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Deux articles dans “les Cahiers pédagogiques”

Publié le par Eric Bertrand

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             Je les avais annoncés mais ils viennent de sortir dans un numéro consacré à l’enseignement des arts et consultable en partie à l’adresse suivante.

http://www.cahiers-pedagogiques.com/spip.php?article7598

 

             Ils ont été écrits il y a plus d’un an mais les exigences de publication et les délais liés à la diversité des auteurs expliquent cet important différé. L’un des articles est consacré au « grand amour du Petit Prince » et l’autre à « ma bohème en prison ». J’y reviens dans les deux articles à venir. Ces deux articles sont cependant légèrement différents de ceux qui ont été édités dans la revue pour des raisons de « coupe ».

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« D’autres vies que la mienne » d’Emmanuel Carrère

Publié le par Eric Bertrand

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« Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d’amour. Tout y est vrai ». Comme il l’indique dans sa préface, l’auteur a voulu réfléchir sur « le difficile métier de vivre » en confrontant plusieurs destins humains. Et il le fait avec beaucoup d’empathie et une plume sans concession, attentive aux moindres palpitations de la vie qui s’en va. Catastrophes, cancers, usures diverses.

             Tout commence mal. Une obscure angoisse pèse sur les premières pages. Pourtant, le narrateur est en vacances avec sa compagne et le fils de cette dernière sur un rivage paradisiaque... Mais c’est à quelques instants du tsunami qui va ravager la région du Sri Lanka. Est-ce un hasard, les personnages sont ennuyeux, désagréables à force d’indifférence et d’égoïsme. Ils ne savent pas ce qui se prépare. Impression d’égarement des destins, des rencontres sans conséquences, des relations humaines. Et puis soudain, l’engouffrement du drame.

               Le Destin frappe. Sème la mort. Le désastre à partir de la plage. Inonde les rues, les piscines, les hôtels. Les gens courent affolés de toutes parts, les personnages disparaissent dans le chaos... Disparaissent puis émergent à nouveau, tout doucement, presque honteusement.

               La mort irréversible s’est cristallisée. Autour d’eux, d’autres destins affleurent et montent à la surface : la petite Juliette, 8 ans, fille d’un couple rencontré à l’hôtel... Et puis, en cascade, la nouvelle de la mort de Juliette, la sœur d’Hélène, arrachée à la vie par le cancer. Le contact du narrateur avec un collègue de travail de Juliette, atteint lui-même d’un cancer et à qui on a coupé une jambe. Encore adolescent, il raconte lui aussi le désarroi à l’annonce de la maladie, l’impression brutale d’être confronté à la pire de ses hantises : celle du rat qui ronge son visage. Mais un rat invisible, opérant dans l’organisme.

               Un livre dur, sans sensiblerie, mené comme une enquête dans les banlieues chaudes de la condition humaine.  

 

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Bel-Ami de Maupassant (10/10)

Publié le par Eric Bertrand

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                      Fort conscient de cet avantage, Duroy envisage l’avenir : attendre que le mari décède (Forestier est gravement atteint de phtisie et sa santé se détériore) et épouser la veuve. Prendre ainsi la succession de Forestier au journal, partager la dot de Madeleine. Mais il garde la maîtresse qui le charme toujours par sa fantaisie. Et déjà, il envisage d’exploiter l’amour que lui voue la femme de son patron, Mme Walter qui pourrait l’aider à mieux se placer dans l’entourage du directeur.

                 Mme Walter constitue une cible délicate. Véritable « rosière » de Mme Husson, la dame est remplie de scrupules et de principes. Elle se rattache désespérément à Dieu et à l’Eglise, à son sens de l’honneur et de la famille (elle a deux grandes filles) mais Duroy joue un jeu satanique et prend un plaisir sournois à la faire vaciller puis tomber dans le vice et le délire de la passion. Déjà, sentant « la vieille » complètement grisé et lassé par ses « enfantillages », il lutine la fille, Suzanne qui lui apparaît un bien meilleur parti que Madeleine.

                 D’autant que Walter, grâce à une opération en bourse est devenu l’une des plus grosses fortunes de Paris. Il lui faut donc manœuvrer de façon à se débarrasser de Madeleine. Madeleine a toujours été une femme libre (amante d’un comte qui lui a légué sa fortune, le comte de Vaudrec)...

                 Non content d’hériter de la moitié de cette fortune, Duroy fait surprendre Madeleine dans le lit du ministre des Affaires Etrangères. L’adultère ainsi constaté, il peut épouser Suzanne et prétendre au poste de ministre à la place de celui qu’il a si adroitement déchu.

