Cette question me ramène en mémoire l’œuvre de Vercors (qu’il faudra d’ailleurs que je relise car je pourrais bien
en faire le support d’un cours l’an prochain) au sujet des « tropis » : le roman s’appelle les Animaux dénaturés et raconte comment un groupe de savants découvre, dans la jungle de
Nouvelle-Guinée, une colonie de quadrumanes dont les habitudes rappellent celles des hommes : ils enterrent leurs morts, ils sont troglodytes.
Leur force physique les désigne aussitôt comme une commode main d’œuvre à bon marché et certains n’ont aucun intérêt à les
voir considérer comme des hommes, même si les signes de leur humanité sont flagrants !
La réflexion que mène Vercors est en outre doublement intéressante car elle comporte une version écrite pour la scène :
Zoo ou l’Assassin philanthrope
A quel moment peut-on affirmer qu’une créature de forme humaine est un homme ? Cette question a agité d’interminables
polémiques autour de la notion d’humanité. Et de nombreuses œuvres littéraires et cinématographiques... C’est le cas du film de Régis Wargnier, « Man to man ».
Nous sommes en 1870 et un naturaliste écossais, le sympathique et pugnace Jamie, ramène d’Afrique un couple de Pygmées afin
d’affiner sa connaissance de l’homme et de ses origines. Sa soif de connaissances et la qualité de la relation qu’il crée avec les indigènes est vite perturbée par la réaction violente, cupide ou
paternaliste de son entourage.
Ces sauvages sont des spécimens davantage destinés au zoo et le succès et la gloire sont garantis par leur intermédiaire. Sont-ils des
animaux ou des êtres humains ? Ils sont capables de nommer spontanément les gens qu’ils connaissent, capables de tendre des pièges fondés sur la simulation pour parvenir à leurs fins,
capables aussi de comprendre et de partager des émotions. Certains préfèrent ne pas le voir ni l’admettre et camper sur l’idée de l’animalité du Pygmée.
C’est que le monstre de foire rapporte sans doute davantage. D’autant que la « femelle » est enceinte et que
l’embryon qu’elle porte devient un enjeu important. Mais Jamie veille... Un moment évincé par ses rivaux, il s’interpose in extremis et prétend que l’enfant est de lui, ce qui garantit
« l’humanité » de l’enfant.
En digne héritier de Rabelais et de François Villon, Brassens qui, comme il le dit lui-même « lâche des pleines bouches de mots crus
», a toujours eu un faible pour les bons mots et les mots sonores. D’où la saveur de ses chansons et notamment de cette « ronde des jurons » que je livre en conclusion à ce petit « parcours
» à travers jurons et insultes !
Dans mon travail en BTS sur les jurons, j’ai travaillé sur un article consacré aux jurons québécois. Très différents des nôtres, vous
allez voir ! En même temps qu’un joyeux défilé de jurons, cet article paru dans « Courrier International » présentait une curieuse exposition consacrée à des objets d’église et soulignait un
paradoxe : celui de la présence dans la langue courante au Québec, de jurons qui sont empruntés au lexique de la liturgie.
L’Eglise catholique, très active au Québec, est propriétaire de « mots saints »... Par réaction contre elle, les Québécois se sont mis
à utiliser pour jurer ou plutôt « sacrer » des mots comme « tabernak », « ostie », « ciboire » ou « câlice »... Cela dans le but de mettre à distance des rituels qui leur pesaient. Or, phénomène
inverse, à l’heure actuelle, alors que les nouvelles générations tendent à oublier de plus en plus l’origine des mots et des expressions, certains conservateurs s’efforcent de ramener sur le
devant de la scène la réalité première de ces chers « sacres » menacés à leur tour d’extinction ! Il faut en effet de plus en plus souvent, constatent les éducateurs, rappeler aux élèves
railleurs qu’un guide ou qu’un bedeau ne jure pas lorsqu’il leur montre un tabernacle, un ciboire, une ostie, qui plus est, con-sacrée !
Je vous laisser rêver
avec cette réflexion de Woody Allen qui me rappelle un peu l’extraordinaire nouvelle de Scott Fidzgerald : « l'Etrange histoire de Benjamin Button »...
On devrait vivre la vie à l'envers. Tu commences par mourir. Ça élimine ce traumatisme qui nous suit toute la vie. Après, tu te
réveilles dans une maison de retraite, en allant mieux de jour en jour. Alors, on te met dehors sous prétexte de bonne santé et tu commences par toucher ta retraite.
Ensuite, pour ton premier jour de travail, on te fait cadeau d'une montre en or et tu as un beau salaire. Tu travailles quarante ans jusqu'à ce que tu sois suffisamment
jeune pour profiter de la fin de ta vie active. Tu vas de fête en fête, tu bois, tu vis plein d'histoires d'amour ! Tu n'as pas de problèmes graves. Tu te prépares à faire
des études universitaires.
Puis, c'est le collège. Tu t'éclates avec tes copains, sans affronter les obligations, jusqu'à devenir bébé. Les neuf derniers
mois, tu les passes flottant tranquille, avec chauffage central, room service , etc... Et, à la finale, tu quittes ce monde dans un orgasme !
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
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