« Mettre la main à la pâte »... Voici une expression boulangère très courante qui marque la bonne volonté dont on
témoigne pour venir prêter main forte et « mettre la main à la pâte », en « mouillant sa chemise ».
Il y a du Raimu là-dessous, un franc parfum de baguette chaude qu’on ne retrouve pas dans l’expression anglaise qui
préfère que l’on « mette l’épaule à la roue ». « To put one’s shoulder to the wheel »...
L’effort est plus austère, plus froid, plus pincé peut-être. L’épaule rejoint la roue glaciale, elle trouve sa place
dans un engrenage...
Restons dans l’opposition France-Allemagne : nous disons parfois, nous autres Français que la tradition
britannique représente volontiers assis sur un vélo, baguette à la main et collier d’oignons autour du cou : « Ce n’est pas mes oignons »... Ce n’est pas mes oignons, donc passons notre
chemin.
L’Allemand lui, qui ne connait pas la coquetterie des « Johnnies » et de leurs ornements dira plutôt
dans sa langue en sortant par exemple d’une taverne bavaroise, « ce n’est pas ma bière » !
En France, terre de culture et de moissons, terre de Gaulois qui étaient avant tout
des cultivateurs (témoin le nombre de mots français qui sont d’origine gauloise et qui renvoient tous à des réalités agricoles) on ne s’étonnera pas, lorsque les affaires marchent d’avoir « de
l’oseille », « du blé » ou de « gagner du blé ».
En Allemagne, on ne parle pas de blé mais de charbon : cette réalité du combustible renvoie
à un autre paysage, celui de la Rhur par exemple ! Avez-vous du charbon ? Allez, au charbon !
Je débute enfin (promis depuis longtemps !) une série d’articles consacrés aux idiomes rencontrés dans les différents pays,
cette part si intime qui fait la spécificité d’un peuple et qui dévoile un peu de sa nature et de son imaginaire... Je me servirai de l’un de ces livres qui me sert de « bible » : celui du
linguiste Claude Hagège, souvent évoqué dans ce blog et de son article intitulé « Idiomes » dans « le Dictionnaire amoureux des langues ».
Avant de commencer à regarder de près certaines de nos expressions si intraduisibles en d’autres langues, je propose à mon
lecteur le plaisir d’écouter (peut-être de découvrir) la virtuosité de Claude Hagège, la générosité de son savoir alimenté des diverses langues qu’il connaît si bien et qui font de sa culture un
ensemble si baroque...
Cette question me ramène en mémoire l’œuvre de Vercors (qu’il faudra d’ailleurs que je relise car je pourrais bien
en faire le support d’un cours l’an prochain) au sujet des « tropis » : le roman s’appelle les Animaux dénaturés et raconte comment un groupe de savants découvre, dans la jungle de
Nouvelle-Guinée, une colonie de quadrumanes dont les habitudes rappellent celles des hommes : ils enterrent leurs morts, ils sont troglodytes.
Leur force physique les désigne aussitôt comme une commode main d’œuvre à bon marché et certains n’ont aucun intérêt à les
voir considérer comme des hommes, même si les signes de leur humanité sont flagrants !
La réflexion que mène Vercors est en outre doublement intéressante car elle comporte une version écrite pour la scène :
Zoo ou l’Assassin philanthrope
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
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