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« L’Avare » et le grand capital à la Fabrique du Vélodrome (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

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                      Elles ne sont plus que trois à résister, à refuser l’avis de délocalisation que leur patron impose à l’usine. Si elles ne libèrent pas la place, elles en seront délogées par les CRS. Tant pis, les nouvelles du monde extérieur ne sont peut être pas bonnes, mais elles ne céderont ni à la détresse, ni à la morosité ! Elles ont d’emblée fait le choix du théâtre et du jeu. Obstinément, elles jouent « l’Avare » de Molière. La situation mise en place dans cette pièce est odieuse et le texte foisonne au point de les libérer de leur angoisse et de leurs tourments.

                       C’est là l’une des sources du plaisir que les trois comédiennes, qui jouent tous les rôles à la fois, offrent au spectateur. Sans se décourager, les trois ouvrières qu’elles incarnent d’abord rejouent dans la fiction leur opposition au « grand capital ». Harpagon est « le patron » : il veut ne rien céder aux subalternes et tout garder pour lui, argent, réputation, plaisir. Cette situation bloquée génère le détraquement des personnages. Chez ce père abusif, chez ce tyran domestique, être amoureux, oser une conversation, organiser un repas de mariage, emprunter de l’argent, tout devient grotesque et bouffon... La mise en scène, bijou de précision parfaitement réglé dans le petit espace de la Fabrique du Vélodrome, fonctionne parfaitement. Pantomimes, petite musique de menuet, gestuelle saccadée, métronome du temps scénique, carillon des trois actes rythmés par les coups de fil. Elise et Valère sont articulés comme des personnages de boite à musique. Harpagon, bandit manchot obsédé de la calculette, Harpagon, chippendale sexagénère, Harpagon Picsou, recroquevillé et pitoyable sous la lumière jaune, Harpagon Cruella d’Enfer qui fait défiler sous son fouet les 101 dalmatiens de la condition humaine.

 

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« L’Avare » et le grand capital à la Fabrique du Vélodrome (1/3)

Publié le par Eric Bertrand

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                   Mon ancienne associée de théâtre, Martine (avec qui j’ai travaillé sur « les Fables », « le Petit Prince » et « Gulliver », me parlait depuis un moment de son spectacle sur « L’Avare » sur lequel elle travaillait depuis l’an dernier. Il est enfin prêt et nous avons pu aller voir la représentation vendredi soir. Un instant de bonheur qui m’a inspiré aussitôt un article que je publie en trois épisodes dans les jours à venir...

                      Quand le monde extérieur devient une menace, quand, sur l’horizon du ciel, se forment de gros nuages noirs, l’Art est un refuge. L’Italien Boccaccio avait raconté comment, pendant la Peste de Florence, une petite société réfugiée dans un manoir oubliait ses tourments en se racontant des histoires.

                    L’idée de Martine Fontanille, découle du même principe. Du 24 novembre au 3 décembre prochain, sur l’espace intime de la Fabrique du Vélodrome à La Rochelle, elle met en scène un « Avare » à la fois dérangeant et jubilatoire... Tout commence dans un atelier de couture où la vie s’est brutalement arrêtée. Cartons, frusques dépouillés de contenus, vieilles Singer, outils rouillés, hardes, stores remplis d’oripeaux, boites de gâteaux vides... Au fond, une porte, un couloir, un téléphone qui rythme « l’aventure scénique de l’atelier ». Car les ouvrières sont aussi des comédiennes et elles n’ont pas encore dit leur dernier mot.

 

 

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Flaubert au scalpel de la biographie (6/6)

Publié le par Eric Bertrand

 

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                      Le goût de l’Art et la volonté d’impersonnalité déclarée de Flaubert rendent donc sa présence quasi transparente dans les romans. Dans la vie même, l’homme, le bon colosse normand, se tient à l’écart de tous, réfugié à Croisset où il « gueule » les phrases pour les « tourner » à sa manière, à l’écart des plaisirs des autres hommes (il considère que l’art doit occuper entièrement celui qui l’a choisi), à l’écart des femmes (ou alors de façon très épisodique avec la très libre Louise Collet qui devient surtout, avant Georges Sand, la correspondante à qui il confie ses tourments et ses affres d’écriture), à l’écart également des modes...

                  En effet, si, dans les manuels, on étiquette Flaubert comme le « chef de file du mouvement réaliste », il méprise le naturalisme et le goût ordurier de ses contemporains, exècre l’idée d’être « un fonctionnaire », un chef de régiment. Il sacrifie immanquablement à l’Art... L’âge avançant, ses voyages, ses sorties, il ne les fait que pour accumuler les notes à la bibliothèque ou pour « respirer » l’atmosphère de ses personnages : Normandie de Bouvard et Pécuchet... Aussi n’est-il présent que par petites touches dans ses œuvres, par gouttes pulvérisées. Par exemple le neveu et la nièce de la sublime Félicité dans un Cœur simple, c’est un peu lui dans ses jeunes années, et un peu sa nièce Caroline dont sa mère, après le décès de sa sœur, a eu la charge à Croisset.

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Flaubert au scalpel de la biographie (5/6)

Publié le par Eric Bertrand

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              Revenons à Mme Bovary. Bien conscient de la nécessité de changer son style, Flaubert lit dans un journal local l’histoire d’une certaine Delphine Delamare. C’est aussitôt « le bon sujet »... On n’est plus dans le rêve ni dans l’extraordinaire mais dans le fait divers le plus banal. Une affaire d’adultère qui secoue une petite ville de province...

                 Le romancier en rassemble les acteurs et en fait les modèles de Mme Bovary : autour de l’insatisfaite petite bourgeoise Delphine Delamare, il fait tourner un don Juan de Clochemerle, un clerc de notaire sans épaisseur, un pharmacien badigeonné de vanité, un ecclésiastique lourd et borné...

 

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Flaubert au scalpel de la biographie (4/6)

Publié le par Eric Bertrand

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                        Parallèlement à cette « apparition », il y a chez Flaubert la découverte de l’espace charnel. Le sexe est présent dans l’œuvre et l’amène à reparcourir autrement l’aventure intense vécue avec une certaine Eulalie Foucaud rencontrée à Marseille à la veille de son voyage en Orient. Rosanette joue ce rôle initiatique auprès de Frédéric...

                  Est-ce là toute l’activité érotique du maître à penser du galant et irrésistible Maupassant ? La scène originelle dans laquelle puisera l’auteur du récit quasi autobiographique de Novembre ? La chute dans la chair de celui qui deviendra très vite un ours réfugié auprès de sa mère dans les colonnes de Croisset ? Et qui prêchera au cher Guy l’abstinence...

                     Ce serait oublier la débauche en Orient, au cours de ce voyage réalisé en compagnie de Maxime Ducamp. Toute la fascination pour les langueurs et les femmes lascives des harems nourrissent les pages de Salammbo. Flaubert consacre à son évocation de Carthage de brûlantes pages imprégnées d’érotisme et de désir. Nul doute qu’il en a puisé les sources au cours de certaines de ces extases aux côtés des prostituées rencontrées en Orient.

 

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