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Le grand amour du « Petit Prince » dans les Cahiers pédagogiques

Publié le par Eric Bertrand

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Parce qu’il est avant tout « art de la scène », le théâtre offre une formidable caisse de résonance en matière d’histoire des arts. Nos élèves appréhendent vite cette évidence puisque, dès le collège, les programmes de lettres les amènent à étudier les pièces en fonction de la « représentation ». C’est donc à partir de l’éclairage d’un travail mené sur la scène que je présenterai le bilan d’une expérience initiée au lycée Fulgence Bienvenue de Loudéac (Côtes d’Armor) et prolongée sous une autre forme au collège Beauregard de La Rochelle.

                     Entrer au contact d’une œuvre d’art, c’est aussi entrer au contact d’un univers dont le contenu peut être appréhendé aussi bien d’un point de vue humain que d’un point de vue géographique, linguistique, musical… Entre 2000 et 2006, avec trois autres collègues, dans un atelier d’expression artistique au lycée, nous avons pu donner une orientation nouvelle à la lecture d’auteurs pas forcément étudiés dans les classes : des univers comme ceux de Kérouac, Gainsbourg, Orwell, Tennessee Williams, Shakespeare, Pirandello ont servi de support à une réécriture qui impliquait également la prise en compte d’ateliers de claquettes et de musique.   http://www.atelier-expression-artistique.com/                  

                        Le travail mené depuis trois ans au collège se situe dans cette logique et rencontre parfaitement les préoccupations liées à « l’histoire des arts ». Riche des expériences menées en 2008-2009 et 2009-2010 dans le cadre d’une « classe à PAC théâtre » : « Aventures et mésaventures du vagabond dans les Fables de La Fontaine » (en 2009), puis « le Grand amour du Petit Prince » (en 2010), l’équipe pédagogique travaille actuellement sur « Gulliver mis en pièces ».

                         Revenons sur la réalisation du « Grand amour du Petit Prince », œuvre inscrite au programme de français de la sixième. Le principe de l’atelier consiste, grâce à l’intervention d’un professionnel du théâtre, à « revisiter » une œuvre pour lui donner une « respiration particulière » sur la scène et produire un spectacle en fin d’année. Commence alors une réflexion en équipe… que peuvent apporter au projet les professeurs de mathématiques, de géographie, de musique, d’arts plastiques, de SVT, de technologie, d’EPS, de français ? Comment peuvent-ils collaborer de façon harmonieuse et donner à l’adaptation une dimension proprement artistique ?  

                        Reprenons les choses du début… « Le Petit Prince » existe comme chacun sait sous la forme du célèbre conte de Saint-Exupéry… La base se présente donc d’abord comme une œuvre narrative qu’il faut adapter. La première approche passe donc, après lecture et réflexion, par une recréation. De quoi parle « le Petit Prince » ? En d’autres termes, quels sont les thèmes, les motifs, les images qui font sens pour un lecteur en 2010 ? Que privilégier dans ce « désert » où les « hélices » ne tournent plus et où les mirages remplacent les outils de l’aviateur ?

                        Pendant le cours de français, en atelier d’écriture, et à travers une série de petits exercices très ciblés, je propose aux élèves de s’exprimer sur les questions suivantes : « la société de consommation », « la nature », « l’amour », « l’enfance », « l’étrangeté des adultes », « la vie et la mort ». Je leur demande aussi de choisir les personnages et les images qui leur paraissent les plus représentatifs de l’univers de Saint-Exupéry. A ce stade de l’élaboration, le vocabulaire et la trame s’enrichissent des apports des différentes disciplines impliquées dans l’aventure : faune des déserts en SVT, diaporama en géographie, mobile avec planètes et satellites en mathématiques, « ballets fresques » en EPS, dessins et décors en arts plastiques, enregistrement de sons et de voix en éducation musicale… A ce propos, lorsque les cinq scènes sont enfin rédigées, l’écriture de « la chanson » du « Grand amour du petit prince » est l’occasion de revenir autrement sur l’ensemble de la pièce (chanson qu’on peut écouter à travers un clip vidéo à l’adresse suivante http://www.youtube.com/watch?v=BJ7DeELkoBM).

