En France, terre de culture et de moissons, terre de Gaulois qui étaient avant tout
des cultivateurs (témoin le nombre de mots français qui sont d’origine gauloise et qui renvoient tous à des réalités agricoles) on ne s’étonnera pas, lorsque les affaires marchent d’avoir « de
l’oseille », « du blé » ou de « gagner du blé ».
En Allemagne, on ne parle pas de blé mais de charbon : cette réalité du combustible renvoie
à un autre paysage, celui de la Rhur par exemple ! Avez-vous du charbon ? Allez, au charbon !
Je débute enfin (promis depuis longtemps !) une série d’articles consacrés aux idiomes rencontrés dans les différents pays,
cette part si intime qui fait la spécificité d’un peuple et qui dévoile un peu de sa nature et de son imaginaire... Je me servirai de l’un de ces livres qui me sert de « bible » : celui du
linguiste Claude Hagège, souvent évoqué dans ce blog et de son article intitulé « Idiomes » dans « le Dictionnaire amoureux des langues ».
Avant de commencer à regarder de près certaines de nos expressions si intraduisibles en d’autres langues, je propose à mon
lecteur le plaisir d’écouter (peut-être de découvrir) la virtuosité de Claude Hagège, la générosité de son savoir alimenté des diverses langues qu’il connaît si bien et qui font de sa culture un
ensemble si baroque...
Cette question me ramène en mémoire l’œuvre de Vercors (qu’il faudra d’ailleurs que je relise car je pourrais bien
en faire le support d’un cours l’an prochain) au sujet des « tropis » : le roman s’appelle les Animaux dénaturés et raconte comment un groupe de savants découvre, dans la jungle de
Nouvelle-Guinée, une colonie de quadrumanes dont les habitudes rappellent celles des hommes : ils enterrent leurs morts, ils sont troglodytes.
Leur force physique les désigne aussitôt comme une commode main d’œuvre à bon marché et certains n’ont aucun intérêt à les
voir considérer comme des hommes, même si les signes de leur humanité sont flagrants !
La réflexion que mène Vercors est en outre doublement intéressante car elle comporte une version écrite pour la scène :
Zoo ou l’Assassin philanthrope
A quel moment peut-on affirmer qu’une créature de forme humaine est un homme ? Cette question a agité d’interminables
polémiques autour de la notion d’humanité. Et de nombreuses œuvres littéraires et cinématographiques... C’est le cas du film de Régis Wargnier, « Man to man ».
Nous sommes en 1870 et un naturaliste écossais, le sympathique et pugnace Jamie, ramène d’Afrique un couple de Pygmées afin
d’affiner sa connaissance de l’homme et de ses origines. Sa soif de connaissances et la qualité de la relation qu’il crée avec les indigènes est vite perturbée par la réaction violente, cupide ou
paternaliste de son entourage.
Ces sauvages sont des spécimens davantage destinés au zoo et le succès et la gloire sont garantis par leur intermédiaire. Sont-ils des
animaux ou des êtres humains ? Ils sont capables de nommer spontanément les gens qu’ils connaissent, capables de tendre des pièges fondés sur la simulation pour parvenir à leurs fins,
capables aussi de comprendre et de partager des émotions. Certains préfèrent ne pas le voir ni l’admettre et camper sur l’idée de l’animalité du Pygmée.
C’est que le monstre de foire rapporte sans doute davantage. D’autant que la « femelle » est enceinte et que
l’embryon qu’elle porte devient un enjeu important. Mais Jamie veille... Un moment évincé par ses rivaux, il s’interpose in extremis et prétend que l’enfant est de lui, ce qui garantit
« l’humanité » de l’enfant.
En digne héritier de Rabelais et de François Villon, Brassens qui, comme il le dit lui-même « lâche des pleines bouches de mots crus
», a toujours eu un faible pour les bons mots et les mots sonores. D’où la saveur de ses chansons et notamment de cette « ronde des jurons » que je livre en conclusion à ce petit « parcours
» à travers jurons et insultes !
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
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