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Cauchemars et rêves de métamorphose (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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                Il y a d’immondes cauchemars à la Kafka, où l’on se retrouve sous la peau d’une bestiole infecte comme un scarabée ou une tique (c’est l’histoire de la tique dans « le Parfum »). Hugo, dans le dernier livre des Contemplations interprète ces formes bizarres de la vie comme une régression dans l’échelle des êtres, une sorte d’expiation qui nous permet de purger, sous la forme brute d’un caillou, d’un verrou, d’une araignée, d’un scorpion, quelque faute commise dans une vie antérieure (charmant !)
               Toutes les métamorphoses ne sont pas hideuses et dégradantes. Avec l’Organisme, j’ai traité derrière Kafka un type de métamorphose problématique et j’y faisais récemment référence à travers l’attractive et répulsive « mouche d’or » qu’est la Nana de Zola. Et pourtant, même à travers ces régressions, il semble bien que l’homme n’y perde pas toujours au change. Témoin cette ultime fable de La Fontaine qu’on trouve dans le livre XII : « les Compagnons d’Ulysse ».
               La Fontaine y reprend le récit qui montrait ces derniers transformés en porcs par la magicienne Circé. Chez le fabuliste, ils sont transformés en différents animaux, qui en lion, qui en ours, en renard... Bref, le monde des fables dans la fable. Et, au moment où Ulysse obtient la grâce de la magicienne, ils préfèrent rester dans l’enveloppe animale plutôt que de se réincarner en homme ! C’est dire le peu de cas qu’il fait de l’esprit humain.

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« Rhinocéros » ou la bête immonde à l’assaut de l’humanité (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

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              Un scénario qui me rappelle le dénouement de ma pièce sur la téléréalité, « Loft History 2084 » dont le personnage principal, « Tarzan », l’homme, au moment de la déroute finale, constate que toutes ses partenaires cèdent à la tentation du succès et des paillettes et hurle sur la scène :


              "On n’est pas encore des rhinocéros, n’est-ce pas monsieur Ionesco, non, surtout pas des rhinocéros ! … Big Brother, tu ne me feras pas de cornes avec toutes tes caméras ! (serrant contre lui Rosalinde) Moi je m’appelle Tarzan, et je le dis en face, à tous les téléspectateurs et à Big Brother et à tout le reste de sa clique… Je m’appelle Tarzan et je suis encore vivant et j’incarne l’espèce humaine. Les textes que je dis, je les comprends, je les sens, et jamais je n'en ferai commerce, vous m’entendez, jamais !"


 

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« Rhinocéros » ou la bête immonde à l’assaut de l’humanité (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

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                Le travail de l’écrivain consiste à étudier, à travers cette fable onirique, les étapes qui mettent l’homme à nu et qui l’anéantissent au point de le métamorphoser. L’une des scènes les plus hallucinantes est celle où Bérenger voit Jean se transformer en rhinocéros (tableau 2 de l’acte 2) : vous avez mauvaise mine, votre teint est verdâtre... Votre peau durcit... Tout de même, nous avons notre morale à nous, que je juge incompatible avec celle de ces animaux / Parlons-en de la morale, j’en ai assez de la morale... / Vous vous rendez bien compte que nous avons un système de philosophie que ces animaux n’ont pas, un système de valeurs irremplaçable. Des siècles de civilisation humaine l’ont bâti. / L’humanisme est périmé, vous un vieux sentimental ridicule...

                Au fil de la pièce, Bérenger est de plus en plus isolé, poussé dans les retranchements d’un discours qui n’a plus de sens que pour lui (et pour le lecteur navré par la déroute des idéaux !) : on ne peut pas ne pas se sentir concerné directement, on est trop violemment surpris pour garder tout son sang froid... / De toute façon, on doit avoir au départ, un préjugé favorable ou sinon, au moins une neutralité, une ouverture d’esprit... Laissez-les courir. Et soyez plus poli...