 

Elle offre une sorte de miroir en miniature, puisque s’y mêlent, en quelques couplets, les principaux motifs repérés au préalable. En voici le texte afin d’offrir au lecteur une forme d’échantillon du spectacle. Il y manque bien évidemment la voix de nos chanteurs et le rythme « Bossanova » choisi par le collègue de musique.

 

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« Ma Bohème » en prison.

Publié le par Eric Bertrand

 

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Je me voulais en ce temps-là, surtout « étudiant en lettres modernes », et je rejetais complaisamment tout ce qui n’avait pas à voir avec la Littérature. N’ayant cependant guère « frotté » mon vernis au ciseau du Réel, je ne faisais qu’aimer, lire et relire Victor Hugo, Arthur Rimbaud, Marcel Proust (un peu comme les ados écoutent en boucle les mêmes chansons sur leur MP3)… Au passage, j’apprenais par cœur des poèmes ou des paragraphes pour m’illustrer dans les salons branchés de Khâgne et d’hypokhâgne.

                      Mon goût grandissant du voyage me faisait souvent préférer le sonnet d’Arthur intitulé « Ma bohème », que je récitais assis sur une table, la chemise débraillée et la mèche rebelle, devant un public acquis dont les moins attentifs « mijotaient » des poèmes de Lautréamont, de Walt Whitman ou de Baudelaire.

                      Le vers « Mon unique culotte avait un large trou » faisait souvent sourire l’assistance et, quand l’occasion se présentait, je finissais par me servir un verre de vin pour enrichir la déclamation d’un jeu de scène bien dérisoire ! « Et je les écoutais assis au bord des routes / Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes  / De rosée à mon front comme un vin de vigueur (…) »

                      Et puis, pendant tout un été, j’ai pu réaliser un rêve, après la lecture de Jack Kérouac… Celui de « taper la route » aux Etats-Unis, du nord au sud et d’est en ouest, dans les conditions rudes de l’auto-stop, « les poings dans les poches crevées », « l’ auberge à la Grande-Ourse » et les trous dans les baskets… La redécouverte de Rimbaud, c’était d’abord ça ! L’épreuve du dénuement et l’émerveillement d’un grand gamin plongé dans une aventure difficile mais jubilatoire.          

                        C’est alors que tout a basculé, suite à l’une des nombreuses mésaventures qui guettent « le pouceux » sur le territoire américain (où les auto-stoppeurs ne sont pas forcément les bienvenus…). La police de La Nouvelle-Orléans m’a violemment arrêté et m’a jeté, sans ménagement, dans la cellule d’une prison… Plus de baskets, plus « d’étoiles au ciel » ni de « doux frou frou »… mais un uniforme de vrai bagnard, un bracelet avec un numéro de prisonnier, un ciel de prison, des barreaux donnant là-bas, tout au loin sur la route, et des compagnons de cellule qui n’étaient pas des poètes !

                 Et bien c’est dans ces conditions bien particulières, que j’ai pour la première fois éprouvé toute la richesse de « Ma bohème », dont je me suis mis instinctivement à faire sonner les mots et les rythmes. Humilié, dénudé, privé d’identité, je n’avais en moi, outre ma patience, que cette dernière ressource, cet hymne à la Liberté de l’Esprit. « Ma Bohème » vibrait en moi, et je me revoyais dans les heures qui venaient à peine d’écouler, « assis au bord des routes » en « ces bons soirs d’été », où tirant sur « les élastiques de mes souliers blessés / Comme des lyres (…) », je rêvais sur le soleil couchant et les promesses de Californie sur la route à l’horizon.   

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Deux articles dans “les Cahiers pédagogiques”

Publié le par Eric Bertrand

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             Je les avais annoncés mais ils viennent de sortir dans un numéro consacré à l’enseignement des arts et consultable en partie à l’adresse suivante.

http://www.cahiers-pedagogiques.com/spip.php?article7598

 

             Ils ont été écrits il y a plus d’un an mais les exigences de publication et les délais liés à la diversité des auteurs expliquent cet important différé. L’un des articles est consacré au « grand amour du Petit Prince » et l’autre à « ma bohème en prison ». J’y reviens dans les deux articles à venir. Ces deux articles sont cependant légèrement différents de ceux qui ont été édités dans la revue pour des raisons de « coupe ».