 

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Bel-Ami de Maupassant (9/10)

Publié le par Eric Bertrand

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          J’ai déjà noté au cours de ces rubriques le cheminement de l’intrigue de ce roman mais, pour terminer, je souhaite proposer aux élèves un résumé plus efficace afin qu’ils puissent le cas échéant y avoir recours au moment de leurs révisions. Je le propose dans ces deux derniers articles.

               Bel-Ami, c’est le surnom qu’acquiert rapidement Georges Duroy, du fait de son succès auprès des femmes. Nulle ne lui résiste et son ascension fulgurante dans l’échelle sociale est due à ses différents succès et à une certaine dose de cynisme, de sens tactique qui lui permet d’utiliser au mieux une jolie main, une jolie robe, une jolie dot...

              L’individu est un médiocre, issu d’une famille de paysans de Normandie et particulièrement vaniteux et paresseux. Il a quitté son poste de sous-officier des hussards pour venir à Paris et faire sa fortune mais rien ne va au début et il vit chichement d’un humble revenu dispensé par les chemins de fer du Nord. C’est la rencontre d’une vague connaissance de régiment, un certain Forestier, rédacteur à la « Vie française » qui le propulse dans le monde.

             Forestier est journaliste, sa femme est ravissante, douée, agréable et intelligente. C’est elle qui rédige les articles de « ces messieurs » puisque Duroy ne tarde pas à lui demander son aide. L’amie de Madeleine Forestier est sensuelle et attirante, il fait d’elle sa maîtresse et exaspère la convoitise des autres femmes.

 

 

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Bel-Ami de Maupassant (8/10)

Publié le par Eric Bertrand

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La fin du discours de Norbert de Varenne...

 

— Mais aussi vous sentirez l’effroyable détresse des désespérés. Vous vous débattrez, éperdu, noyé, dans les incertitudes. Vous crierez « à l’aide » de tous les côtés, et personne ne vous répondra. Vous tendrez les bras, vous appellerez pour être secouru, aimé, consolé, sauvé ; et personne ne viendra.

Pourquoi souffrons-nous ainsi ? C’est que nous étions nés sans doute pour vivre davantage selon la matière et moins selon l’esprit ; mais, à force de penser, une disproportion s’est faite entre l’état de notre intelligence agrandie et les conditions immuables de notre vie.

Regardez les gens médiocres : à moins de grands désastres tombant sur eux ils se trouvent satisfaits, sans souffrir du malheur commun. Les bêtes non plus ne le sentent pas.

Il s’arrêta encore, réfléchit quelques secondes, puis d’un air las et résigné :

— Moi, je suis un être perdu. Je n’ai ni père, ni mère, ni frère, ni sœur, ni femme, ni enfants, ni Dieu.

Il ajouta, après un silence : — Je n’ai que la rime.

Puis, levant la tête vers le firmament, où luisait la face pâle de la pleine lune, il déclama :

Et je cherche le mot de cet obscur problème

Dans le ciel noir et vide où flotte un astre blême.

Ils arrivaient au pont de la Concorde, ils le traversèrent en silence, puis ils longèrent le Palais-Bourbon. Norbert de Varenne se remit à parler : — Mariez-vous, mon ami, vous ne savez pas ce que c’est que de vivre seul, à mon âge. La solitude, aujourd’hui, m’emplit d’une angoisse horrible ; la solitude dans le logis, auprès du feu, le soir. Il me semble alors que je suis seul sur la terre, affreusement seul, mais entouré de dangers vagues, de choses inconnues et terribles ; et la cloison, qui me sépare de mon voisin que je ne connais pas, m’éloigne de lui autant que des étoiles aperçues par ma fenêtre. Une sorte de fièvre m’envahit, une fièvre de douleur et de crainte, et le silence des murs m’épouvante. Il est si profond et si triste, le silence de la chambre où l’on vit seul. Ce n’est pas seulement un silence autour du corps, mais un silence autour de l’âme, et, quand un meuble craque, on tressaille jusqu’au cœur, car aucun bruit n’est attendu dans ce morne logis.

Il se tut encore une fois, puis ajouta : — Quand on est vieux, ce serait bon, tout de même, des enfants !

Ils étaient arrivés vers le milieu de la rue de Bourgogne. Le poète s’arrêta devant une haute maison, sonna, serra la main de Duroy, et lui dit :

— Oubliez tout ce rabâchage de vieux, jeune homme, et vivez selon votre âge ; adieu !

Et il disparut dans le corridor noir.

 

 

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