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« L’Avare » et le grand capital à la Fabrique du Vélodrome (1/3)

Publié le par Eric Bertrand

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                   Mon ancienne associée de théâtre, Martine (avec qui j’ai travaillé sur « les Fables », « le Petit Prince » et « Gulliver », me parlait depuis un moment de son spectacle sur « L’Avare » sur lequel elle travaillait depuis l’an dernier. Il est enfin prêt et nous avons pu aller voir la représentation vendredi soir. Un instant de bonheur qui m’a inspiré aussitôt un article que je publie en trois épisodes dans les jours à venir...

                      Quand le monde extérieur devient une menace, quand, sur l’horizon du ciel, se forment de gros nuages noirs, l’Art est un refuge. L’Italien Boccaccio avait raconté comment, pendant la Peste de Florence, une petite société réfugiée dans un manoir oubliait ses tourments en se racontant des histoires.

                    L’idée de Martine Fontanille, découle du même principe. Du 24 novembre au 3 décembre prochain, sur l’espace intime de la Fabrique du Vélodrome à La Rochelle, elle met en scène un « Avare » à la fois dérangeant et jubilatoire... Tout commence dans un atelier de couture où la vie s’est brutalement arrêtée. Cartons, frusques dépouillés de contenus, vieilles Singer, outils rouillés, hardes, stores remplis d’oripeaux, boites de gâteaux vides... Au fond, une porte, un couloir, un téléphone qui rythme « l’aventure scénique de l’atelier ». Car les ouvrières sont aussi des comédiennes et elles n’ont pas encore dit leur dernier mot.

 

 

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Flaubert au scalpel de la biographie (6/6)

Publié le par Eric Bertrand

 

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                      Le goût de l’Art et la volonté d’impersonnalité déclarée de Flaubert rendent donc sa présence quasi transparente dans les romans. Dans la vie même, l’homme, le bon colosse normand, se tient à l’écart de tous, réfugié à Croisset où il « gueule » les phrases pour les « tourner » à sa manière, à l’écart des plaisirs des autres hommes (il considère que l’art doit occuper entièrement celui qui l’a choisi), à l’écart des femmes (ou alors de façon très épisodique avec la très libre Louise Collet qui devient surtout, avant Georges Sand, la correspondante à qui il confie ses tourments et ses affres d’écriture), à l’écart également des modes...

                  En effet, si, dans les manuels, on étiquette Flaubert comme le « chef de file du mouvement réaliste », il méprise le naturalisme et le goût ordurier de ses contemporains, exècre l’idée d’être « un fonctionnaire », un chef de régiment. Il sacrifie immanquablement à l’Art... L’âge avançant, ses voyages, ses sorties, il ne les fait que pour accumuler les notes à la bibliothèque ou pour « respirer » l’atmosphère de ses personnages : Normandie de Bouvard et Pécuchet... Aussi n’est-il présent que par petites touches dans ses œuvres, par gouttes pulvérisées. Par exemple le neveu et la nièce de la sublime Félicité dans un Cœur simple, c’est un peu lui dans ses jeunes années, et un peu sa nièce Caroline dont sa mère, après le décès de sa sœur, a eu la charge à Croisset.

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Flaubert au scalpel de la biographie (5/6)

Publié le par Eric Bertrand

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              Revenons à Mme Bovary. Bien conscient de la nécessité de changer son style, Flaubert lit dans un journal local l’histoire d’une certaine Delphine Delamare. C’est aussitôt « le bon sujet »... On n’est plus dans le rêve ni dans l’extraordinaire mais dans le fait divers le plus banal. Une affaire d’adultère qui secoue une petite ville de province...

                 Le romancier en rassemble les acteurs et en fait les modèles de Mme Bovary : autour de l’insatisfaite petite bourgeoise Delphine Delamare, il fait tourner un don Juan de Clochemerle, un clerc de notaire sans épaisseur, un pharmacien badigeonné de vanité, un ecclésiastique lourd et borné...

 

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Flaubert au scalpel de la biographie (4/6)

Publié le par Eric Bertrand

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                        Parallèlement à cette « apparition », il y a chez Flaubert la découverte de l’espace charnel. Le sexe est présent dans l’œuvre et l’amène à reparcourir autrement l’aventure intense vécue avec une certaine Eulalie Foucaud rencontrée à Marseille à la veille de son voyage en Orient. Rosanette joue ce rôle initiatique auprès de Frédéric...

                  Est-ce là toute l’activité érotique du maître à penser du galant et irrésistible Maupassant ? La scène originelle dans laquelle puisera l’auteur du récit quasi autobiographique de Novembre ? La chute dans la chair de celui qui deviendra très vite un ours réfugié auprès de sa mère dans les colonnes de Croisset ? Et qui prêchera au cher Guy l’abstinence...

                     Ce serait oublier la débauche en Orient, au cours de ce voyage réalisé en compagnie de Maxime Ducamp. Toute la fascination pour les langueurs et les femmes lascives des harems nourrissent les pages de Salammbo. Flaubert consacre à son évocation de Carthage de brûlantes pages imprégnées d’érotisme et de désir. Nul doute qu’il en a puisé les sources au cours de certaines de ces extases aux côtés des prostituées rencontrées en Orient.

 

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Flaubert au scalpel de la biographie (3/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Les personnages féminins chez Flaubert ne sont pas toutes « plates comme des trottoirs de rue ». Bien au contraire ! « Les femmes rayon » comme les appelle Hugo, il les a connues : c’est le souvenir éblouissant d’Elisa Schlésinger qu’il voit sur la plage de Trouville alors qu’il n’est qu’un adolescent.

                    La jeune femme est de quelques années son aînée, il ose à peine l’aborder, elle irradie... restera toute sa vie cette intouchable déesse qui inspire le personnage inaccessible de Mme Arnoux dans l’Education Sentimentale. Frédéric Moreau tremble devant cette idole comme le jeune Flaubert a tremblé. Et jusqu’à la fin du roman, elle reste cette « apparition », bien au-delà des Rosanette et autres courtisanes qui ne font que côtoyer le jeune homme sensuel. Emma n’est l’idole de personne. Comme l’écrit Flaubert, « il ne faut pas toucher aux idoles, il en reste toujours quelque chose aux doigts ».

 

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