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« D’autres vies que la mienne » d’Emmanuel Carrère

Publié le par Eric Bertrand

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« Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d’amour. Tout y est vrai ». Comme il l’indique dans sa préface, l’auteur a voulu réfléchir sur « le difficile métier de vivre » en confrontant plusieurs destins humains. Et il le fait avec beaucoup d’empathie et une plume sans concession, attentive aux moindres palpitations de la vie qui s’en va. Catastrophes, cancers, usures diverses.

             Tout commence mal. Une obscure angoisse pèse sur les premières pages. Pourtant, le narrateur est en vacances avec sa compagne et le fils de cette dernière sur un rivage paradisiaque... Mais c’est à quelques instants du tsunami qui va ravager la région du Sri Lanka. Est-ce un hasard, les personnages sont ennuyeux, désagréables à force d’indifférence et d’égoïsme. Ils ne savent pas ce qui se prépare. Impression d’égarement des destins, des rencontres sans conséquences, des relations humaines. Et puis soudain, l’engouffrement du drame.

               Le Destin frappe. Sème la mort. Le désastre à partir de la plage. Inonde les rues, les piscines, les hôtels. Les gens courent affolés de toutes parts, les personnages disparaissent dans le chaos... Disparaissent puis émergent à nouveau, tout doucement, presque honteusement.

               La mort irréversible s’est cristallisée. Autour d’eux, d’autres destins affleurent et montent à la surface : la petite Juliette, 8 ans, fille d’un couple rencontré à l’hôtel... Et puis, en cascade, la nouvelle de la mort de Juliette, la sœur d’Hélène, arrachée à la vie par le cancer. Le contact du narrateur avec un collègue de travail de Juliette, atteint lui-même d’un cancer et à qui on a coupé une jambe. Encore adolescent, il raconte lui aussi le désarroi à l’annonce de la maladie, l’impression brutale d’être confronté à la pire de ses hantises : celle du rat qui ronge son visage. Mais un rat invisible, opérant dans l’organisme.

               Un livre dur, sans sensiblerie, mené comme une enquête dans les banlieues chaudes de la condition humaine.  

 

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Bel-Ami de Maupassant (10/10)

Publié le par Eric Bertrand

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                      Fort conscient de cet avantage, Duroy envisage l’avenir : attendre que le mari décède (Forestier est gravement atteint de phtisie et sa santé se détériore) et épouser la veuve. Prendre ainsi la succession de Forestier au journal, partager la dot de Madeleine. Mais il garde la maîtresse qui le charme toujours par sa fantaisie. Et déjà, il envisage d’exploiter l’amour que lui voue la femme de son patron, Mme Walter qui pourrait l’aider à mieux se placer dans l’entourage du directeur.

                 Mme Walter constitue une cible délicate. Véritable « rosière » de Mme Husson, la dame est remplie de scrupules et de principes. Elle se rattache désespérément à Dieu et à l’Eglise, à son sens de l’honneur et de la famille (elle a deux grandes filles) mais Duroy joue un jeu satanique et prend un plaisir sournois à la faire vaciller puis tomber dans le vice et le délire de la passion. Déjà, sentant « la vieille » complètement grisé et lassé par ses « enfantillages », il lutine la fille, Suzanne qui lui apparaît un bien meilleur parti que Madeleine.

                 D’autant que Walter, grâce à une opération en bourse est devenu l’une des plus grosses fortunes de Paris. Il lui faut donc manœuvrer de façon à se débarrasser de Madeleine. Madeleine a toujours été une femme libre (amante d’un comte qui lui a légué sa fortune, le comte de Vaudrec)...

                 Non content d’hériter de la moitié de cette fortune, Duroy fait surprendre Madeleine dans le lit du ministre des Affaires Etrangères. L’adultère ainsi constaté, il peut épouser Suzanne et prétendre au poste de ministre à la place de celui qu’il a si adroitement déchu.

 

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