La mort est un sujet assez grave pour que les hommes l’abordent sous toutes ses formes, artistiques ou non. Le biais
de la plaisanterie est souvent privilégié notamment dans le dispositif du langage qui procède souvent par volonté d’atténuation de la douleur ou du tragique que la réalité de la chose
implique.
L’argot préfère le délicat « casser sa pipe » ! La vie est ainsi représentée comme un petit tube fragile (tout
dépend de la matière dont est constitué ce tube !) qu’on fume le temps de quelques années. Pas de métaphore minérale pour l’espagnol qui affirme que mourir c’est « étirer la jambe », ce que le
portugais nuance en suggérant que c’est plutôt « tendre le jarret ». Affaire de détente, la mort comme ultime épreuve d’athlétisme dans le décathlon de la vie !
Ces quelques expressions concernent en tout cas le moment de la mort, le déclic qui fait passer de vie à trépas... Mais
l’histoire ne s’arrête pas là : quand on a « fait le grand saut », quand on est mort, c’est pour longtemps et les langues nous réservent d’autres charmantes formules qu’on détaillera demain.
Certains tempéraments facétieux aiment bien s’amuser aux dépens des autres et tirer parti de « la bonne mine » de celui qu’ils « mettent en boite ». C’est un peu comme un pantin dont ils se
plaisent à tirer les ficelles car ils en connaissent parfaitement le fonctionnement. Une fois mis en boite, le pantin a du mal à échapper au piège de la plaisanterie et, comme on dit, « il a bon
dos ». Surtout si on l’a mis dans « la boite de Pandore » avec le reste des maux !
Peut-être que les Anglais trouvent plus amusant le fait de « tirer la jambe de quelqu’un » : « to pull someone’s leg. » ; Le
résultat est le même : il s’agit de faire perdre l’équilibre pour s’amuser de la maladresse du boiteux ! J’en connais de ces albatros !
Nous traversons tous des expériences difficiles, des moments douloureux ou pénibles, des épreuves que nous
avons hâte de terminer. Une expression idiomatique (utilisée souvent de façon galvaudée) est intéressante à comparer à d’autres langues : elle est issue de l’univers ferroviaire, elle sent la
gare Montparnasse ou n’importe quelle petite gare du Jura, des Alpes, des Vosges ou des Pyrénées. « Voir le bout du tunnel ».
Le cours de maths est trop long, j’ai hâte de voir le bout du tunnel. La file de voitures n’en finit pas, quand donc
sortirons-nous du tunnel ?... De l’autre côté de la Manche, les Britanniques qui jadis par la Cornouailles et l’immense forêt de Brocéliande, étaient reliés aux côtes de « petite Bretagne, disent
encore qu’il faut « sortir de la forêt » (« to get out of the wood »), et les Allemands, dissimulés derrière les inquiétants vallonnements de la forêt noire, affirment qu’il faut « passer de
l’autre côté de la montagne ».
En ce matin tout noir de nuit, certains d’entre vous ont choisi de « dormir à points fermés ». Il y a de l’obstination dans cette
belle expression. L’indignation du réveil qu’on est prêt à refuser jusqu’au fond du sommeil, dussions-nous en serrer les poings !
Sauf que cette homonymie oublie que « le point », c’est aussi l’infime parcelle de chair qui laisse filtrer le jour ! Pas de
telles nuances en espagnol dormir « la jambe relâchée », surtout si c’est après une partie de jambe en l’air !
Décidément, le langage autorise toutes les fantaisies à ce blog qui a la réputation de se tenir « droit dans ses bottes » !
Nos ancêtres les Gaulois foulaient allègrement la terre des champs et la poussière des poulaillers... Aussi
dit-on toujours « marcher sur des œufs » quand on prend beaucoup de précaution pour ne pas faire de casse.
En Angleterre, l’image est plus aérienne : « to skate on thin ice ». Pour ne pas aggraver une situation déjà
critique, pour ne pas faire de vagues ou tout briser, on « glisse sur de la fine glace » ! A vous de choisir laquelle des deux postures vous préférez pour ne pas jouer aux éléphants dans le
magasin de porcelaine.
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/