son délit, l’assassin  s’est vêtu de la soutane du prêtre et deux écolières ont vu « le prêtre » sortir du logement de la victime, un dénommé Vilette, indirectement lié à l’intrigue amoureuse sous-jacente.

                Logiquement, les soupçons se portent sur l’abbé Logan, d’autant que la déposition de la femme qu’il aime encore joue contre lui : quand il était jeune, avant la guerre, il avait une relation avec Ruth, filmée comme un ange, tout en blanc au début. La guerre les sépare et quand Logan revient, décidé d’entrer dans les ordres, elle s’est mariée. La relation reste ambiguë, arbitrée par le sieur Vilette qui interprète à sa manière un incident compromettant dont il a été témoin. Le couple « d’amants maudits » a-t-il cherché à éliminer cet adversaire gênant qui se livre au chantage ? Odieuse hypothèse qui fait basculer le vertueux prêtre au rang de canaille.

                L’un des intérêts du film consiste notamment dans la réécriture du fameux épisode de l’Evangile, celui du chemin de croix. Tout au long des rues de Québec et de cette muraille qui rappelle un peu celle de Jérusalem, Logan est un christ mis au calvaire. Les stations sont marquées par l’intensité de souffrance qu’endure la conscience du prêtre irréprochable, admirablement interprété par Montgomery Clift de l’Actors Studio. Pour composer son personnage, l’acteur s’est enfermé dans un monastère pour observer les moines, leur démarche, comprendre leur droiture et parfois leur degré d’égarement. Quand il s’arrête une première fois, c’est sous un monument reproduisant l’une des étapes du chemin de croix. Au terme de son itinéraire, il remonte à son église, ultime protection.

                Le sacristain joue le rôle de Juda. Il ment pour s’innocenter aux yeux de la police. Il trahit celui qui l’a aidé en spéculant sur la conscience de l’homme d’église. A l’issue du procès, mené par le procureur Robertson, autre Ponce Pilate qui se lave les mains de l’énormité de son erreur, le prêtre retrouve la foule farouche et haineuse, prête à lapider le traitre. Visage de la mégère qui croque une pomme, gestes menaçants, cohue autour du « larron », encadré par les policiers légionnaires. Et « deus ex macchina », le visage implorant de Marie Madeleine, la femme du sacristain rongée par le remords et qui se jette au pied du prêtre pour avouer le crime et sauver la figure du supplicié.

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