               Même l’amour est rattrapé par la maladie : la scène finale partagée avec Daisy, la secrétaire dont il était amoureux et qu’il séduit, s’achève sur un cruel abandon. La jeune femme, à son tour tentée par le défilé grégaire, quitte les bras de son amant et rejoint le troupeau : plus personne ne s’étonne des troupeaux de rhinocéros parcourant les rues à toute allure. Les gens s’écartent sur leur passage, puis reprennent leur promenade, vaquent à leurs affaires, comme si de rien n’était... Nous devrions essayer de comprendre leur psychologie, d’apprendre leur langage / Ils n’ont pas de langage ! Tu appelles ça un langage ?... Ecoute Daisy, nous pouvons faire quelque chose. Nous aurons des enfants, nos enfants en auront d’autres, cela mettra du temps, mais à nous deux nous pourrons régénérer l’humanité... Trop tard maintenant ! Hélas je suis un monstre... Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas !

 

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« Rhinocéros » ou la bête immonde à l’assaut de l’humanité (1/3)

Publié le par Eric Bertrand

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               Et si la bêtise, l’esprit à courte vue, la brutalité, le fanatisme et la violence s’incarnaient dans la peau d’une créature aussi épaisse et impénétrable que le rhinocéros... Lorsque Ionesco écrit cette pièce en 1958, il pense évidemment au nazisme et à toutes ces formes de totalitarisme ou de massification qui ont marqué (et continuent de marquer) la vie en société.

               Comme les animaux malades de la peste de La Fontaine, ces « fauves » (c’est ainsi que les désignent les personnages), n’ont aucune réalité biologique. Ils existent, ils paradent, ils écrasent tout sur leur passage, ils terrifient ou fascinent, et, bien évidemment, ils sont contagieux. On l’a compris, la « rhinocérite » est une épidémie. Les « pachydermes » barrissent et galopent dans tout l’espace scénique, ils prennent de la place, ils prolifèrent, et les uns après les autres, les personnages de la pièce sont atteints. Mr Bœuf, le bien nommé, en est la première victime, tout comme « la grosse Mme Bœuf » qui ne peut pas se passer de son mari. 

                 L’angoisse monte pour le personnage le plus lucide et critique de tous, Bérenger, un anti héros qui constate que même Jean, son ami, beaucoup plus cultivé et intelligent que lui, modèle de sobriété et d’honnêteté, est atteint. Personne ne se méfie, les gens s’habituent, vaquent à leurs occupations, s’abrutissent dans le travail, refusent de voir la réalité en face. Rhinocéros ou non, soucoupes volantes ou non, il faut que le travail soit fait...

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« Cinna » de Corneille

Publié le par Eric Bertrand

 

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            On a déjà évoqué dans ce blog qui rappelle parfois des étymologies et le sens premier des mots la signification de l’adjectif cornélien. Chez Corneille, les situations sont à ce point complexes, inextricables et, pour le coup, « cornéliennes », qu’elles constituent la source même du tragique. Les personnages de Corneille sont d’une exigence absolue et ne transigent en aucune manière avec les principes. Prenons « le Cid » déjà examiné ou encore « Cinna », pièce qui fait l’objet de l’article d’aujourd’hui.

           Emilie aime Cinna et exige de lui qu’il tue Auguste qui a naguère immolé son père. Elle met ainsi sa bravoure à l’épreuve et s’assure de la réelle qualité, « générosité » (mot cornélien !) de son amant. Mais en même temps, en se soumettant à ce devoir que lui dicte son honneur et son sens de la filiation, elle sait qu’elle va perdre celui qu’elle aime plus que tout au monde : « Au milieu toutefois d’une fureur si juste, j’aime encore plus Cinna que je ne hais Auguste ».

           Par ailleurs Cinna est reconnaissant envers Auguste qu’il juge un bon souverain. Il est déchiré entre le sens de l’honneur de sa maîtresse et le sens de l’honneur à son roi. Situation comme on le voit bel et bien cornélienne dans une pièce où les impératifs moraux sont la source du tragique.

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