Berlioz... Est-ce une cité HLM ou un grand musicien romantique ? La musique de Vivaldi ou de
Bach vaut-elle mieux que celle de Cool and the Gang ? Pourquoi un tableau où le peintre « a saigné du nez » sur un fond blanc (et qui se vend plus quarante mille
euros dans une galerie branchée) suscite-t-il une émotion artistique ? Une femme est-elle plus réceptive à la poésie de Charles Baudelaire ou au contact sur ses doigts du
lobe de l’oreille de son partenaire ? Il y a là sujets à délicieuses polémiques...
Surtout lorsque l’interlocuteur est paraplégique, que la frontière de ses sensations
s’interrompt au niveau de ses épaules et qu’il s’est enfin trouvé un drôle de garde-malades un brin iconoclaste... Un vrai régal dans un palace où tout est glace et dorure. D’autant que le
garde-malades vient d’un autre monde, un monde où il a notamment appris le sens de l’humour et de la répartie.
Certes, le grand gaillard dérange dans ce milieu. On le trouve mal élevé, vulgaire et violent.
Mais il a du cœur et il aime la vie. Pas la vie médicalisée, mais la vie qui parle de grand air, de parapente, de grosses voitures et de belles meufs qu’on kiffe grave. Les
intouchables sont devenus inséparables. En compagnie de son copain paraplégique, le grand noir voltige. Il n’apprend pas son métier, il improvise, il improvise parce qu’il sent qu’à son contact,
son patient est devenu aérien au-dessus de son fauteuil roulant, et que le spectateur, accroché aux accoudoirs, a lui aussi décollé !
Mes lecteurs connaissent mon attachement à l’Ecosse et au clan Sinclair auquel je me suis rallié... Cette appartenance spirituelle au clan majeur
du nord est des Highland m’a amené en août dernier à promettre au responsable de publication un article relatant ma relation au Caithness et au château de Girnigoe depuis les origines, en
1979 !
Voici cet article que j’avais déjà mis en ligne en septembre dernier. Il est paru dans la petite
revue distribuée à tous les membres du clan qui sont nombreux hors du Caithness.
Et puis la vie reprend pour le couple dans cette nouvelle retraite qui prépare « le grand voyage ». Mais un soir, violent changement de cap
avant l’Afrique. Attaque à main armée au domicile, opération de rapine, et « le trésor », les cartes bleues sont raflés. Déraillés, les anciens dockers se retrouvent
ébahis, dépassés par ce geste lâche qui a forcément été commis par l’un des « témoins de la fête ».
Et de fait, Michel remonte facilement à la source lorsqu’il surprend dans un bus deux enfants occupés à lire le magazine de
« Strange » qu’en clin d’œil à sa passion d’adolescence, son ami d’enfance lui avait offert en même temps que le coffre. L’agresseur est aussitôt arrêté, condamné, et
Michel et les autres satisfont ainsi la soif de vengeance du clan... Mais parallèlement, ces anciens syndicalistes au grand cœur, ces jeunes idéalistes militants (qui se sont
retrouvés du jour au lendemain comme le dit Marie-Claire « vieux et retraités »), constatent qu’en punissant le coupable, ils ont aussi atteint au cœur un foyer en déroute, et notamment
les deux jeunes frères de leur agresseur. Ces derniers n’ont ni père, ni mère pour s’occuper d’eux. Avant le drame, c’était le grand frère qui tâchait de les élever comme il le pouvait, le grand
frère victime comme Michel du tirage au sort et du licenciement...
Alors, courageusement, chacun à sa manière, Michel et Marie-Claire font machine arrière sans rien dire à l’autre, et
oeuvrent pour aider les deux enfants abandonnés. La scène finale a lieu sur la plage. Michel ne sait pas que Marie-Claire s’occupe plusieurs heures par semaine des enfants. Elle
lui a dit qu’elle aidait une amie. Il la retrouve par hasard accompagné des deux gamins, un peu comme le marin des « Pauvres gens » qui trouve qu’il devrait demander à sa femme
de bien vouloir élever les orphelins qui viennent de perdre leur mère. La dernière image indique clairement la référence : « ce film est inspiré du poème de Hugo »
L'homme prit un air grave, et, jetant dans un coin
Son bonnet de forçat mouillé par la tempête :
"Diable ! diable ! dit-il, en se grattant la tête,
Nous avions cinq enfants, cela va faire sept.
Déjà, dans la saison mauvaise, on se passait
De souper quelquefois. Comment allons-nous faire ?
Bah ! tant pis ! ce n'est pas ma faute, C'est l'affaire
Du bon Dieu. Ce sont là des accidents profonds.
Pourquoi donc a-t-il pris leur mère à ces chiffons ?
C'est gros comme le poing. Ces choses-là sont rudes.
Il faut pour les comprendre avoir fait ses études.
Si petits ! on ne peut leur dire : Travaillez.
Femme, va les chercher. S'ils se sont réveillés,
Ils doivent avoir peur tout seuls avec la morte.
C'est la mère, vois-tu, qui frappe à notre porte ;
Ouvrons aux deux enfants. Nous les mêlerons tous,
Cela nous grimpera le soir sur les genoux.
Ils vivront, ils seront frère et soeur des cinq autres.
Quand il verra qu'il faut nourrir avec les nôtres
Cette petite fille et ce petit garçon,
Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson.
Moi, je boirai de l'eau, je ferai double tâche,
C'est dit. Va les chercher. Mais qu'as-tu ? Ça te fâche ?
D'ordinaire, tu cours plus vite que cela.
- Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, lès voilà!"
Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close.
Le logis est plein d'ombre et l'on sent quelque chose
Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur.
Des filets de pêcheur sont accrochés au mur.
Au fond, dans l'encoignure où quelque humble vaisselle
Aux planches d'un bahut vaguement étincelle,
On distingue un grand lit aux longs rideaux tombants.
Tout près, un matelas s'étend sur de vieux bancs,
Et cinq petits enfants, nid d'âmes, y sommeillent (...)
Ainsi commence ce long et beau poème de Victor Hugo extrait de la légende des siècles et intitulé « les pauvres gens ». Le cinéaste Robert Guédigian (à la sensibilité hugolienne) y rattache
directement son dernier film, « les Neiges du Kilimandjaro », qui met en scène des personnages attachants issus des milieux populaires et notamment celui des dockers de
Marseille.
Suite à une vague de licenciements et pour tâcher de sauver l’entreprise, le comité
syndical que dirige le héros, Michel, met en place un tirage au sort dont sont victimes une vingtaine de membres dont le fameux Michel, qui n’a pas voulu abuser de son droit
d’élu et qui doit prendre une retraite anticipée.
C’est une page qui se tourne et une petite fête d’adieu est organisée autour du couple
simple et courageux qu’il forme avec Marie-Claire. Après cotisation collective, les camarades offrent symboliquement aux jeunes retraités un « coffre » : dans le
coffre, un billet d’avion pour la Tanzanie, au pied du Kilimandjaro et de « l’argent de poche » (environ deux mille euros). Des chansons, des souvenirs, des confidences et beaucoup
d’émotion autour de l’événement. Et la chanson, « les Neiges du Kilimandjaro » bien-sûr...
Avant de rentrer dans le vif du sujet de nouveaux articles (inédits !) voici
une invitation pour le site de Da Carolina que Jenny a bien fait évoluer pendant ces vacances.
Nouvelles images et intéractions diverses, animations réussies et policées,
bref, bonne visite sur ce site qui augure bien d’une année sans doute riche en potentiel. Mais son blog en dira sans doute davantage !
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/